FIBULE IRLANDAISE DU MUSEE DE DUBLIN
de Dublin. Elle est connue sous le nom de bijou d'Arbutus. L'originalité, l'élégante sévérité de ce bijou n'échapperont à personne. On devine, à la solidité de sa structure, à sa forme voulue, qu'il répond à une nécessité et que ce n'est pas un objet de parure futile. C'est un des beaux types de la grande épingle qui servait à retenir l'épaisse écharpe de laine à laquelle on dçnnait le nom d^ plaid.
Pendant tout le moyen âge, la mode des ornements cousus ne cessa d'être en faveur. Les orfèvres fabriquaient à cet effet des chatons à crampons, dans lesquels on sertissait les pierreries, et qu'on attachait sur telle partie du costume qu'on désirait enrichir.
On ne verra pas sans intérêt, dans cette étude, la reproduction d'un genre de bijou qui, bien que n'étant pas un objet de parure, exerça au plus haut point le talent des bijoutiers et surtout des bijoutiers-émailleurs du xiv® au xvi® siècle. Je veux parler des tableaux d'or.
On appelait tableaux d'or des ouvrages représentant des compositions avec personnages, souvent rehaussées d'émaux et de pierreries. Ces ouvrages étaient soit repoussés, soit fondus, soit estampés. Le duc d'Orléans en avait un grand nombre dont les principaux sont décrits dans les comptes de son orfèvrerie. « Un tableau d'or d'un crucifiement de Notre-Seigneur à plusieurs images et personnages. — Le lavement des pieds, Notre-Seigneur lavant les pieds à ses disciples. — Une image de Notre-Dame, deux de l'Annonciation. »
Le Cabinet des Antiques, à Paris, conserve, sous le numéro 5584, un de ces tableaux dont le travail est excessivement intéressant. Il représente l'Adoration des Mages.
La robe blanche du roi mage qui occupe le centre de la composition est d'une fermeté étonnante. Le nègre est couvert d'un manteau vert. La Vierge est revêtue d'une robe bleue opaque, légèrement violacée. Ces vêtements sont ornés, soit de rayures transversales, formées de petites frisures d'or encastrées dans l'émail, soit de plissés d'or obtenus par le même procédé, au bord de la collerette, des manches et de la ceinture. Les cheveux sont rendus par de fins copeaux d'or frisés, les bijoux du roi mage qui occupe le fond du tableau sont simulés en ors minces découpés et incrustés au feu dans l'émail. Toutes les chairs sont émaillées nature ; mais ce qui est extraordinairement curieux, ce sont les visages où les nez, lès lèvres, les paupières, les commissures des lèvres, sont imités avec une perfection étonnante. Il y a dans les barbes des détails émaillés qui indiquent une très grande recherche dans le travail. La construction qui encadre cette composition et lui sert de fond est en émail blanc, avec les jointements des pierres et les fenêtres indiqués en or. Par la porte ouverte du fond, on aperçoit le firmament émaillé bleu avec des étoiles en or.
C'étaient là des chefs-d'œuvre d'adresse, avec lesquels les émailleurs savaient conserver le prestige de leur art, car la mode, qui avait
BROCHES ET FIBULES. 3Si
consisté à imiter les cabochons avec des émaux transparents, était tombée en désuétude, dès qu*elle était devenue accessible à toutes les bourses. Chacun Tavait remplacée par l'emploi de pierres réelles.
Le nombre des tableaux d'or et d'argent décrits dans les inventaires est véritablement prodigieux. Ces tableaux d'or servaient aux actes de dévotion, et un grand nombre renfermait des reliques. Ils étaient parfois ornés de pierres précieuses. Il y en avait d'ouvrants qu'on appelait tablettes historiées^. Puis vint un temps où les tableaux d'or, devenus d'abord tableaux d'argent, furent tout à fait délaissés; mais ils avaient servi à former la remarquable école d'où sont sortis les habiles artistes auxquels nous devons les chefs-d'œuvre de la Renaissance, et dont malheureusement aucun nom n'est venu jusqu'à nous. Paul Lacroix fait cette judicieuse remarque * qu'on ne sait pas positivement quels étaient les plus renommés d'entre les orfèvres français qui travaillaient pour les rois et pour les princes au XVI® siècle. C'est dire que les noms des plus grands artistes ont été oubliés, tandis que ceux des gardes de l'orfèvrerie, exclusivement occupés des intérêts généraux de la corporation, ont été enregistrés et conservés avec soin. Il en donne la liste depuis iSSy jusqu'en lyio. Ce fait n'a rien qui doive nous étonner. Les artistes entendent généralement peu les choses de l'administration et les hommes doués de facultés administratives possèdent, de leur côté, bien rarement le génie créateur de l'artiste. Il en résulte qu'on trouve rarement ceux-là mêlés avec ceux-ci. Il en a été et il en sera toujours de même.
La mode des pierres cousues sur les vêtements n'avait pas discontinué, elle faisait plus que jamais fureur. Les perles surtout étaient très recherchées; on en mettait aux ceintures, aux chapeaux, aux broderies des habits et jusqu'aux souliers. Voici la description d'un intérieur de chanoine noble et riche, tracé vers l'an i36o, en manière de panégyrique dans le Miroir des nobles de Hesbaye : « Messire Jean Lebel était membre du chapitre de Liège. Il portait tous les costumes d'un chevalier, appropriant à chacun le harnais de ses chevaux. Sa richesse était immense en boucles, en garnitures de boutons de perles, en pierres précieuses. Les collets de ses surplis étaient garnis de perles. »
Les broderies de la cotte d'armes du duc de Bourbon, qui fut fait