Extrait du Roman du petit Jehan de Saintré
Jîl d'argent, etc., etc, » Et plus loin : « Et si en ay un autre et ma cotte d'armes toute semblable, sur lequel je viendrai aux lices pour faire mes armes à pied, qui est de satin cramoisi tout semé de paillettes d'or émaillées de rouge clair, avec une grande bande de satin blanc, semée dt paillettes d'argent, à trois lambels de satin jaune, semés également àt paillettes de fin or, le tout figurant mes armes. »
Les nobles dames ne le cédaient en rien aux seigneurs. Leurs robes et leurs surcots étaient, en haut et en bas, ornés de rangées de pierres et de pendeloques en orfèvrerie. De riches agrafes, reliées par des chaînes, retenaient leurs manteaux, ainsi qu'on peut le voir à la statue de la duchesse de Brabant et à celle de la reine de Castille qui décorent la cheminée de la châtellenie de Bruges.
Il y a, à la bibliothèque ambroisienne de Milan, un portrait de Béatrice d'Esté, attribué à Léonard de. Vinci, qui la représente avec une broche sur Tépaule, faite de deux plaques superposées de grosses pierreries, et après laquelle pend une énorme pendeloque en perles.
Le portrait de Claudia de Médicis, à la galerie des Offices, à Florence, nous montre sur son épaule droite une plaque en pierres de couleur attachée après un nœud de rubans, et sur la gauche, placée un peu en avant sur le manteau, une énorme plaque à enroulements Renaissance en pierres de couleur, avec trois grosses perles poires en pendant.
Le portrait de la duchesse de Valentinois, à Hampton-Court, porte entre les deux seins une plaque qui ressemble fort à une broche. Elle est reliée à Tune et à l'autre épaule par une fine chaînette qui épouse, par-dessous, le contour des seins. C'est charmant.
Il ne reste rien, ou presque rien aujourd'hui de ces riches et élégants bijoux, et nous en sommes réduits à nous contenter des renseignements que nous fournissent les portraits, les inventaires et les chroniques. C'est ainsi que nous voyons qu'en i58i, lors du mariage de Joyeuse avec la sœur de la reine, les habillements du roi et du marié, qui étaient tous semblables, étaient tellement couverts de broderies en perles et en pierreries qu'il était impossible de les estimer, car tel accoustrement y avoit qui coustoit dix mille écus de façon. Les ornements des convives étaient également ornés de joyaux cousus*. Cette
I. Le joaillier Pouget, qui écrivait en 1762, dit, dans son Traité de la parure y que les perles, surtout les perles en poire, étaient si communes et si à la mode en F'rance
coutume que nous avons vue pratiquée, au commencement de ce chapitre, par les Asiatiques, et qui alors nous a semblé quelque peu barbare, s'est, on le voit, longtemps maintenue. Nous la retrouverons encore plus tard, à une époque où, fiers de notre état de civilisation, nous étions dans les arts et dans les lettres, aussi bien que dans la politique, à la tête du mouvement européen.
Au xvir siècle, apparaissent, dans les portraits, de grandes plaques desquelles partent souvent des chaînes. Ces plaques étaient sans doute