GRANDE AGRAFE DU LOUVRE
attachées au vêtement par une épingle, comme nos broches modernes. La grande agrafe conservée au Louvre, sous le numéro D. 856, semble avoir servi à cet usage. Elle représente une aigle blanche, les ailes ouvertes, portant une couronne impériale, le sceptre et le globe
sous Henri IH et sous Henri IV, que les femmes ci les hommes en avaient souvent leurs habits semés depuis le haut jusqu'en bas.
croiseté. Le devant du corps est fait d'un morceau d'ambre brun taillé façon rose. Des grenats en table garnissent les ailes et la queue, la couronne, le globe et le sceptre. Au bas pend une perle. L'oiseau est émaillé blanc, rehaussé de petites touches noires.
Plusieurs portraits de grandes dames qui figurent à Hampton- Court, entre autres, celui de la comtesse de Sunderland, ont certainement des broches.
Dans trois ou quatre anciens portraits d'Anne d'Autriche jeune, on retrouve le même bijou, tantôt placé sur l'épaule, tantôt sur le devant du corsage.
La princesse de Guimenay, M™® de Maisonfort, la duchesse de Chevreuse, la duchesse de Montbazon ont toutes les quatre les manches retroussées par des attaches faites d'une grosse pierre de couleur, à laquelle pend une perle poire. Henriette d'Angleterre a une broche.
Marie de Médicis porte entre les deux seins, sur le bord de son corsage coupé en carré, une sorte de chou en ruban, en guise de broche, car on porta également des nœuds de rubans au corsage et sur les épaules, et ces nœuds étaient quelquefois ornés d'un bijou ou de ferrets qui y étaient attachés. Ces nœuds prirent une grande extension vers le commencement de la minorité de Louis XIV, quand le cardinal publia son édit. On les appela galants et faveurs, puis on les abandonna et, passant d'une extrême simplicité à une grande extravagance, on les remplaça par des plastrons, des rangées, des enchevêtrements de pierres fausses de toutes les couleurs, que débitait un industriel dans le quartier du Temple, et que, pour cette raison, on avait appelées émeraudes, rubis et topazes du Temple. A cela Tédit du cardinal ne pouvait rien.
Nous retrouvons, moins de vingt ans après, le luxe plus extraordinairement développé que jamais. De pierreries fausses, il n'est plus question. Elles sont remplacées par les véritables qui arrivent à profusion des grandes Indes, rapportées dans plusieurs voyages par Chardin et Tavernier. Ces voyages concordent avec la découverte de nouvelles mines de diamants à Golconde. En même temps, les lapidaires, continuant à suivre l'impulsion que leur a donné Mazarin, améliorent l'art de la taille des diamants et l'amènent à son dernier degré de perfection. C'est Téclosion d'un nouvel art industriel qui s'opère. C'est la joaillerie qui apparaît, et cela juste au moment où un jeune roi, épris du luxe et de la représentation, va donner l'exemple
des prodigalités et faire de la cour de France la cour la plus fastueuse du monde entier.
De i66i à i685, rhabillement des grandes dames ruisselle de diamants, et quand elles n*en ont pas assez, elles en empruntent pour les grandes occasions. M°^*^de Montespan, dans tout Téclat de sa splendeur, n'a pas honte d'emprunter ceux de la maréchale de THôpital, une ancienne lingère que ses habiletés ont fait monter au rang de princesse, et qui, par la beauté et la qualité de ses diamants, ne le cède qu'à la reine ^
Ce ne sont que ballets, comédies, mascarades, concerts, festins, carrousels, jeux de bagues, chasses, voyages, assemblées, non seulement au Louvre, aux Tuileries, à Saint-Germain, à Fontainebleau et dans d'autres résidences royales, mais encore chez les princesses du sang et chez les grands seigneurs.
Les hommes n'étaient pas moins envieux que les femmes de se distinguer, dans les réceptions, par l'éclat des pierreries qu'ils répandaient sur leurs habits. Quand ils prenaient un costume de fantaisie pour un ballet, une joute ou une chasse, ils y faisaient coudre tous les diamants, toutes les perles, qu'ils possédaient dans leur écrin de famille; le harnais du cheval, le baudrier et la poignée de Tépée en resplendissaient. Le roi avait fourni l'exemple dans une fête donnée en 1664 à M"*' de la Vallière. Il y parut couvert de brillants, lui et son cheval, ainsi que le duc de Bourbon qui faillit l'éclipser.
« Le jour de son mariage, le prince de Conti avait un habit dont le fond était de satin couleur de paille, bordé de milleret noir rehaussé de diamants, autour desquels il y avait de la découpure de velours noir. Le manteau en était couvert environ trois quartiers du haut, et les chausses toutes remplies de branchages noirs relevés de diamants. Les nœuds de ses souliers de couleur feu et blanc étaient mouchetés de diamants. Son cordon aussi bien que l'attache de son épée et son ceinturon et son épée en étaient couverts. L'habit de M"® de Blois, l'épousée, était blanc et tout liséré de diamants et de perles; et comme c'est la coutume des mariées de mettre derrière leur tête une manière de petite couronne de fleurs, qu'on appelle le chapeau, cette princesse en avait un de cinq rangs de perles au lieu de fleurs*. »