‹ Les bijoux, anciens et modernesChapitre 173 sur 250 · GIRANDOLE · texte numérisé non relu

GIRANDOLE

ont été de tout temps fort rares. Il faut donc croire qu'on y suspendait soit des perles fausses, soit des perles baroques, soit des coques de perles.

Duflos % un autre élève de Lempereur, se plaint que de son temps, c'est-à-dire vers l'année 1770, on commençait à renoncer aux mélanges des pierres de couleur et du brillant. Cette date est intéressante à connaître.

La mode de coudre des joailleries sur les vêtements, mode que nous n'avons, en quelque sorte, jamais vue complètement disparaître, durait encore au xviii*' siècle. Il n'existe peut-être pas une bien grande différence entre la raison qui faisait coudre à la dauphine Marie de Saxe des brillants sur l'hermine de son manteau, et celle qui poussait la reine du Koul-Oba à ftiire couvrir le sien de bractées d'or. Et cependant vingt siècles se sont écoulés de l'une à l'autre. Du reste, il est difficile de s'imaginer le luxe extraordinaire qui était déployé à la fin du xviu** siècle. Les paniers atteignirent alors leur plus grande ampleur; il y en eut de quatre à cinq mètres de tour. La superficie de l'étoffe étalée par-dessus était couverte de nœuds, de coques, de bouquets, de

I. Dessins de joaillerie, par Duflos. Le 40 a (Cabinet des Estampes).

BROCHES ET FIBULES. jtfj

fleurs et de fruits, de bouillons de gaze cousus en long, en large, en travers, en guirlande, sans compter les falbalas, sans préjudice des rangs de perles et de pierreries. Voilà pourquoi le prix d'une fobe pouvait représenter une fortune. M"® de Matignon, hors d'état de payer comptant une robe qu'elle avait commandée. Tacheta pour une rente viagère de six cents livres ^

Les hommes, rivalisant de luxe, firent coudre après leurs habits des boutons ciselés, sculptés, émaillés, en toute matière. Tel porta sur son habit une collection de petits tableaux peints en miniature, tel un assortiment de pièces de curiosité. Le comte d'Artois eut un jour l'idée de faire faire une garniture de petites montres arrangées en boutons.

Cette richesse était rehaussée par une finesse extraordinaire apportée dans la fabrication, car jamais, à aucune époque, la perfection de la main-d'œuvre n'avait été poussée aussi loin. L'émail bleu transparent, le plus souvent accompagné de mi-perles ou de petites roses serties en bordures, fut très à la mode. Souvent aussi il était enrichi de ciselures faites sur des ors de diverses couleurs, dont les lignes venaient encadrer les motifs du centre. Ce mode de décor était surtout employé pour les boîtes, les étuis, les bonbonnières, dont il fut alors usage de remplir ses poches. La consommation de ces objets était telle que, pour satisfaire au goût public, les orfèvres d'alors devinrent presque tous exclusivement bijoutiers. Non contents de faire de l'émail bleu partout, ils se mirent à faire, ainsi qu'on Ta déjà vu au chapitre des bagues, des bijoux en verre bleu, car tout était bleu, à cette époque, en attendant que tout vînt au rouge. Des broches, des châtelaines avec cachets et clefs étaient faites en verre bleu, serties dans de petits entourages de roses ou de jargons, avec des chiffres enlacés, des cœurs et des couronnes de fleurs dans les centres. Les tourterelles et les blanches brebis, habitantes naturelles du bleu, n'y manquaient pas non plus et complétaient la collection de ces emblèmes de la philosophie sentimentale.

Vers 1776, le bijou d'acier, qui, paraît-il, est une invention anglaise, se répandit en France après avoir traversé la Belgique. C'est un industriel du nom de Dauflè qui avait le monopole de ces articles. Il fabriquait ainsi des boutons d'habit, des boucles de toute espèce, des

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