BOUQUET PAR BAPST
sut y approprier des formes originales et pleines de caractère. La nécessité avait, en quelque sorte, créé la fibule antique avec les diffé-
j16 LES BIJOUX ANCIENS ET MODERNES.
rentes parties qui la composaient, et Ton sait que la nécessité a donné le jour à nombre de jolies conceptions. La broche n'a plus la même raison d'être, aussi n'est-elle assujettie à aucune forme; elle peut être carrée ou ronde, représenter tous les sujets imaginables : animaux, feuillages, fleurs, nœuds, entrelacs, etc., etc., mais elle est réduite à ne montrer qu'une de ses faces, comme un tableau; ce n'est plus qu'une plaque plus ou moins ouvragée, destinée à enrichir un point donné de la toilette, et si l'épingle pique toujours, elle n'attache plus rien.
En i835, elle prend comme le bracelet, comme tous les autres objets de parure, les allures romantiques. On y voit un guerrier
BROCHE ROMANTIQ^UE.
mélancoliquement appuyé sur un écusson, la main sur son cœur, tenant des propos d'amour à la dame de ses pensées. L'écusson, en forme de rectangle, est fait de pierreries et le tout est encadré par une ornementation en cuir roulé, d'où s'échappe une guirlande de fleurs; cette petite composition de Robin donne admirablement la note de l'époque à laquelle elle appartient. C'est à ce moment que les dandys portèrent des cravates longues qui cachaient entièrement la chemise et s'épanouissaient entre les revers du gilet, mode qui fit passer l'épingle de la chemise à la cravate. On ne voyait alors, sur ces cravates longues, que guerriers à cheval, armés de toutes pièces, lancés au galop, brandissant des masses d'armes ou de lourdes épées, châtelaines coiffées de la templette et pourvues de l'aumônière, pages à toques emplumées, tenant au poing le faucon chaperonné. On y voyait aussi la Esmeralda avec son tambour de basque et sa chèvre, ou bien le beau Phœbus, et
BROCHES ET FIBULES
puis encore Bocage et plus tard Mélingue dans le costume de Buridan; c'était une véritable débauche de romantisme.
Ces petits sujets en or, ciselés assez finement, donnèrent naissance à un genre de bijouterie nouveau qui se fit en argent noirci et qu'on a appelé le bijoii oxydé. Le prix minime de la matière, les procédés sommaires employés pour la fabrication de ce bijou, son faux air artistique en assurèrent la vogue pendant plusieurs années. Rudolph acquit une sorte de célébrité, par suite de Textension qu'il sut lui donner; il exécuta en argent oxydé jusqu'à de grandes pièces d'orfèvrerie : buires, plats, tables, pièces de bureau, qui lui amenèrent la vogue. Mais l'imitation s'empara de ce produit facile à copier en cuivre argenté, et la mode de la chevalerie était déjà passée depuis plusieurs années, qu'on exécutait encore en cette matière des motifs puisés partout et jusque dans les sujets les plus modernes.
On a vu que, de même que Froment-Meurice, Robin, poussant aussi loin que possible la recherche artistique, ne reculait pas devant l'introduction de la figure humaine dans ses compositions; mais cette fabrication, toujours coûteuse, ne s'adressait qu'à une clientèle relati-