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Antiquités du Bosphore cimmérien, par Gilles

2. On a déjà remarqué la présence d'émaux sur les bijoux qui ont été trouvés à Kertch. Ces constatations ont été faites par l'auteur des Antiquités du Bosphore cim» mérien.

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sujet des plaques de collier d'origine rhodienne, correspondant à la même période. Cette pièce a été trouvée à Athènes, hors des murs,

A côté de cette bractée, il y en a une autre qui a été tellement chiffonnée en tous sens, qu'elle est à peine déchiffrable. On voit néanmoins que le travail en a dû être fin et soigné. Elle est divisée en sept travées. Une rosace qui en occupe le centre offre quelque analogie avec celles trouvées à Mycènes, et aussi avec une fleur très bien conservée qui provient des fouilles de Kertch, et dont les pétales superposés sont entremêlés de grappes de vigne vierge. Cette dernière, qui semble appartenir à la belle époque grecque, est plus fine et plus savamment travaillée que les autres. De chaque côté de la rosace est représenté un personnage vu de face, très effacé. Dans les travées suivantes on voit trois guerriers de profil, munis du bouclier rond et coiffés de casques asiatiques, puis enfin, dans la dernière travée, une femme ayant les bras pendants et les mains ouvertes. Cette file de guerriers rappelle une décoration du même genre, faite sur un vase peint trouvé à Mycènes, dans laquelle figure également une femme.

Ces lames minces paraissent avoir été longtemps en usage, et chez un grand nombre de peuples; mais, à une certaine époque, ce système d'ornementation atteignit un style très élevé. Il ne faut, pour s'en convaincre, que regarder celles qui sont conservées au musée du Louvre.

DiADÈMR (Musée du Louvre).

L'une représente deux jeunes filles assises dos à dos, de chaque côté d'une palme élégante de laquelle s'élancent des enroulements de feuillages et de gousses. La composition en est belle, l'exécution en est simple et hardie. A côté de celle-ci, il en est une autre très effacée, mais sur laquelle on voit encore la figure d'un satyre accroupi, vu de

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face et jouant de la flûte. La sûreté et la vigueur du modelé de cette figure indiquent qu'elle a été traitée par un maître ciseleur. La façon de ces objets est trop relevée et trop précieuse pour qu'on puisse leur attribuer une destination funéraire. Ils étaient bien plutôt portés par les vivants qui les fixaient sur des bandes solides, destinées à leur donner la résistance qui leur manquait. Elles formaient alors ce beau diadème qui seyait si admirablement au visage féminin et qui, selon qu'il était plus ou moins élevé, était appelé par les Grecs, Ampyx ou Stéphane. On l'assujettissait sur le front avec des cordons qui passaient dans des anneaux placés aux extrémités et au milieu.

Les diadèmes d'or conservés au musée du Louvre sont curieux à différents degrés et à différents titres. A côté d'un de ces bijoux qui n'est formé que de superpositions d'estampés grossiers, assemblés sans goût et dont l'exécution est inférieure, nous en voyons un autre fait également en estampé dont la composition générale est bonne. La galerie de palmeites qui couronne le haut du bandeau se découpe d'une agréable façon. La suite des petits masques, la ligne droite du bandeau inférieur enrichi par la répétition des palmettes du haut, tout cela est clair. C'est une pièce d'apparat dans laquelle il ne faut pas chercher ces précieux détails que nous avons admirés sur d'autres bijoux italogrecs. Elle devait produire un effet suffisant au porter, et vue à distance.

Je crois qu'il n'y a pas lieu de s'arrêter longtemps devant celui qui porte le numéro 4, dont les têtes estampées n'ont rien de remarquable, et qui se trouve décoré de cordelettes jetées sans rime ni raison, ni devant le numéro 6 qui est un ornement funéraire. Le numéro 6 renferme deux belles pièces qui sont des pendants d'oreilles qu'on a retournés, le bas en haut, pour les faire entrer dans une composition qui ne vaut certes pas grand'chose. Reste le fameux bandeau dont le travail, d'une finesse exceptionnelle, est l'objet de l'admiration presque générale.

Il est composé de petits motifs d'une forme assez indéterminée, offrant l'aspect de feuilles découpées en dents de scie, recouvertes d'émail blanc. Ces feuilles sont entremêlées de petites fleurettes assez semblables à des myosotis. Des perlettes de verre coloré sont intercalées de tout côté, sans une raison bien appréciable au point de vue de la composition. Peut-être l'artiste s'est-il préoccupé exclusivement d'obtenir une grande ligne de couleur douce et bleutée. Dans ce cas, il

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aurait atteint son but. Le même dessin, si Ton peut donner ce nom à cet assemblage de choses, se répète sept ou huit fois, en autant de travées reliées entre elles par un cordon d'or estampé, bordé de chaque côté par une cordelette. En approchant cet objet de la vue, on est vraiment surpris de la somme de travail que représentent tous ces détails, d'ailleurs très finement exécutés. Si Ton s'en éloigne, toutes ces petites recherches échappent, et l'on ne voit plus qu'une bande d'un aspect uniforme sans motif appréciable. Or un diadème est destiné à produire son effet à une certaine distance. Il doit donc offrir, par cela même, des lignes, des divisions larges et facilement intelligibles. Par cette raison, je ne trouve pas cette pièce réussie, au point de vue de sa destination, et je lui préfère le diadème tout or si sommairement travaillé, dont j'ai cherché plus haut à faire ressortir le mérite décoratif, bien qu'il ne renferme aucun détail attachant.

Les détails d'une finesse prodigieuse ajoutent au mérite d'un bijou, mais ils ne suffisent pas pour en faire une pièce vraiment admirable. La conception d'un bel ensemble, qui' se trouve résulter tant d'une heureuse disposition de lignes que d'une non moins heureuse répartition des valeurs et des couleurs, constitue la première loi à observer aussi bien dans la bijouterie que dans les autres arts. Les détails viennent après, subordonnés à l'ensemble qu'ils ne doivent ni rompre ni troubler. Ils peuvent être microscopiques. En un mot, la première qualité d'un bijou doit être de nous charmer par son aspect; celle qui réside dans la ténuité du travail ne peut être que la seconde.

Les Grecs connaissaient cette loi et paraissent l'avoir toujours observée. Est-il une conception plus élégante que celle du diadème qu'ils désignaient sous le nom de Stéphane et qu'ils avaient placé sur la tête de JunonPLa figure qui le représente ici est le dessin d'un pendant d'oreille trouvé à Kertch, dessin trop petit pour qu'on puisse en juger les détails; cependant il séduit tout d'abord. On sent, à la façon intelligente dont l'ornementation en est répartie, que, si détaillée que puisse la reproduire l'ouvrier dans l'exécution, elle sera toujours contenue dans les lignes générales et par conséquent restera claire et intelligible. Nous avons vu que l'Ampyx était un bandeau plus bas que la Stéphane; la Taenia était plus étroite encore. Elle consistait en une lame de métal excessivement souple et étroite, faisant Toffice du lacet ou du ruban qui servait à séparer les cheveux du devant de ceux du reste de la tête. Il en a été trouvé dans les ruines présumées de Troie,

Le musée de rErmitageà Saint-Pétersbourg, conserve entre autres chefs-d'œuvre de cet admirable art grec, une couronne d'olivier formée de deux branches dont les extrémités sont tordues ensemble, et dont la tige est creuse. De petits trous y sont pratiqués de distance en distance pour recevoir la queue de chacune des feuilles qui sont lisses et

BOUQ.VET d'£pi8 .(Mu8i.'e de l'Ermitage).

bien brunies; la côte ou nervure qui y est indiquée a dû être repoussée avec un ciselet d'acier. Les olives, creuses et très minces, sont formées chacune de deux coquilles soudées. En examinant une de ces olives qui S' est ouverte, on remarque dans l'intérieur un petit tube d'or roulé qui traverse le fruit dans sa longueur de manière à lui donner de la solidité. Cette admirable chose appartient à la première moitié du IV' siècle avant Jésus-Christ; c'est la plus belle des vingt et une couronnes d'or que renferme le cabinet de l'impératrice de Russie.

COIFFURES, DIADÈMES, ÉPINGLES DE CHEVEUX. jpi

On y voit encore un bouquet d'épis, charmant motif d'une grande beauté, trouvé sur la tête d'un squelette de femme.

Ce sont là de très beaux spécimens de l'art grec, largement vus et largement rendus. Cette faculté de synthèse, qui a été possédée à un point très élevé par les artistes grecs, semble absolument perdue de nos jours. Les traits généraux, le caractère propre à chaque chose échappent à nos artisans. Par contre, ils sont enclins à accorder aux détails une importance qui dépasse parfois toute proportion. Il est certain qu'aucun d'eux n'a été mis à même de comprendre et d'exécuter ce genre d'ouvrage. Le côté métier préoccupe surtout nos ouvriers et rien ne les pousse à sortir de cette voie, ni leur goût personnel, ni leur éducation artistique qui est nulle, ni la nécessité.

Les Grecs, au contraire, paraissent avoir été sollicités par toutes ces choses. Les œuvres qu'ils nous ont laissées nous forcent à recon-, naître d'abord que la moyenne du goût public était, à leur époque, beaucoup plus élevée qu'elle ne l'est de nos jours ; puis, elles nous conduisent à supposer que ceux qui les concevaient et qui les exécutaient étaient capables d'accomplir d'autres œuvres encore. J'entends par là de ces œuvres que la division du travail et les préjugés nouveaux font aujourd'hui considérer comme étant d'essence supérieure; j'ai nommé la peinture et la sculpture qui sont, de nos jours, les seuls modes admis de se produire, pour un artiste qui se respecte. Les anciens n'ont pas connu ces distinctions enfantées par un pauvre amour-propre et nourries par l'opinion publique. Ils avaient, il faut le reconnaître, Tesprit plus large et plus souple; moins spécialisés que nous dans leur profession, ils étaient aptes à un beaucoup plus grand nombre de travaux. La variété, loin de les embarrasser, fournissait à leur goût et à leur adresse de belles occasions pour se manifester. Ils n'étaient pas plus gênés pour travailler l'or que pour fouiller la pierre, et semblaient se complaire à vaincre des difficultés nouvelles. Si l'un de nos grands artistes s'attachait aujourd'hui à créer quelque petit chef-d'œuvre en or, croit-on qu'il s'amoindrirait pour cela, et que cette tentative passerait inutile et inaperçue ! Qui sait si elle ne serait pas le signal d'une nouvelle Renaissance dans notre industrie? Malheureusement nous n'en sommes pas là; il semblerait au contraire que nous devions suivre le chemin opposé, s'il fallait tenir compte de paroles imprudentes qui ont été prononcées dans certaines solennités où l'on a proposé, comme modèles à nos jeunes apprentis, des orfèvres qui sont devenus peintres.

comme si c'était à sortir de leur métier que dussent tendre tous leurs efforts! Quand il faudrait leur apprendre que certains grands hommes n'ont pas cru s'abaisser en communiquant au métal la chaleur de leur génie, quand il faudrait leur dire qu'ils se gardent bien de quitter l'atelier s'ils ont du talent, mais qu'ils doivent, au contraire, mettre ce talent tout entier au service de leur industrie et se préserver du fatal penchant qui entraîne une partie de la génération nouvelle à aller grossir la liste déjà trop longue des mal classés inconnus qui font de la peinture et de la sculpture.

Il a été trouvé dans la crypte de Vulci un diadème fait d'une guirlande de feuilles en cuivre doré, dont le centre est formé par une rose en or. Cette rose, ayant conservé tout son éclat, est d'un fort bel effet au milieu des feuilles dont la dorure, en partie disparue, a été remplacée par un oxyde verdâtre. Ce mélange de métaux offre un grand intérêt, car il se produit assez rarement dans la bijouterie étrusque.

Le musée du Vatican conserve une petite couronne de laurier, allant en diminuant par derrière jusqu'à se terminer par une tige. Les feuilles en or mince sont bordées d'une cordelette. Les grains de laurier sont figurés par des gouttes de verre coloré en vert clair et diaprées.

Ils ont la forme de petites gourdes et paraissent avoir été fondus au bout même de la tige d'or qui les tient.

M. Auguste Castellani possède également deux couronnes en bronze qui portent encore des traces de dorure et dont la figuration des feuilles est faite par une sorte de petit cornet à la pointe de chacun desquels est rapporté un gros grain. L'effet en est bon ; cependant ces objets, paraît-il, étaient destinés à des usages mortuaires.

Les dames romaines enrichissaient leurs diadèmes de nombreuses pierreries venues des Indes, ainsi que nous l'apprend ce passage de Lucien* : « Que dirai-je de leur luxe ruineux, de ces pierres précieuses qui pendent à leurs oreilles et valent plusieurs talents; de ces serpents d'or roulés autour de leurs poignets et de leurs bras ? Une couronne de pierreries des Indes ceint leur tête, et leur front luit étoile de mille diamants. Des colliers d'un prix immense descendent de leur col. L'or est condamné à ramper sous leurs pieds. »

Nous ne pouvons juger de cette richesse que par ouï dire. Toutes

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