STATUE FUNÉRAIRE D'ANNE DE BOURCOCNK
Nous retrouverons la résille, quelque peu modifiée dans sa forme, jusqu'à la fin du même siècle, par exemple, dans un portrait de Béatrice d'Esté attribué à Léonard de Vinci et qui est à la bibliothèque ambroisienne de Milan. La Jeune femme y est représentée de profil. Elle a sur le front un bandeau droit qui fait le tour de sa tête en passant par-dessus une sorte de cape en résille bordée de perles. Cinq pierres, espacées entre elles, ornent le devant de ce bandeau, assez étroit d'ailleurs pour ne pas excéder la largeur des chatons. Une pendeloque perle est attachée à chaque chaton. Un buste de l'école milanaise, conservé au Louvre, nous montre la même alors qu'elle était jeune fille. Elle a pour tout ornement, sur le front, une ferronnière simple, faite d'un seul fil d'or sans plaquette. On trouve encore la ferronnière sur un portrait de femme d'Andréa Mantegna, conservé dans la galerie des Offices, à Florence; elle est composée d'une seule améthyste, retenue sur le milieu du front par un fin jaseron; et le peintre François Clouet a laissé un portrait de la reine Claude, qui est à Hampton-Court, avec une ferronnière placée trop haut dans les cheveux, augmentée d'un joyau à pendeloque perle, placé de chaque côté sur les cheveux, en arrière des tempes.
A la fin du xv siècle et au commencement du xvi% les femmes portèrent un petit béguin de soie blanche brodée d'or. On y adaptait, sur le devant, un tour de visage décoré de broderies d'or ou de perles, ou de chaînettes. Cette coiff'urc, qui offre une grande analogie de forme avec
^o+ LES BIJOUX ANCIENS ET MODERNES.
celle de Béatrice d'Esté, s'appelait la templettc. Mais déjà la versatilité du goût commence à se manifester. Cette versatilité n'a pas encore reçu le nom de mode qu'elle prendra plus tard, elle n'a pas encore les allures tyranniques. Un portrait de la reine Claude de France, conservé dans la galerie des Offices, à Florence, la représente avec une coiffure d'orfèvrerie en pierres de couleur et en perles, portée en arrière sur le chignon.
A la même époque une mode nouvelle fut adoptée par les hommes. Ce fut de porter, attaché au chapeau, un bijou qui prit le nom (Ïenseig7te ou d'affiche. Jusque-là ces enseignes avaient été considérées comme des actes de dévotion, plutôt que comme des objets de parure. C'est en 1458, sous Charles VII, que nous en rencontrons la première trace, dans une vieille gravure. On se rappelle l'image de plomb attachée au chapeau de Louis XI. Dans le tableau d'André Solari, conservé au musée du Louvre, Charles VIII porte à son bonnet une enseigne représentant deux personnages, peut-être Adam et Eve. Mais je veux laisser sur ce sujet la parole à M. de Laborde. Voici l'explication qu'il donne du mot dans son glossaire.
« L'enseigne ou affiche était une plaque ou un médaillon qui marquait la livrée. La dévotion ou le caprice portait en guise d'enseigne une effigie sainte ou quelque signe soi-disant puissant contre les maladies, contre le mal de reins par exemple. Les églises, les abbayes, les lieux de pèlerinage surtout en frappaient et en vendaient en toutes matières et en quantité innombrable. L'enseigne se portait au chapeau. Nous en donnâmes la mode en Italie, lors de notre triomphante promenade conduite par Charles VIII. » Mais antérieurement à cette date, et pendant le cours du moyen âge, on avait imposé aux juifs, comme aux filles publiques, un signe analogue qui les faisait reconnaître à première vue. Cette enseigne est qualifiée de rouelle dans l'ordonnance de i363 *.
Cet ornement semble avoir perdu son caractère de dévotion au commencement du xvr siècle et être devenu un simple objet de parure qu'on faisait coudre de côté sur le retroussis du chapeau. En i538, Benedict Ramelli exécute, pour être porté comme enseigne, un portrait du roi qui coûte 3oo livres tournois. Sous Henri II, comme on le voit dans ses inventaires, ces enseignes étaient devenues des prodiges de