I. De Laborde, Glossaire, aux mots enseigne ei rouelle
bijouterie, par le rapprochement ingénieux de Tor, de l'argent ciselés et des pierres dures taillées, qui composaient ainsi une espèce de tableau.
Voici la description de quatre de ces objets : une enseigne d'or, où il y a plusieurs figures dedans, garnie alentour de petites roses;
Une enseigne d'or, le fond lapis, et une figure dessus d'une Lucrèce.
Une enseigne garnie d'or, où il y a une Cérès appliquée sur une agate, le corps d'argent et l'habillement d'or;
Une enseigne d'un David sur un Goliath, la tête, les bras et les jambes d'agate.
On voit représentée sur un tableau conservé dans la galerie des Offices, au palais Pitti, à Florence, la duchesse de Toscane, Giovana d'Austria, ayant à côté d'elle le prince son fils. Cet enfant tient à la main son petit chapeau, sur lequel on voit que l'enseigne qui fixe l'aigrette représente une arbalète en joaillerie d'émeraude et de rubis.
Le Cabinet des Antiques, à Paris, conserve une enseigne du xvr siècle qui est bien la chose la plus étonnante et la plus merveilleuse
ENSEIGNE N*» 5581 (Cabiiict «jcs Antique»),
qu'on puisse voir. Elle porte le numéro 5583. Elle représente une bataille antique. Les chevaux et les combattants, traités en ronde bosse, sont émaillés. Ils se détachent sur un fond d'émail translucide d'un vert très adouci. Un mince filet d'émail noir, rehaussé de rinceaux en or d'une ténuité qui les rend à peine visibles, lui sert de monture. Quatre oreillettes percées, très apparentes à l'extérieur, ne laissent subsister aucun doute sur la destination de cet objet.
fO<S LES BIJOUX ANCIENS ET MODERNES.
Si l'on veut bien se rappeler ce que j'ai dit à propos du pendant de col numéro 189, attribué à Cellini, je me dispenserai d'énumérer à nouveau les mérites extraordinaires des ouvrages de ce genre quand ils sont réussis, et celui-ci l'est au delà de toute expression. On aimerait à pouvoir proclamer le nom de l'artiste habile qui l'a conçu et exécuté. Il faut le considérer, du reste, comme une œuvre exceptionnelle, car, ainsi qu'on l'a vu plus haut, ce genre d'ornement étant très répandu, il y en avait pour tous les prix et pour tous les goûts. Bernard Palissy dit, dans son Art de la terre, que les émailleurs de Limoges, qui en fabriquaient, en étaient arrivés à ne plus pouvoir soutenir la concurrence qu'on leur faisait, et qu'ils étaient réduits à donner, pour trots sols la douiaine, des figures d'enseigne que l'on portait au bonnet, « lesquelles enseignes, ajoute-t-il, étaient si bien labourées et leurs émaux si bien parfondus sur le cuivre, qu'il n'y avait nulle peinture si plaisante ».
On verra, à la galerie d'Apollon, au Louvre, une enseigne de cette époque en bronze doré, sous le numéro D. 200. Le centre est un
ENSEIGNE DE LA GALERIE D'aTOLLON, N'** D. 200.
émail avec personnages et inscription. Le tour en est fait d'un large godron circulaire, dans le creux duquel courent des rinceaux de fils laminés et présentés sur champ; ils ne posent pas sur le fond, mais restent en l'air et semblent être attachés au circuit de l'objet par quatre gros clous ornés qui font très bien. Le tout, encadré par une grosse torsade, fournit un ensemble qui ne manque pas d'originalité.
Parmi les richesses que possède le Cabinet des Antiques, à Paris,
j'ai choisi les cinq enseignes qui m'ont paru résumer les types différents. Le numéro 3o6 est charmant dans sa simplicité. Le recouvrement
N« io6.
ENSEIGNE DU CABINET D B« ANTiq^UBS.
est en or. La première dentelure est émaillée blanc en creux; à chaque dent est attachée par la pointe une poîretie en ronde bosse émaillée
BNâEIGNBS DO CABINET DE» ANTIQ^UES.
blanc toutj^autour, qui s^enlève sur Témail gros bleu glacé au feu du second ovale placé à Tarrière-plan. La dent extérieure est émaillée
noir, glacée en creux avec un petit grain blanc entre chaque. Le sujet central représente la Vierge et Tenfant Jésus.
Celui du numéro 41 3 est une Diane. Autour un étroit godron émaillé blanc strié d'or, avec touches en émail vert et rouge imitant les pierreries, contre lequel viennent s'appuyer quatre diamants à table, sertis à biseaux. Ces diamants sont reliés entre eux par des cuirs roulés émaillés blanc et piqués de points en émail rouge transparent. C'est très joli. Les blancs des cuirs ont une ornementation réservée en or. Des pistils de couleur bleu clair s'échappent de différents points.
Le numéro 464 est entièrement différent. Il est tout en pierres. Le camée, un Bacchus, est entouré d'un large ovale fait en rubis taillés à table, et le tour extérieur est fait de huit chatons en diamants alternant avec huit petites perles fines pointées. Trois de ces chatons sont des tables; les cinq autres, de forme triangulaire, sont taillés à trois facettes. Cette monture peut être considérée comme de la joaillerie du temps.
Le numéro 617 est fait de cuirs roulés, décorés d'émaux blancs et rouges. Toutes les pierres manquent.
Le numéro 652, dont le camée représente un roi nègre, a un tour rond de rubis taillés en tables. Les cuirs déchiquetés aplat, qui forment l'extérieur de la monture, sont émaillés de blanc et rehaussés de rouge. En haut, une couronne faite de diamants triangulaires à trois facettes;
de chaque côté et en bas, un diamant à table. Cette pièce est probablement de fabrication allemande.
On voit que la fantaisie la plus entière avait remplace', dans les enseignes ou affiches, les sujets religieux dont ce bijou tenait son origine. Vers la seconde moitié du xvi® siècle, les hommes cessèrent d'en porter. Henri III, le duc de Nevers attachent encore la touffe de plumes du devant de leur chapeau avec une plaque de joaillerie, tandis que le duc d'Orléans délaisse tout à fait cet usage. Du chapeau des hommes, il passa dans la coiffure des dames, Vaffiche devint Vaffiquet. Dans l'inventaire de Gabrielle d'Estrées, il y en a tout un chapitre. Trois d'entre eux sont estimés 25,ooo écus, puis huit autres « au milieu de chacun, y a un diamant à seize nœuds aussi garni de diamants, et au milieu de chacun, y a un diamant plus grand que les autres, etc. »
De i56o à 1574, la femme de condition porte sur la tête le chaperon de velours noir bu Vescojîon, qui est une coiff*e de réseau en ruban d'or et de soie, souvent ornée de bijouterie, et quelquefois surmontée d'une aigrette, ainsi qu'on le voit sur le portrait d'Isabelle de Valois qui est au musée de Madrid. Mais il y eut plus léger que le chaperon. C'était un petit bandeau de linon monté sur un cercle d'orfèvrerie ou passé à travers la chevelure. Ce cercle d'orfèvrerie rappelait fortuitement la tœnia des Latins. Lors de Tédit somptuaire de 1649, quelques adoucissements furent obtenus, parmi lesquels furent compris le bandeau d'orfèvrerie porté sur la tête et les chaînes d'or que l'on appliquait comme bordures au haut des robes de parade. Mais bientôt cette mode devint surannée, et nous voyons Catherine de Médicis, Jeanne d'Albret et Louise de Lorraine nous apparaître avec des perles et des pierreries semées dans leur guimpe et dans leur coiffure. La coiffure et la guimpe de Marie Stuart sont ornées de perles disposées en réseau; la calotte qui renferme ses cheveux est bordée d'une ligne de pierreries rehaussée au centre par trois pierres disposées en trèfles, auxquelles sont suspendues trois perles pendeloques. Ces modes nouvelles furent adoptées généralement, car, dans une suite de gravures de la fin du xvi* siècle, on en voit une intitulée l'Épousée de France, représentant une jeune femme qui porte deux rangs de perles audessous de sa couronne de fleurs d'oranger. Puis nous voyons, dans les portraits de Marguerite de Valois et de Catherine de Bourbon, leurs cheveux ornés d'aftiquets et même une aigrette sur la tête de cette dernière.