I. Quicherat
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d*avoine s'élancent en fusées pour servif^de motifs à diamants. Ce dessin, il faut le dire, semble un peu luxueux, si on le compare à la rareté relative des diamants à cette époque; mais il renferme une indication précieuse qui semble être due à l'imagination de Marchant, c'est la possibilité d'exécuter une pièce en se servant du diamant comme objet principal. C'est enfin l'invention de la joaillerie, dont il aurait à partager l'honneur avec Daniel Mignot.
Une autre tentative de mise en œuvre, qui a conservé un grand caractère, est celle dans laquelle les diamants étaient séparés par des à-jour découpés en arceaux. La couronne de Saint-Ferdinand, qui est dans la cathédrale de Séville et qui semble être un ouvrage espagnol exécuté vers 1671, époque de la canonisation de Ferdinand III par le pape Clément X, offre un fort beau type de ce genre de travail. Le dessin représente l'aigle à deux têtes qui en occupe le centre.
Pendant tout le règne de Louis XIV, les dames de qualité continuèrent de porter des rangs de perles dans leurs cheveux, et sous la
AFFiq^UBTS.
dénomination d'affiquet, des pièces de joaillerie, des pierreries et des clinquants jetés comme au hasard dans Ja coiffure.
Ces mêmes ornements prennent plus tard le nom de guêpes et papillons, ainsi que nous l'apprend Boursault, dans sa comédie intitulée Mots à la mode.
Ce qu^on nomme aujourd'hui guêpes et papillons, Ce sont les diamants du bout de nos poinçons, Qui, remuant toujours et jetant mille flammes. Paraissent voltiger dans les cheveux des dames.
Ces ornements se portaient dans les entassements de cheveux dressés en hauteur sur le front, au-dessous de la fontange. On voit qu'ils étaient rattachés à l'épingle ou poinçon par un fil fin tordu en
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spirale qui les faisait s'agiter constamment. Ces épingles mouvantes étaient parfois terminées par des ferrets, par des aigrettes ou des bouquets de fleurs en diamant, des pompons, des nœuds, des allégories sentimentales, colombes, flèches et flambeaux, paniers fleuris. Cet usage dura plus^d'un siècle, pendant lequel Tart de tailler et de mon-
OUÊPES ET PAPILLONS
ter les pierreries ne cessa de faire des progrès, car c'est de cette époque que date \2i joaillerie proprement dite.
Jusqu'alors on avait enrichi de pierreries les bijoux et différentes parties de l'ajustement. Dans l'antiquité et jusqu'au xiv® siècle de notre ère, on ne connut guère que les pierres taillées en cabochons ; on les mélangeait dans les montures à des perles percées, à des émeraudes
TAILLE. Cabochon.
Table.
A coins abattus.
Rose.
fhf
Pointe naïve.
non
recoupé
non taillées dont la forme hexagonale fournissait des facettes qu'on utilisait tant bien que mal, ou bien à des diamants naturels qui offraient quelques facettes brillantes et régulières. Ce n'est guère qu'au XV* siècle qu'on vit apparaître la taille en table, tant pour les pierres de couleur que pour les diamants.
Au XVI® siècle, on abat les coins de la table pour les pierres de
couleur; on taille le diamant en rose, en pointe naïve; on cherche une disposition de facettes qui puisse augmenter le jeu et Téclat des pierres. Uune des deux pyramides de la pointe naïve ayant été coupée, la surface plate qui résulte de cette opération et qui donne à la pièce l'aspect] d'une table permet d'apprécier les propriétés réfractives de la culasse par rapport à la table. Au xvip siècle, on fait l'application de cette découverte en abattant les quatre angles de la pyramide dessus et dessous; on obtient ainsi le diamant dit non recoupé, et grâce aux encouragements de toute sorte que Mazarin donne aux lapidaires, la taille définitive du diamant est enfin découverte.
Or l'art de monter les pierres se perfectionnait en même temps que celui de les tailler faisait des progrès. Les anciennes pierres de forme table ou cabochon ne pouvaient être rapprochées les unes contre les autres de façon à produire une surface homogène. On les utilisait, au contraire, en les espaçant et en les montant chacune à part dans un chaton et sur un fond destiné à leur donner le jeu qui leur faisait défaut. Mais lorsque la taille nouvelle eut donné à la pierre l'éclat et la couleur, sans qu'il fût besoin d'avoir recours à un paillon pour la faire jouer; lorsque, dans la même opération, elle en eut abattu les angles et lui eut donné cette forme adoucie qui est celle du brillant actuel, le metteur en œuvre put alors réunir les brillants, les juxtaposer, les serrer les uns contre les autres de façon à obtenir des surfaces en pierreries quasi homogènes, travail auquel on a donné le nom de Joaillerie.
Par une coïncidence fortuite, à l'époque où toutes ces conditions du travail atteignaient leur épanouissement, c'est-à-dire de i65o à 1660, la découverte et l'exploitation de nouvelles mines, à Golconde, répandaient dans le monde entier une quantité considérable de diamants. En même temps, deux voyageurs, Chardin et Tavernier, établissaient, par de fréquents voyages dans la Perse et dans les Indes, des relations commerciales entre l'Orient et l'Occident, et faisaient affluer chez nous les pierres de couleur aussi bien que les diamants. C'est alors qu'on mit à la mode de mélanger les unes aux autres dans les objets de parure.
La concordance de tous ces faits fut la cause réelle de l'invention et du développement de l'art du joaillier. Si l'on veut aussi tenir compte de l'amour du faste et de la représentation qui fut un des traits du caractère de Louis XIV dans la première moitié de son règne, on re-
connaîtra que jamais industrie ne fut servie aussi à point par les événements. Aussi Taurore de ses débuts eut-elle Téclat d'un triomphe; presque du jour au lendemain, toute la cour de France s'habilla de diamants de la tête aux pieds.
En 1664, dans une fête donnée à M"^ de La Vailière, le roi et le duc de Bourbon parurent couverts de brillants, eux et leurs chevaux. Au mariage du prince de Conti avec M"^ de Blois, les mêmes folies se renouvelèrent, et, puisque nous nous occupons des ornements de tête,
AIGRETTBS.
il importe de rappeler que, dans cette occasion, la jeune mariée apparut avec cinq rangées de perles blanches, dressées sur son chignon, pour figurer le chapeau de fleurs d'oranger.
Bien que ces études ne dussent comprendre que les bijoux proprement dits, je ne puis me dispenser de dire un mot de la couronne qui fut montée à l'occasion du sacre de Louis XV, le 25 octobre 1722. Ce travail — dans lequel figuraient le Régent, le Sancy, deux cent soixante-douze autres diamants et soixante-quatre pierres de couleur, toutes ces pierres étant de dimensions énormes, — offrait une difficulté inouïe, en raison de la lourdeur que ces dimensions mêmes semblaient
devoir rendre inévitable. Rondi, le fils, qui en fit les dessins et sous la direction duquel il fut exécuté, évita cet écueil en intercalant ces grosses pierres dans des linéaments dessinés avec élégance, d'après les formes usuelles de la couronne royale. Il faut remarquer particulièrement, dans ce beau travail, les fleurons et le cimier qui sont de petits chefsd'œuvre. La fleur de lis à quatre pétales est tout bonnement délicieuse. Cette couronne est actuellement dans une des vitrines de la galerie d'Apollon, au Louvre.