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FLÈCHE AVEC CAMÉE

Puget que nous trouvons une collection de ces . dessins, qui ont entre eux une grande analogie.

Au temps du premier empire, les diadèmes devinrent lourds de forme et de dessin; ils écrasèrent littéralement les traits du visage. On a pu s'en convaincre en face des portraits exposés à l'École des beauxarts, en 1 885, par la Société philanthropique.

L'impératrice Joséphine, par Girodet, avait sur le front une large

bande faite de gros camées, puis encore une couronne de chignon presque aussi importante placée sur le haut de la tête. La reine Hortense avait également sur le front un très large bandeau surmonté de nombreux et gros camées quelque peu espacés en manière de fleurons. Le diadème de la reine de Naples, peint par Gérard, est un peu moins lourd ; il va d'ailleurs s'abaissant de chaque côté, mais comme les précédents, il cache tout le haut du front. Il est orné de larges turquoises

PEIGNE CAMés.

ovales et de perles, et accompagné d'un autre placé sur le chignon. Les dames semblent, du reste, ne s'être conformées à cette horrible mode que dans les grandes cérémonies, car un autre portrait de la reine Hortense, également par Gérard, la représente avec deux élégants rangs de perles dans les cheveux, de l'un desquels s'échappent des pendeloques perles qui se jouent sur le front, dans les boucles folles de cheveux. La princesse Caroline Murât est représentée de même. Le peintre Gérard a aussi fait un portrait de Marie-Louise, sur lequel elle porte un diadème de fantaisie et une couronne de chignon, et un autre où elle a une ferronnière et un peigne posé sur le côté droit. On voit que la mode avait change, ou que, tout au moins, la nouvelle impératrice, dont les traits étaient fins et délicats, n'avait pas adopté celle qui régnait, sachant qu'elle lui siérait mal.

Les camées furent très à la mode pendant le premier Empire, on en mettait partout. Voici une épingle ou peigne en forme de diadème, dont le centre est occupé par un camée, et un autre peigne dont le motif représente un carquois garni de flèches dont le bandeau, ainsi que celui du troisième, est également orné de camées. Ces pièces sont en or, et les flèches sont enrichies de petites perles. En or aussi est cette flèche seule avec son camée et cette autre épingle de cheveux en forme

PEIGNE CARQ^UOIS.

de lyre dont le contour est formé par des perles, ainsi que l'aigrette sultane faite en perles et en émail bleu clair.

Ces dessins représentent assez exactement le caractère général du bijou qui s'est porté de 1804 à i8i5. Il faudra y ajouter les diadèmes et peignes qui étaient composés de pierres de couleurs variées qui sont absolument abandonnées de nos jours, ce qui est peut-être regrettable. Il semble que si la mode revenait de porter des aigues-marines, des topazes,' des péridots et des améthystes, nos joailliers modernes sauraient en tirer un excellent parti, car le brillant fait un joli effet quand il accompagne ces grosses pierres, dont la couleur rehausse son éclat. Mais les bijoutiers du commencement du siècle se contentaient, la plupart du temps, de les monter dans Tor, soit au milieu de petits motifs jaunes estampés à plat, soit au milieu de cannetilles.

La Restauration reprit la tradition interrompue des coiffures en brillants mêlées de toudcs déplumes blanches et de rangs de perles;

AIGRKTTR SULTANE.

elle conserva le diadème de forme élevée. Voici un dessin tiré des

'^lt. ^T ? ; '

DIADÈME (dessin DE PETITEAU PÈRE).

albums de Petiteau le père, qui date des années qui ont suivi 1820, et qui peut passer pour une des. pièces de l'époque qui ont été dessinées

avec le plus de soin. Elle n*est pas faite pour recevoir des brillants, ce sont des perles et des turquoises toutes petites qui y sont employées, et seulement dans les fleurs. Toute la partie de feuillage ornementé est en or ciselé. Ce genre de travail donne le caractère exact du bijou qui fut alors à la mode, mode que la joaillerie tenta d'adopter et qui ne put le faire qu'en le dénaturant. On comprend que, si petits que pussent être les brillants employés, ils étaient encore trop gros pour pouvoir être sertis dans une ornementation aussi déliée que celle-là; aussi les joailliers furent-ils amenés à la grossir. Les anciens albums de la maison Bapst contiennent des dessins de ce genre qui, bien qu'exécutés avec tout le goût désirable, rendent presque méconnaissable le principe même d'où ils tiraient leur origine.

On sait que la simplicité de la toilette fut la règle adoptée du règne qui suivit. On allait alors à la cour avec un ruban ou une fleur naturelle dans les cheveux. Aussi quand on évoque les souvenirs de ce temps-là, ne voit-on apparaître aucun front diadème.

Pendant le second Empire, au contraire, on reprit la mode du diadème. L'impératrice Eugénie, la princesse Mathilde et d'autres grande dames le portèrent en forme de couronne. Ces bijoux étaient disposés, la plupart du temps, de façon que l'aspect pût en être modifié à volonté.

Dans celui de l'impératrice, par exemple, les centres des fleurons recevaient à volonté ou de grosses émeraudes ou des saphirs; les fleurons s'enlevaient; on les pouvait remplacer, soit par de grosses pendeloques perles tenues la pointe en bas, ce qui était d'un très bel effet, soit par de gros diamants pendeloques qui faisaient partie de la rivière impériale et qu'on en détachait pour cet usage. Ces couronnes n'étaient pas, à vrai dire, rigoureusement héraldiques; elles tenaient de la fantaisie par plus d'un point, mais elles complétaient admirablement la toilette.

On se rappelle avoir vu, à l'exposition des portraits du siècle, en i885,à Paris, le portrait de la marquise de Javalquinto, par Hébert. Au milieu des vapeurs idéales dans lesquelles apparaît la poétique image de la marquise, une grande place a été réservée à la parure, parure d'une blancheur virginale et immaculée. Un diadème en brillants délicieusement léger, du genre de ceux dont je viens de parler, orne son front. Ce diadème, le collier et la broche sont ornés de grandes pendeloques perles répandues dans l'ensemble. Ce portrait pourra.

COIFFURES, DIADEMES, ÉPINGLES DE CHEVEUX. +aj

dans Tavenir, fournir un des types réussis des parures que portent les grandes dames.

Le diadème en brillants, quand il est bien conçu, bien dessiné et bien exécuté, fournit une démonstration péremptoire de la supériorité des compositions en joaillerie dont la silhouette formé la base, sur celles qui sont faites en modelé. La construction d'un diadème, en effet, ne comporte guère que des silhouettes. L'aspect d'œuvres du même genre, des couronnes impériales russes, par exemple, et particulièrement de celle dTvan Alexci, viennent encore corroborer cette opinion. Les motifs presque plats y sont admirablement découpés; ils viennent saisir la vue autant par la netteté, la fermeté des contours extérieurs, que par l'homogénéité du jeu des brillants qui tous présentent leur face, et par conséquent offrent l'aspect sous lequel ils doivent être vus, c'est-à-dire celui de leur plus grand éclata

r. On ne lira pas sans intérêt l^extrait d'une lettre qui m'a été adressée sur ce sujet par le premier de nos joailliers modernes.

« Donc, il me semble que c'est en chantant l'amour et la liberté, que le Parisien et le Viennois, qui ont entre eux quelques points de ressemblance, ont groupé cette branche de fleurs printanières toute ruisselante de diamants et destinée à s'épanouir au corsage ou dans la coiffure de la femme du monde; que c'est avec son fiegme et sa tranquillité britannique, que l'ouvrier anglais, sans se presser d'ailleurs, a, proprement, un peu massivement même, établi ce bracelet d'ornement du temps d'Elisabeth, bijou correct, sérieux, mais froid comme lui, et enfin il me semble voir Touvrier russe, objet principal de cette esquisse, ce qu'il était naguère encore, un être doux, soumis, loué aux gages mensuels d'un maître joaillier, dont il partageait le pain et la demeure, usant ses yeux et sa patience dans ces merveilleux détails d'arabesques qui jouent un si grand rôle dans tous ses joyaux. — Il ne faudrait pas cependant attendre, de cette main si habile, l'accomplissement de tours de force de métier, ni même de grande originalité dans l'idée, non pas qu'elle en soit incapable; — les insignes impériaux de Russie parmi lesquels il faut citer dans les couronnes de domination celles du czar et de la czarine témoignent assez du talent remarquable déployé dans la monture de ces nobles et somptueux joyaux, mais ces ouvrages sont exceptionnels et dans le simple croquis que je veux faire de l'ouvrier joaillier russe, je préfère le prendre, non pas dans ce qu'il est capable de faire exceptionnellement, mais dans ce qu'il fait habituellement, car c'est là que je l'aime et l'apprécie le mieux. — Aussi bien j'estime que l'expression vraie d'un art quelconque se rencontrera plus exacte dans les productions d'un usage répandu que dans des ouvrages uniques, tels que sont en effet les joyaux des couronnes de France, d'Angleterre, d'Autriche ou de Russie.

ff Dans la joaillerie russe, dont le thème favori est assez simple, la liberté d'interprétation n'existe pas. Il n'y a pas deux manières de comprendre le dessin, et la pensée artistique de l'ouvrier sera concentrée jusqu'à Tesclavage dans le but à atteindre, nettement défini et qui consiste dans l'irréprochable exécution d'un motif dont l'ordonnance vise toujours le charme et l'effet qui doivent résulter de l'opposition de détails très fins et de grandes lignes. — Ainsi un point central, formé d'un rubis, saphir ou émeraude souvent en cabochon, d'autres fois d'une perle, est entouré d'un premier cercle de diamant. Plus en dehors, un cadre affectant tantôt la forme régulière du rond, de l'ovale, du

On ne peut se dissimuler que lorsque les diamants sont sertis sur une surface modelée et par conséquent tournante, la plupart d'entre eux sont vus de côté, hors du plan où la disposition de leurs facettes permet d'apprécier les rayons lumineux qu'ils reflètent. Mais comme ils gardent néanmoins leur transparence ou plutôt leur translucidité, tout en n'ayant plus le grand éclat qui fait leur beauté, ils sont inaccessibles à l'ombre. II résulte de ce fait que, ne concourant pas à l'effet du modelé, puisqu'un tournant ou un second plan fait en brillants ne prend pas l'ombre, ils perdent leur grande qualité qui est l'éclat, sans fournir à l'ensemble les vigueurs, les oppositions qui sont les résultats des ombres dans tout objet modelé en une autre matière. C'est ce qui fait que, vue à une certaine distance, la joaillerie, traitée en modelé, prend facilement un aspect lourd et confus, tandis que celle traitée en silhouette, conserve son accent à toutes les distances.

Mais la mode se préoccupe peu des règles <*t des raisonnements, et la mode est aujourd'hui, en France, tout à la joaillerie modelée. Outre que le port du diadème n'y est plus compatible avec notre état politique, on ne se met plus guère dans les cheveux que des épingles

carré, tantôt une silhouette découpée capricieusement dans le style byzantin, est rattaché au premier cercle par quelques chatons solitaires. Les vides laissés par cette disposition générale sont remplis par des détails en petites roses, véritables chefs-d*œuvre de serti. — Qu'il s'agisse d'un collier, d'une agrafe, d'un diadème, tel est le plus souvent le plan d'un joyau russe. — Point n'est besoin, on le voit, d'employer bouterolles, pinces ou marteaux, outils dont nos Parisiens se servent avec tant de dextérité ; la scie à repercer et la lime suffiront à l'ouvrier russe pour la préparation de son ouvrage. Le mouvement des ornements sera obtenu par un ramalloyé net et discret. — Jusqu'ici c'est un travail préparatoire que les bons ouvriers de tous pays peuvent faire plus ou moins bien, mais, parvenu à ce degré d'avancement qui est la mise au point du serti, seul entre tous, l'ouvrier russe saura le poursuivre et le mener à ce degré de perfection qu'il faut admirer en lui.

« A partir de ce moment, en effet, toute maladresse marquerait son bijou d'un stigmate ineffaçable, toute faute serait irréparable, car il n'y a plus rien à reprendre sur le corps de l'œuvre aminci, dépouillé du superflu de matière et qui n'a plus en un mot que juste la force et la solidité indispensable au serti des pierres précieuses.

. « Aussi est-ce avec une lime dite d'aiguille, dont les hachures ont été usées à l'avance pour que la morsure en soit plus douce, que l'ouvrier corrigera ses contours, ménagera ses filets de serti fins et déliés comme des traits de gravure au burin; puis enfin, dédaignant nos ingrédients de polissage trop frustes pour lui, c'est avec de l'os de mouton pulvérisé qu'il achèvera d'adoucir son ouvrage car il sait à merveille que ce procédé de polissage donnera à l'argent de la monture un doux reflet lunaire, éminemment propre à faire ressortir l'éclat du beau diamant et les incomparables finesses de son serti. — Je l'ai dit, nul ouvrier joaillier n'égale le Russe; son instruction est complète ; monteur, sertisseur, polisseur de son ouvrage, il m'offre le type complet du joaillier, et c'est à bon droit que le renom de sa main-d'œuvre s'est popularisé dans nos ateliers sous le nom de travail russe. « O. Massin. »

d*écaille terminées par des motifs en joaillerie ou des fleurs en diamants, fleurs que leur structure et leur agencement permettent de suspendre indistinctement après un tour de cou, de coudre sur un velours, ou d'attacher au corsage. Les plus habiles de nos joailliers excellent à modeler un camélia ou une rose et tirent certainement tout le parti possible de cette manière d'employer le diamant. L'Exposition universelle de 1878, à Paris, en a fait l'irréfutable démonstration.

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