CHATELAIN R PEINTURES SUR KMAIL
très volumineux; puis après avoir porté, en i83o, ainsi que les dames,
d'abord la grande chaîne à mailles estampées, puis le grand cordon d'or, dit sautoir, ils l'abandonnèrent pour mettre à leur montre un petit bout de chaîne qui sortait du gousset et laissait pendre sur lè
pantalon une clef-cachet. Cette mode était pauvre; après avoir duré quelque temps, elle fut remplacée parla chaîne de gilet, qu'un crochet fixait à la boutonnière, et qui se terminait par la montre, qu'on mit alors dans la poche même du gilet. Une variété de cette chaîne allait d'un gousset à l'autre du gilet; elle était relevée au centre par un coulant tenu après une chaînette qui partait de la boutonnière; on l'appelait chaîne américaine.
On fit, pour les dames, de charmants crochets de ceinture ou châtelaines — c'est le nom qu'on leur
donnait alors — très ouvragées.
Les premières qu'on se mit à
porter furent excessivement Ion-
iîues. Un dessin de Froment
Meurice que j'ai sous les yeux,
et qui date de l'année iSSy, n'a
pas moins de vingt-huit centimètres. Il porte, selon la coutume admise, tenus en suspension à l'extrémité de cinq longues chaînes, d'abord la montre, puis deux petits médaillons, la clef et
le cachet.
La mode de porter la clef ne durait plus déjà, après l'invention des montres à remontoir, que celle des châtelaines longues persévérait encore. On le voit dans ce dessin de A. Falize qui date environ de l'année i852. Falize emprunta les jolis motifs du style mauresque pour composer ce bijou qui est d'autant plus agréable à porter, qu'il n'offre aucune aspérité pouvant accrocher les dentelles et les garnitures d'autre sorte qui font partie de la toilette des dames. Fidèle au même
BRELOQ^UET DEMI- PERLES ET EMAIL.
CLEF DE MONTRE fOND éMAIL.
CEINTURES, BRELOQUIERS, CHATELAINES.
principe, il tira un fort joli parti, pour cet usage, des émaux opaques posés à plat dans des dessins faits de cloisons à la manière japonaise.
C'est lui qui inventa ce bijou en émaux cloisonnés, qui eut un si grand succès vers Tannée 1860, que des commerçants envieux tentèrent de lui en dérober le mérite et le profit. L'originalité de ces compositions, la franchise, la douceur et rharmonie des émaux qui le coloraient, ne pouvaient certainement être dépassées. Il faut ajouter à ces qualités celle qu'elles tenaient de la finesse capillaire des cloisons qui arrêtaient les traits du dessin, car l'œil, alors habitué aux lignes beaucoup moins déliées que fournissait le travail ordinaire de champlevé fait au burin, fut d'abord surpris et bientôt charme. Ces agréables fantaisies n'eurent qu'un temps, comme toute chose chez nous, aussi bien le mauvais que le bon. On vit des fabricants sans goût s'emparer de cette idée, y ajouter des pierreries, des émaux criards, et je crois qu'il se débita de cette laide et bête contrefaçon vingt fois plus d'objets que Falize ne vendit de ses jolis bijoux.
C'est l'histoire de tous les jours.
L'homme de goût tire péniblement un maigre profit d'idées qu'il a trouvées, pendant qu'à côté de lui, la piraterie commerciale en vit grassement.
Je laisserais cette étude incom-
iôç
CHATELAINE, STYLE MAUPESQ^UP.
(Dessin de A. lalizc.)
plète si je ne donnais un autre dessin de Falize dont la composition est pleine de caractère. Ce crochet offrant, ainsi que les deux autres, une surface lisse et sans aspe'rités, emprunte tout son effet au travail de repercé, légèrement repris par le ciseleur dans quelquesunes de ses parties.
CH ATELAINR EN lÎMAUX CLOISONNAS.
CHATELAINE REPERCés.
Nous retrouvons, en étudiant Thistoire des crochets de ceinture, Duron et son goût persévérant pour les compositions élégantes. Dans celui-ci, c'est la lettre initiale du nom de la jeune femme à laquelle il est destiné qui forme le motif principal de la composition. Des guirlandes de roses en ors de couleur ciselés avec recherche Tenlacent gra-
CEINTURES, BRELOQUIERS, CHATELAINES. +71
cieusement. Cet arrangement, dont Tidée et la forme sont aimables, a tout à fait l'allure d'un madrigal qui, au lieu d'avoir été tourné en vers, aurait été fait en or.
Le crochet de montre de genre courant qui a eu pendant ces temps derniers le plus grand succès est sans contredit celui fait en or rouge, repercé d'un petit dessin très serré, repris par la gravure et poli à plat. Il s'en est vendu de grandes quantités. Non seulement ce genre de travail produit un effet agréable, mais il offre aussi l'avantage inappréciable, pour un bijou qui se porte à la ceinture, de n'offrir aucun relief gênant.
L'examen des travaux de bijouterie accomplis dans les cinquante dernières années offre le plus haut intérêt. Le nombre, bien que forcément limité, qu'il m'a été possible d'en réunir dans ces études suffit cependant pour faire apprécier les recherches qui ont été faites et la somme de travail qui a été produite durant cette période. La marche éclectique qui a été suivie a fait dire que le caractère propre à notre époque était de n'en pas avoir. Cela est vrai, lorsqu'on la compare à toutes celles qui l'ont précédée. Nous voyons, en effet, que tous les peuples de l'antiquité avaient adopté des types de bijoux dont ils ne s'écartaient jamais. Ces types suffisaient à leur consommation pendant de longues années qui devenaient quelquefois des siècles. Le bijou étrusque et romain a duré autant que l'empire romain. Tous les bijoux de la Renaissance ne s'écartaient pas du genre adopté à cette époque. Les transformations qu'ils ont subies, dans les siècles suivants, ont été lentes; on sent encore leur influence pendant tout le xvii'^ siècle; les règnes de Louis XIII et de Louis XIV n'en sont, à vrai dire, que la continuation, et, à chacune de ces époques, l'esprit public, porté dans une direction unique, n'aperçoit autour de lui rien autre que ce qui se fait. Là, pas d'hésitation causée par la connaissance des styles anciens, par une trop grande science des temps passés. Tout ce qui a été fait, tout ce qui a précédé est embaumé, momifié; on ne s'en occupe plus; l'idée d'y revenir, l'idée de faire autre chose que ce qui est couramment adopté ne peut germer dans aucun cerveau. Tous les efforts tendent au même but, se portent dans le même sens; chacun va perfectionnant l'œuvre de tous. Cette unité de direction, qui a été la loi dans tous les temps passés, a fait éclore ces grands ensembles d'art décoratif qui ont caractérisé certaines époques privilégiées et que nous appelons les styles.
^7i LES BIJOUX ANCIENS ET MODERNES.
Ces Styles, tous ensemble, sont devenus notre héritage, héritage fatal que la science, se substituant à Tart, nous a contraints d'accepter et qui, nouvelle robe de Nessus, nous dévore jusqu'aux moelles. Tenus, par notre état de civilisation, à l'écart de tous les aliments que la nature fournit à l'imagination, nous en sommes réduits à nous en contenter. Notre grand savoir obstrue les facultés inventives de notre cerveau déjà peu sollicité par l'atmosphère ambiante, et nous pâtissons étouffes par les souvenirs.
Cependant il semble que, prévoyant ce reproche qu'on nous fait de manquer de caractère, nos dessinateurs aient tenté d'y échapper. Les inventions faites dans cette période de cinquante années rappellent, il est vrai, un style quelconque; aucune n'en est la reproduction. Jamais ta Renaissance n'a conçu de bijoux semblables à ceux de Froment Meurice, qui s'en est inspiré; les serpents de Robin ne sont ni grecs ni romains, pas plus que les noeuds et les cuirs de Marchand ne sont Renaissance ou xviii® siècle. Les bracelets de Crouzet ne sont pas plus algériens que les compositions de Duron ne sont de style Louis XV. Petiteau, Falize prenaient partout leurs charmantes inventions, sans copier aucun bijou d'aucune époque, et Dutreih, n'obéissant qu'à son inspiration naturelle, ne les prenait nulle part que dans son cerveau. Je passe tous ceux de grand renom qui fabriquent encore, parce qu'ils n'ont pas achevé leur œuvre. Ils viendraient grossir, si je pouvais les énumérer, la liste glorieuse des chercheurs qui ont tenté d'élargir ou de franchir le cercle dans lequel notre industrie se meut.
Les producteurs contemporains, auxquels on adresse le reproche de manquer de caractère propre, ont fait cent fois plus d'efforts que les anciens n'en faisaient lorsque, dans un sillon tout tracé, ils suivaient paisiblement la marche bien définie et indéfinie de leurs styles. Ces cflbrts, il est vrai, ont été accomplis dans des sens les plus opposés les unsaux autres; iis ont manque d'unité dans la direction, et peut-être estce à cette cause qu'il faut attribuer leur stérilité. Mais ce fait même ne rcsulte--t-il pas de la nécessité de sacrifier au goût public, qui, par une anomalie singulière, a toujours évolué à contresens du progrès qu'il invoque, ne laissant à rien le temps nécessaire à son développement? Faute d'encouragement, ces efforts n'ont, pour ainsi dire, produit que des embryons.
Taine a dit * : « Par cette correspondance exacte et continue, on