TEMPS PRÉHISTORIQUES
LE MARTEAU, l'eNCLUME, LE STYLET ET LE CREUSET DE PIERRE
Hypothèses.
Une opinion admise aujourd'hui est que i*or a été, de tous les métaux, le premier que l'homme ait travaillé'.
Les premiers torenticiens furent donc des orfèvres. Ce fait s'explique aisément.
La nature, qui semble s'être plu à envelopper la connaissance des autres métaux d'un double mystère, d'abord en les plongeant dans les entrailles du globe terrestre, puis en les y maintenant à l'éiat de minerai, a semé à profusion, dans certaines contrées, For à la surface du sol et dans le cours des eaux, et l'a livré à l'état de métal, c'est-àdire prêt à être employé pour ses besoins.
Ne faut-il pas admirer cet ordre des choses qui fit tout d'abord
I. L*or, à cause de son éclat, de sa pureté inaltérable, de la facilité avec laquelle on le découvre ou on l'extrait dans les contrées où il est naturellement répandu, de sa malléabilité qui le rend propre à être travaillé sans beaucoup de peine, est vraisemblablement le premier métal dont les hommes aient fabriqué et orné des objets à leur usage. C'est ce qu'attestent les découvertes de quelques-uns de ces objets même ayant appartenu aux plus anciens peuples, ou la mention que nous en trouvons faite à une époque très reculée de leur histoire. (Charles Daremberg et £dm. Saglio, au mot auri/ex.)
connaître à Thomme la substance métallique parvenue à son état définitif, et qui l'amena à découvrir peu à peu les moyens de s'en rendre maître et de Tutifiser, réservant pour plus tard de le mettre aux prises avec les minerais de cuivre ou de fer, lorsque la connaissance qu'il aura acquise des propriétés du métal le stimuleront à en augmenter le nombre ?
Le musée de Saint-Germain nous fait voir une pépite d'or percée à Tune de ses extrémités, qui a été trouvée suspendue au cou d'un naturel de l'Amérique du Sud. Cette trouvaille concorde avec la supposition que tout le monde a pu faire, à savoir que le premier bijou d'or dut être une pépite. Une pépite d'or brillant au soleil, c'est encore à présent excessivement joli; c'était, dans l'origine, le plus beau de tous les corps solides qu'on eût sous les yeux. L'esprit d'investigation naturel à l'homme fit que bientôt ceux qui avaient trouvé l'or en découvrirent la malléabilité. Le métal frappé à coups successifs entre deux pierres % dont l'une faisait office de marteau et l'autre d'enclume, en s'écrasant, s'élargit et s'allongea; puis, subissant la loi commune à tous les corps métalliques, il s'écrouit par l'effet de ce travail et put être employé à divers usages.
Lorsqu'un jour, le hasard ou la volonté le soumit au contact du feu, il reprit sa malléabilité première, il redevint mou. Cette découverte dut sembler bien étonnante. Elle permit de reprendre et de continuer l'opération du battage indéfiniment, et devint, par ce fait même, le point de départ de l'art de transformer le métal. Quelle fut la destination des premières lames d'or ? Servirent-elles à des usages domestiques, ou devinrent-elles tout d'abord des ornements de parure ? On peut supposer qu'elles servirent à ces deux emplois; mais, à coup sûr, une krge part fut faite à la parure. Les feuilles amincies, découpées, couvertes de dessins tracés au stylet de pierre, dessins qui, exécutés en creux d'un côté, apparaissaient en relief de l'autre, des pointillés obtenus par le même procédé, fournirent bientôt des plaques et des bandes qu'on fixa sur la coiffure et sur les vêtements. Que cette même idée ait pu se produire sur différents points du globe, à des
I. Il a été trouvé des quantités considérables de marteaux en dioritc, en granit, en silex, en porphyre, en gneiss et autres sortes de pierres, dans les quatre premières cités touillées par le docteur Schliemann. On en trouve aussi en Chaldée et dans les terramares de rÉmilie. Plusieurs exemplaires sont dans la collection chaldéenne du Louvre, et un grand nombre dans les musées de Reggio et de Parme. {Ilios, Schliemann.)
époques variées correspondant au développement propre de chaque civilisation, il n'en faut pas douter. Chacun de nous a remarqué qu'un enfant mis en possession d'une feuille mince d'étain découvre presque aussitôt la propriété qu'elle possède de prendre et de conserver les empreintes des corps durs avec lesquels on la met en contact. La même découverte dut être faite, en tous lieux, lorsque l'homme eut pour la première fois une feuille d'or mince entre les mains, car la malléabilité de Tor natif, supérieure à celle de Tétain, est telle que tout corps solide qu'on y applique y laisse une trace. Chacun des coups donnés pour l'aplanir y imprimait à la surface une trace toujours la même ; c'était un accident, une fissure, un point marqué dans la pierre qui faisait l'office du marteau, dont le métal gardait chaque fois l'empreinte. L'observation amena l'ouvrier primitif à tirer bientôt parti de cette sorte d'estampage involontaire, à en diriger les effets, à faire, en un mot, la première bractée. On a trouvé, paraît-il, des feuilles d'or travaillées de cette façon au milieu des ruines de Ninive, en Crimée, dans la basse Italie, en Egypte, en Sardaigne et jusqu'au Mexique.
Ces ornements, qui durent être en usage dès les premiers temps du séjour de l'homme sur la terre, se perpétuèrent en se perfectionnant jusqu'à l'époque historique. On en retrouve particulièrement la trace chez les Orientaux, dont les longues robes, les coiffures et les armes étaient couvertes de ces plaques à profusion. Si le premier bijou fut une pépite, le second fut la bractée.
Tout porte à croire que l'usage des premières bractées remonte à une période inconnue de l'ancienne civilisation asiatique, et qu'il fut introduit sur le sol de la Grèce soit par les Pélasges, soit par les Hellènes. Il est très remarquable qu'on n'en trouve aucune trace en Egypte.
La découverte du trésor de Mycènes vient de jeter un jour extraordinaire sur cette question. Bien que le docteur Schliemann ^ se complaise à considérer les bijoux qu'il renfermait comme ayant appartenu à Agamemnon et à ses compagnons, cependant il est permis de croire qu'ils remontent à une époque antérieure à celle qui vit naître le Roi des rois.
Le caractère du dessin de la plupart des bractées, fait de courbes et de lignes flexueuses, rentre bien dans le tempérament des Asia-