‹ Les bijoux, anciens et modernesChapitre 235 sur 250 · I. Odyssée, ch · texte numérisé non relu

I. Odyssée, ch

de bronze, lorsqu'il peint une scène qui se passe dans le Péloponèse environ 1 200 ans avant notre ère, alors que, de son temps, c'est-à-dire 3oo ans plus tard, Tusage des outils de fer avait, depuis longtemps déjà, pénétré en Grèce.

Mais retournons dans cet Orient mystérieux qui semble avoir été le berceau de toutes les connaissances humaines, et du centre duquel nous avons dû faire partir les premiers travaux d'orfèvrerie. Avec les trois seuls outils connus alors, les formes et le nombre des marteaux ayant été modifiés suivant le besoin, les torenticiens exécutèrent des chefs-d'œuvre dont on aurait quelque peine à se faire une idée de nos jours, si l'ordre des événements n'avait voulu que cette civilisation si prodigieusement avancée, il y a plus de quatre mille ans, ne se fût comme figée tout à coup et n'eût conservé, sur certains points du globe, les mêmes procédés primitifs qu'elle employait à cette date reculée. Elle ressemble en cela à ces aiguilles arrêtées sur le cadran d'une horloge au moment d'un grand événement, comme destinées à en marquer éternellement l'heure.

J'ai vu en i883, à l'exposition d'Amsterdam, une grande chaîne faisant partie des objets envoyés de Tunisie. Cette chaîne avait été fabriquée dans une bourgade perdue dont j'ai oublié le nom, par

CHAINE FABRiq^ués K N TUNISIE.

quelque ouvrier ambulant sans doute, comme ils le sont encore presque tous dans les contrées barbaresques, dans les Indes et dans tout l'Orient, auquel on avait fourni l'or, comme dans le récit d'Homère. Cette chaîne était composée de grands anneaux d'un or très fin. Ces anneaux avaient à peu près quatre centimètres de diamètre, ils étaient plats et minces comme de la carte et faits chacun d'un seul morceau sans assemblage. Ce fait fut absolument constaté par les praticiens réunis qui composaient, à Amsterdam, le jury de la classe de la bijou-

tcrie, qui n'y purent, malgré leurs recherches, y trouver la moindre trace de soudure. Cependant il avait fallu faire pénétrer ces anneaux les uns dans les autres, les emmailler, pour me servir d'un terme technique. Cette chaîne faisait TefFet d'un problème posé à notre industrie moderne, par cette industrie des premiers âges, dont la tradition s'est perpétuée dans certains milieux, à travers les siècles. Elle avait été faite à l'aide des trois outils primitifs : Tenclume, le marteau et la tenaille, auxquels était venu s'adjoindre peut-être le ciseau ou ciselet qui fut, nous l'avons vu tout à l'heure, une des trouvailles de l'âge de pierre. Voici comme l'ouvrier avait procédé.

11 avait préalablement, avec la plane du marteau,* forgé son lingot de façon à lui donner quatre faces égales, c'est-à-dire exacte-

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tement la forme de la règle à tracer le papier, dont les écoliers se servent de nos jours. Puis, à l'aide d'un autre marteau pointu en forme de ciseau, il avait tracé successivement, sur chacune des quatre faces de la règle d'or, un angle creux longitudinal. Son lingot ainsi préparé avait acquis, dans toute sa longueur, une forme dont la coupe eût représenté une croix. A l'aide du même marteau tranchant, il avait

opéré ensuite une série de sections régulièrement espacées sur chacune des quatre arêtes, mais en prenant bien soin d'en contrarier les dispositions, de façon que les sections faites sur une des branches de la croix se trouvassent intercalées entre les sections faites sur l'autre. Présentant ensuite au bord de l'enclume successivement chacune des faces plates formées par les épaisseurs des branches de la croix, et saisissant son marteau à face plane, il les avait écrasées doucement et progressivement, jusqu'à les étendre beaucoup. A un moment donné de ce|travail et peut-être le ciseau aidant, chacun des diagrammes s'étaii

séparé naturellement de ses deux voisins. Il ne restait plus alors à l'ouvrier qu'à présenter tour à tour à l'enclume, et en les tournant avec la main, à mesure qu'il les frappait, chacune des pièces ainsi détachées, de façon à en régulariser la surface sur tous les points de la circonférence, et à les amincir autant qu'il était nécessaire. Après cette dernière opération, la chaîne était achevée, superbe, sans soudure et presque sans déchet. De plus, elle était lisse, polie et brillante comme la plane du marteau et la table de l'enclume; et le métal, écroui par les coups du marteau, ne pouvait se plier ou se déformer, bien qu'il fût d'un titre fort élevé.

On pourrait donner d'autres exemples des résultats extraordinaires obtenus par le marteau seul, et de l'habileté prodigieuse de ceux qui en faisaient usage dans les temps reculés; je préfère en citer des spécimens plus récents que nous devons à nos ancêtres les Gaulois.

Tous les torques en or exposés au musée de Cluny sont obtenus par le même procédé, c'est-à-dire qu'ils ont d'abord reçu une forme cruciale ou autre par le travail de forge, et qu'ils ont été tordus ensuite, de façon à présenter plus ou moins l'aspect d'une vis. Il faut y admirer particulièrement l'énorme bracelet catalogué sous le numéro 4975, du poids de six cent dix-huit grammes, dont j'ai donné le dessin au chapitre concernant les bracelets. C'est, en son genre, une merveille d'habileté et de précision. Les deux extrémités, conservées droites à dessein, lorsqu'on en opéra la torsion, indiquent suffisamment la préparation première que le lingot subit au marteau.

Dans la grande orfèvrerie, le maniement de cet outil si simple, si primitif, atteignit un degré de perfection tout à fait extraordinaire et fut poussé à un tel point qu'il se jouait de toutes les difficultés. Mais cette considération sort du cadre de cette étude qui ne doit embrasser que la bijouterie seule. Je ne puis cependant m'empêcher de relater ici un récit de Pline qui y trouve naturellement sa place. Il dit que la plus ancienne statue d'or massif fut faite avant qu'il en existât une de ce genre en bronze. Elle était placée dans le temple d'Anaïtis, la Vénus arménienne. Elle fut mise en pièces lors de l'expédition d'Antoine chez les Parthes. Cette statue était du genre appelé holosphyraton, travaillée au marteau et sans aucun vide. Diodore de Sicile, parlant des trois statues colossales qui étaient placées sur le faîte du

temple de Bel à Babylone, dit qu'elles étaient d'or et travaillées au marteau *.

La Bouterolle.

La bouterolle est faite d'une tige de fer ou de bois dont l'extrémité inférieure a la forme d'une boule. On s'en sert pour obtenir des bosses ou des creux en frappant avec cette partie arrondie sur la feuille d'or qu'on veut emboutir, et qu'on a préalablement placée sur un bloc de plomb destiné à amortir et à régler le coup. C'est, à proprement parler, un marteau de forme dépourvu de manche, qui doit être aussi ancien que le marteau simple. Lorsque l'embouti qu'on veut obtenir demande une grande force , on frappe avec un marteau ordinaire sur l'extrémité opposée au côté arrondi. Il y a des bouteroUes de toutes les grosseurs.

Le Fourneau.

Nous trouvons les premières traces du fourneau à fondre dans les anciens dessins d'Egypte, en même temps que celles de la soufflerie destinée à activer la chaleur du foyer. Il est probable qu'à la même époque le creuset de terre était également inventé et avait remplacé le godet de pierre primitif.

Deux outres de moyenne grandeur posées sur le sol et reliées au foyer par des conduits de roseaux, tel était l'appareil de la soufflerie. Un homme se tenait debout, un pied sur chaque outre, et pesait de tout son poids, successivement, sur chacune d'elles, relevant tour à tour celle qui venait d'être vidée, à l'aide de cordons qui y étaient fixés.

On trouve encore, dans beaucoup de parties sauvages et barbares de l'Afrique * et de l'Asie, des fourneaux à courant d'air, élevés audessus du sol en forme de cylindre ou de cône tronqué, qui ont évidemment conservé la forme traditionnelle. Quelques restes subsistent encore au milieu des scories des mines d'argent de l'Attique. Mais il

1. Dictionnaire des antiquités grecques et romaines^ Daremberg et Saglio, au mot Aurum,

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