Ch. Daremberg et Saglio, au mot Caminus
est vraisemblable qu'à Tépoque grecque, la soufflerie primitive, dont on vient de lire la description, avait été abandonnée pour celle qu'on voit représentée sur un vase à figures noires, qui peut dater du vi** siècle avant J.-C, où le courant d'air est activé au moyen d'un soufflet fait d'une seule outre plus grosse, posée également à terre et qui est mise en mouvement, probablement avec l'aide d'une palette ou d'une planche et à bras d'homme.
Homère nous représente Vulcain procédant à la fonte du métal qui va lui servir à fabriquer les armes d'Achille. Or il importe de se souvenir que, bien qu'il nous soit présenté dans ce récit comme fabricant d'armes, il exerçait aussi beaucoup d'autres métiers qui, à cette époque, n'en faisaient qu'un seul. Il était à la fois forgeron, armurier, serrurier, chaudronnier, taillandier, fondeur, orfèvre et bijoutier. Il travaillait, selon le besoin, le fer, l'airain, l'étain, l'or et l'argent; en un mot, il travaillait le métal. C'est dans le même atelier qu'il accomplissait tous ces différents travaux, et les outils qu'il employait pour la fabrication des armes d'Achille étaient les mêmes qui lui avaient servi à faire, pour Thétis et Eurynome, des agrafes, des bracelets, des épingles de cheveux et des colliers d'or. C'est donc dans un atelier où se fabriquait l'orfèvrerie, que le récit nous introduit.
Au moment où Thétis vient d'entrer*, Vulcain, pour la recevoir, arrête ses soufflets et les détourne; puis, lorsqu'il a entendu les ordres de la déesse, il les dirige de nouveau du côté du feu et leur ordonne d'agir. Ils soufflent dans vingt fourneaux à la fois, et le vent qu'ils exhalent, attisant la flamme, varie suivant que Vulcain se hâte ou se ralentit, afin de seconder l'achèvement de son œuvre. Le tableau est grand et peut fournir une assez belle idée de la puissance industrielle d'alors, où tout cependant s'accomplissait avec des moyens primitifs. Dans sa belle forme, il nous apprend un détail qui n'est pas sans intérêt : c'est que les soufflets étaient mobiles et ne s'ajustaient aux fourneaux qu'au moment de la fonte. On peut aisément en conclure qu'ils posaient sur le sol ainsi que celui qui est décrit plus haut.
Mais ces outres auxquelles Vulcain ordonne d'agir, ces outres qui exhalent si puissamment le vent qu'elles attisent la flamme dans vingt fourneaux à la fois, nous donnent l'idée d'une grande force et nous aide à comprendre que l'imagination poétique d'un peuple amoureux