I. Mariette Bey, Notice sur le musée de Boulaq
dans le métal, mais aussi celui de Tintaille, pour y faire des incrustations, était pratiqué en Orient dès la plus haute antiquité. Or ce travail d'incrustation sur bronze nécessite absolument un tranchant de fer. J'ajouterai que même le fer s'émousse très rapidement lorsqu'il entaille un alliage aussi résistant que l'airain, et qu'il ne serait pas déraisonnable d'admettre que les Égyptiens possédaient un moyen pour le durcir, peut-être la trempe, ou un équivalent de la trempe. Mais dès longtemps la rouille a dû détruire jusqu'aux derniers vestiges de ces petits outils si délicats, vestiges qui auraient pu nous éclairer sur ce point.
En tout cas, il est raisonnable d'admettre que les mêmes outils qui creusaient l'airain pour y pratiquer des incrustations pouvaient être utilisés pour graver des matrices ou des poinçons de la même matière. Cependant ces procédés paraissent avoir été employés plus particulièrement en Asie Mineure, à cause justement dejs bractées dont ces derniers avaient coutume de charger leurs vêtements.
Les antiquités du Bosphore Cimmérien, conservées au musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg, renferment un grand nombre de ces bractées, obtenues par le procédé de l'estampage. J'en ai fait une relation assez détaillée au commencement du chapitre consacré à l'examen des broches et des fibules. On se rappelle que les mêmes sujets y sont fréquemment répétés et que toutes sont munies à leur circonférence, soit de petites pattes forées, soit simplement d'une série de trous destinés à les coudre sur les étoffes.
Je ne puis m'empêcher de voir, dans l'emploi de ces bractées, l'usage qui a précédé celui de ces riches et éclatantes broderies d'or, dont les Orientaux ont, de tout temps, été si friands. Il semble en effet que, du jour où l'art de tréfiler l'or fut poussé assez loin pour que ce métal pût être employé à broder les étoffes et à y simuler l'application directe d'ornements en or estampés, l'ancienne mode dût être abandonnée. Car les bractées avaient le quadruple inconvénient de charger les vêtements d'un poids insupportable, d'accrocher et d'endommager tout par leurs angles, de se déformer par l'usage et de se découdre parfois. Elles furent remplacées par les paillettes, qui ne sont que de petites bractées miroitantes, qu'on mélangeait aux fils métalliques dont on passementait les étoffes. On sait à quel degré de perfection les Orientaux sont parvenus, dès les temps reculés, dans cet art de l'application et de l'emploi de la broderie, et qu'ils n'ont jamais cessé d'y exceller.
Malgré cette sorte de dérivation de la bractée, le principe qui présidait à sa fabrication dut n'être pas abandonné; mais elle fut appliquée à d'autres usages. Elle continua d'orner les armes, les objets de toilette et les meubles. L'Orient n'a jamais cessé de s'en servir ; il nous vient souvent encore aujourd'hui, de ces contrées éloignées, des objets remarquables qui en font foi.
LeÇiselet,
(Suite.) •
Le procédé de l'estampage, originaire probablement de l'Asie centrale, après avoir pénétré en Europe par l'Asie Mineure, l'île de Rhodes et l'île de Cypre, fut usité en Grèce. Mais il ne semble pas que ce peuple si admirablement doué en ait fait un très grand cas. Ses penchants élevés l'attiraient d'un autre côté; c'est vers les travaux de ciselure que se dirigea toute son attention.
Jusqu'au jour où les Grecs saisirent le ciselet et le conduisirent d'une main élégante et sûre, modelant l'or à leur gré, le rétreignant, le pétrissant comme une cire molle, on peut dire que les secrets de sa puissance étaient restés ignorés. Il n'avait servi qu'à tracer ces bractées, dont le mérite consistait plus encore dans l'éclat et la richesse qu'elles ajoutaient au costume, que dans leur valeur artistique. Mais lorsque les notions plastiques, s'éiendant de proche en proche, pénétrèrent dans l'industrie, le jour où le statuaire entreprit de prendre une feuille d'or et de l'animer du souffle de son art, ce jour-là, le travail au repoussé fut inventé réellement. C'est alors qu'on vit apparaître ces œuvres admirables dont la Grande Grèce, l'Étrurie et plus tard l'Italie de la Renaissance conservèrent les belles traditions, sans y rien pouvoir ajouter.
On sait que le travail de repoussé consiste à prendre une feuille d'or sans défauts, à lui donner préalablement, à l'aide du marteau, de la bouterolle, du gros ciselet et même en s'aidant de la tenaille, la forme générale du sujet qu'on veut reproduire. Cette préparation se fait à l'envers du métal, c'est-à-dire que les outils produisent sur la feuille d'or, en la frappant et en la poussant par-dessous, les reliefs
généraux qui devront apparaître par-dessus. Lorsqu'elle est achevée, l'ouvrier retourne la pièce et, se servant de ses ciselets, trace et modèle les détails de son sujet, en tirant parti de toutes les bosses qu'il a su préparer habilement, selon leur destination.
Aujourd'hui, les ciseleurs, après qu'ils ont fait la première préparation, remplissent le creux de leur pièce d'un ciment préparé à cet effet. Ce ciment, qui conserve toujours une certaine plasticité, leur fait une sorte de coussin, qui atténue la violence et la sécheresse du coup de ciselet, et leur permet d'unir, dans leur travail, la douceur et l'énergie du modelé. Mais il n'en a pas été toujours ainsi. On peut presque affirmer que toutes les pièces qui ont été obtenues par le procédé du repoussé, au commencement de notre ère, et dans nos contrées, l'ont été sans le secours du ciment. L'autel d'or de l'empereur Henri II d'Allemagne, donné par lui à la cathédrale de Bâle, au commencement du XI® siècle et q^i est conservé au musée de Cluny, me semble l'indiquer suffisamment, et le moine Théophile, dans son chapitre LXXVII du Travail au repoussé, et dans d'autres où il s'occupe du même ?ujet, paraît absolument ignorer l'usage du ciment. Tout ce travail était fait en l'air, d'abord par derrière, puis repris par devant. Un enfant frappait, pendant que l'ouvrier dirigeait son ciselet. Au chapitre XIII, le moine Théophile donne la description des ciselets qui sont les mêmes que ceux employés de nos jours. Les indications concernant le perloir et le frisoir y sont très précises.
Il est cependant certain que les ciseleurs grecs et étrusques faisaient usage d'un mastic équivalent à notre ciment. Il leur eût été, en effet, impossible d'obtenir, par le travail en l'air, lesjmerveilleux résultats de force, de douceur, de finesse et de précision qu'on admire dans leurs œuvres.
Les artistes de la Renaissance l'employaient également, les mémoires de Benvenuto Cellini ne nous laissent aucun doute à cet égard, et depuis, la tradition s'en est conservée jusqu'à nos jours.
Une peinture de Pompéi, retraçant l'arrivée de Thétis chez Vulcain, représente un ouvrier qui cisèle un casque. Il tient le ciselet d'une main et le marteau de l'autre. A ses pieds, sont trois marteaux de formes différentes ^
I. Darcmberg et Saglio, Dictionnaire des antiquités grecques et romaines.
Le Moulage.
Le ciselet servait et sert encore à reprendre les pièces fondues et moulées. Lorsque ces pièces refroidies sortent du moule de sable dans lequel le fondeur les a coulées, on en gratte préalablement la calamine; puis l'ouvrier ciseleur promène son ciselet sur chacune des parties, en cherchant à leur rendre leur fraîcheur et leur accent*.
La priorité chronologique de Tun ou l'autre procédé, du repoussé ou déjà fonte, a beaucoup exercé la sagacité des commentateurs, sans pouvoir être absolument déterminée. Mais est-il nécessaire que Tune des deux inventions ait précédé l'autre ? L'activité humaine, s'exerçant sur tant de points à la fois, n'a-t-elle pas pu se développer ici, dans un sens, et là, dans un autre. Ces deux opérations n'ont rien de commun entre elles, elles procèdent de données opposées; il n'est donc pas nécessaire de chercher à les relier, comme si l'une avait dû découler de l'autre.
Nous savons que les Égyptiens fondaient de petits ouvrages en or, dont un assez grand nombre est conservé dans les galeries du» Louvre et dans beaucoup d'autres musées. Sans vouloir rouvrir la discussion, il est permis de douter que ces objets soient antérieurs aux premières bractées, dont la fabrication est si simple, et qui représentent les premières tentatives du travail au repoussé. Or je ferai cette observation, justement à l'appui de ce que j'ai dit plus haut, que les bractées semblent être originaires de l'Asie, et que les Égyptiens ne paraissent en avoir jamais fait usage.
On sait que les objets en métal fondu peuvent être moulés pleins ou creux. Le creux s'obtient à l'aide d'un noyau de terre qu'on place habilement dans le moule, avant d'y couler l'or en fusion. L'invention de ce procédé est attribuée à Théodore Rhœcus de Samos, opinion qui la fait dater de l'an 55o avant Jésus-Christ. Or il est permis de contester cette date et cette origine de l'invention du moulage à noyau, quand on se trouve en présence de la statue en bronze d'un personnage de la V^ ou VP dynastie, conservée au Louvre, dont le caractère abso-
I. Le cadre de celle étude ne comporte pas tous les dcvcloppcmcnls qu'entraîne un tel sujet. On les trouvera admirablement exposés dans le Dictionnaire encyclopédique publié par E.-O. Lami, à Particle ciselure, signé L. Falize.
lument pharaonique ne permet pas de suspecter Tàge, et qui a été moulée à noyau, ainsi que l'indiquent trois ou quatre défectuosités du métal à travers lesquelles on voit clairement que le bronze est creux et rempli de sable ou de ciment.
Le Burin et l'Échoppe (Suite.)
A part les travaux d'incrustation dont il est parlé plus haut, on peut affirmer que le maniement du burin ne fut jamais, dans Tantiquité, poussé à un grand degré de perfection. On en faisait du reste un usage assez restreint, et tout Tart consistait alors à pousser devant soi un trait toujours égal, qui cernait la forme qu'on voulait représenter.
Au moyen âge, l'ouvrier faisait ses échoppes, ses -burins et ses ciselets, aussi bien que ses autres outils. Voici la recette pour faire le burin, que donne le moine Théophile dans son chapitre XI : « Avec 'de Tacier pur, on fait un fer de la longueur du grand doigt, gros comme une paille, plus gros au milieu et carré. L'un des bouts se place dans un manche; à l'autre on lime l'un des angles, celui de dessous jusqu'à celui de dessus qui est limé fin en pointe. Ce fer se trempe chaud dans Teau. » Au chapitre XI, il décrit des échoppes variées de formes; il les appelle à^sfers à creuser.
Les émaux de basse taille, qui consistent à préparer dans l'or un creux modelé en bas-relief, destiné à recevoir des émaux transparents qui laissent apparaître le modelé en l'enrichissant, semblent être les travaux les plus anciens révélant l'emploi de l'échoppe au travail qu'on appelle ramolayé, poussé à sa dernière perfection.
Quant au burin, on a pu voir qu'il a, ainsi que l'échoppe, été employé dans les temps anciens; mais ce n'est vraiment que du jour où la gravure en taille-douce fut inventée et perfectionnée, que date la connaissance parfaite de l'art de s'en servir. Il faut lire à ce sujet les recommandations faites par Bousquet, maître orfèvre à Paris en 1702, dans un recueil de spécimens de travaux à l'usage des jeunes apprentis graveurs, intitulé Livre de taille d'épargne. Il enseigne comment le burin doit être affûté, et fait ressortir, en l'appuyant d'exemples, à
quelle variété de faire, à quel degré de perfection, la gravure peut atteindre, selon que le burin est bien ou mal préparé.
Le Foret. .
Tant que les bractées furent à la mode, un coup de pointeau suffisait pour y pratiquer les trous nécessaires à leur emploi; mais, lorsqu'on fit des bijoux en or plus épais, il fallut trouver un autre moyen. G*est sans doute alors que le foret et le porte-foret ou vilebrequin furent inventés. On trouve représentée, dans les peintures égyptiennes, la manière dont était construit cet outil, et celle dont on en faisait usage. La pointe acérée, ou foret, destinée à perforer le métal, était fixée sur une tige d'environ vingt centimètres de long, dont Tautre extrémité tournait librement dans une sorte de manche en bois ayant la forme d'un champignon. Le milieu de la tige était strié d'une spirale autour de laquelle roulait la corde de l'archet ou violon. Après que l'ouvrier avait enroulé la corde, il plaçait la pointe de son foret à l'endroit qu'il voulait percer et il maintenait tout l'appareil à cette place, en appuyant la paume de la main gauche sur le manche en bois, pendant qu'il imprimait, de la main droite, un mouvement de va-et-vient à l'archet, de façon à faire tourner le vilebrequin; ce moyen n*a pas été sensiblement modifié de nos jours. Notre porte-foret, muni de sa poulie et appuyé par l'une de ses extrémités contre une cheville en bois tenant à l'établi, est mis en mouvement parle même procédé. On emploie aussi une tige tournée en spirale comme celle des Égyptiens; mais c'est un coulant, faisant à l'intérieur un pas de vis s'ajustant à la spirale qu'on monte et descend successivement, qui fait tourner l'appareil. On emploie encore un instrument appelé Drille, fait d'une longue tige de fer, munie en bas d'une sorte de disque en cuivre assez pesant qui fait l'office de volant, quand la tige est mise en mouvement par un manche de bois qu'elle traverse, et qui y est fixé transversalement par une lanière en peau d'anguille. Le bois, qu'on fait descendre et monter successivement sur la tige de fer où s'enroule la lanière, la met en mouvement.
Soa LES BIJOUX ANCIENS ET MODERNES.
La Lime,
Pendant longtemps la lime dut être un outil des plus imparfaits. Le travail qu'on appelle la taille de la lime et qui consiste en petits traits creux, égaux et serrés, ménageant entre chacun d'eux une arête régulière et vive, et devant être inclinés et croisés d'après certaines règles, demande à être fait avec une grande perfection pour que Toutil soit bon.
On a trouvé en Italie, près de Nocera, en même temps que des pinces à chauffer en fer et un vilebrequin assez semblable au premier de ceux que je décris plus haut, des limes qui étaient en bronze. Je crois bien qu'elles ne pouvaient servir qu'à travailler le bois, mais ces limes en bronze ne prouvent certainement pas qu'il n'en existait pas en fer dans les temps antiques, et que la rouille a pu détruire. Aussi nous est-il impossible de juger comme elles étaient faites. Seuls, les travaux de bijouterie qui nous restent de différentes époques peuvent nous aider, par la manière dont ils sont traités, à faire quelque lumière sur la question. Or nous avons vu la lime jouer un rôle presque nul dans l'antiquité. Pour parler le langage d'atelier, l'antiquité ne nous a pas laissé A' ouvrage de lime; c'est seulement vers les xii* et xiii* siècles de notre ère, que les biseaux apparaissent dans les bijoux, pour nous révéler que la lime cesse, à cette époque, d'être un racloir, qu'elle se perfectionne et qu'elle va bientôt donner naissance à des travaux ayant un caractère spécial. A moins que, renversant la proposition, on ne préfère admettre que les architectes du xii* siècle, ayant fait un grand emploi du biseau, l'idée de les imiter soit venue aux orfèvres, et que le perfectionnement de la lime — perfectionnement indispensable pour accomplir ces sortes d'ouvrages — n'en ait été le résultat, ce seraient alors les travaux qui auraient donné naissance à la lime, ou tout au moins aux qualités qui en ont fait un outil inestimable.
Le moine Théophile, qui assiste à l'éclosion de ce nouveau mode de travail, décrit, dans les chapitres XVII et suivants, les formes de limes en acier les plus variées. Voici comme il explique leur fabrication : « Après avoir battu les lames d'acier selon la grandeur que
désire leur donner l'ouvrier, on les égalise au rabot; dans cet état on les taille avec un marteau à deux tranchants. On en taille aussi d'autres
OUTILS ET PROCÉDÉS. jDj
avec le fer à couper. » L'outil appelé ici fer à couper n'est autre que celui que nous appelons aujourd'hui cisaille, outil formé de deux ciseaux réunis dont on se sert pour couper le métal. On s'en servait pour tailler les limes les plus fines sans doute, en frappant de leur tranchant, autant de fois qu'il le fallait, le morceau d'acier dans toute sa longueur. Je laisse à penser combien devait être inférieur le résultat obtenu parce procédé. On les taillait aussi avec un couteau. Le moine recommande, pour les tremper, de brûler au feu de la corne de bœuf, de la racler, d'y ajouter un tiers de sel et de broyer fortement et de les en revêtir avant de les porter au feu. Il prescrit aussi la vieille graisse de porc, etc., etc. Au chapitre X, il donne la description d'une lime faite d'une lame d'acier creusée en gouttière sur son épaisseur et taillée dans le creux, qui sert à détacher des grains, sur des fils d'or et d'argent gros et fins.
De nos jours, la taille des limes se fait à la mécanique, dans des fabriques spéciales, comme tous les autres outils employés par nos ouvriers, qui n'ont plus la peine de les fabriquer eux-mêmes. Elles sont beaucoup meilleures sans doute.
Le Chalumeau, la Soudure.
Nous avons déjà pu apprécier l'adresse avec laquelle les premiers orfèvres se servaient du marteau avant que la soudure eût été découverte, mais nous ne l'avons examinée que sous le côté spécial qui consiste à amener un morceau d'un seul tenant à une forme, à une destination voulue. Nous n'avons pas examiné quel mode d'assemblage ils employaient pour réunir ou rattacher ensemble deux ou plusieurs morceaux.
Le procédé qu'ils employaient nous est expliqué par certains objets de bronze qui ont été retrouvés et dont tous les joints sont maintenus par des rivets. Homère ne paraît pas avoir connu d'autre moyen que ce mode mécanique d'assemblage. De sorte qu'à deux mille huit cents ans de distance, nous voyons l'industrie moderne employer, pour la construction de la grande statue de l'indépendance des États-Unis, les procédés qui étaient en usage chez les Grecs, c'est-à-dire le battage et le repoussé au marteau, et l'assemblage, à l'aide de rivets,
des morceaux ainsi préparés. Ce mode de travail qui nous est démontré avoir été pratiqué par les Grecs était bien certainement répandu depuis longtemps en Orient. On peut être à peu près certain que, dans le principe, tous les objets en métal se fabriquaient ainsi et que les torenticiens d'alors ont excellé dans ce genre de travail, jusqu'au jour où la soudure fut inventée. Il a été trouvé, dans les fouilles faites sur l'emplacement présumé de Troie, un oiseau d'or fait de deux plaques embouties qui sont assemblées à l'aide de rivets*.
Tout le monde sait que l'opération de la soudure consiste à réunir et à fixer ensemble deux ou plusieurs morceaux de métal, en provoquant la fusion d'un autre métal ou d'un alliage métallique, à l'endroit de leur assemblage. Il est donc indispensable, pour que cette opération réussisse, que la fusibilité du métal ou de l'alliage qui doit faire fonction de soudure soit plus grande que celle des pièces qu'on veut souder. S'il en était autrement, les pièces elles-mêmes fondraient sous l'action du feu en même temps que la soudure.
Il ne faut pas confondre la soudure au grand feu dont je parle, avec la soudure d'étain qui se fait à l'aide du fer chaud et dont je n'ai pas à m'occuper ici. Ces deux opérations n'ont aucun rapport entre elles.
Voici comme opère l'ouvrier pour faire une soudure au grand feu :
Lorsqu'il a attaché ensemble les deux morceaux qu'il veut souder l'un à l'autre, il met sur l'assemblage, à l'aide d'un pinceau imbibé de borax qu'il a délayé dans l'eau, une rangée de parcelles de soudure qu'on appelle paillons; puis il envoie, avec un chalumeau dans lequel il souffle, la flamme d'une lampe sur les deux morceaux liés ensemble, sans se préoccuper de chauffer particulièrement la soudure. Lorsque le tout, chauffé à un certain degré, devient rouge, la soudure entre en fusion et coule d'elle-même dans l'assemblage qu'elle remplit.
La soudure est de l'or allié à un titre moins élevé que l'or dont est faite la pièce qui doit être soudée, car le degré de fusibilité des alliages d'or est en raison inverse de l'élévation de leur titre. C'est dans la constatation de ce fait, et ensuite dans son application, que réside l'invention de la soudure d'or.
Les bijoux égyptiens nous permettent de fixer d'une façon précise non pas la date même de cette invention, mais tout au moins la date la plus ancienne à laquelle il est démontré qu'elle était employée par