‹ Les bijoux, anciens et modernesChapitre 57 sur 250 · PENDANT DB CHEVEUX EN OR VERNI ROUGE · texte numérisé non relu

PENDANT DB CHEVEUX EN OR VERNI ROUGE

ANNEAUX ET PENDANTS. çç

autres emmaillés au-dessous. Ces pendants ont à peu près quinze centimètres de longueur et doivent être très légers par rapport à leur dimension. Les uraeus sont estampés en or mince, recouvert d'un riche vernis rougeâtre. Il importe de remarquer que ce vernis qui le recouvre est encore usité de nos jours dans Textrême Orient, en Indo-Chine particulièrement. J'ai eu entre les mains des bijoux coloriés par ce procédé. Mais je me borne à consigner cette coïncidence, sans être d'ailleurs en mesure d'en tirer aucune conclusion.

Voici ce que Mariette bey dit de ces objets : « On lit sur chacune « d'elles le nom de Ramsès III. Ces précieux monuments ont été w trouvés à Abydos, sur la momie d'un fonctionnaire dont le nom est « inconnu. Vraisemblablement ils sont votifs, et, en tout cas, s'ils ont « été portés pendant la vie, c'est à la perruque dont les Égyptiens (c avaient coutume de se couvrir la tête, qu'ils étaient suspendus. »

D'après cette version, ces pièces seraient donc des ornements de cheveux ou des pendants de tempes qui se portaient au temps de Ramsès III, c'est-à-dire 1200 ans avant notre ère. Car, en admettant que ceux-ci soient votifs, ils ne peuvent toujours être, comme tous les bijoux funéraires, que la représentation d'un bijou réel. Il paraît donc certain que les Égyptiens portaient de ces sortes de pendants, et pourtant on n'en trouve la représentation ni dans les peintures ni dans les sculptures qu'ils nous ont laissées. C'est que leur art était exclusivement voué à des manifestations hiératiques, c'est que leurs scribes, leurs' sculpteurs et leurs peintres se recrutaient parmi les initiés \ et que ces derniers, tout entiers à des préoccupations d'outre-tombe, détournaient les yeux de ce qui pouvait les en distraire. Il faut, pour bien comprendre cela, se reporter à leur croyance, dont voici un aperçu :

« La punition des méchants était l'anéantissement. La récompense des bons était la persistance de leur personnalité dans l'autre

I. Voici quelques exemples de ce fait. Nous voyons au Louvre :

N® 23. Armoire B. — Statuette de la reine Karomana, œuvre d'un prêtre d*Ammon nommé Aah-Kekht.

N<» 84. Armoire A. — Inscription funéraire : a Uluminations de l'Osiris, chef des sculpteurs sacrés n, qualifié plus loin de grand artiste.

N» 104. Vitrine J. — Le prêtre modeleur du... de Piah Nowreher.

N«* 108. — Le scribe tourneur et sculpteur Kha-em-uas, etc., etc.

(Extrait du Catalogue de la galerie égyptienne, par Paul Pierrei.)

loo LES BIJOUX ANCIENS ET MODERNES.

monde. Là, TÉgyptien proclamé juste redevenait lui-même vivant pour réternité d'une seconde vie, qui avait comme la nôtre ses besoins, mais qui ne connaissait ni la douleur ni la mort*. »

Cette foi profonde, la loi qui en découlait, fut la sève puissante qui alimenta la vitalité de ce peuple pendant tant de siècles. Elle devait avoir pour inéluctable conséquence de proscrire toute image mondaine. Aussi, n'est-ce que beaucoup plus tard, et alors sans doute que la sévérité primitive s'en atténuait, que l'idée put venir de représenter les personnages parés coquettement. La statue de la reine Amnéritis trouvée à Karnak porte des pendants aux oreilles et de larges anneaux faisant huit et dix tours aux bras et aux jambes. Elle date seulement de 800 ans avant notre ère*. — L'Egypte était alors possédée par les Éthiopiens dont la reine Amnéritis avait épousé le roi. On voit, paraît-il, représentée sur une tombe à Thèbes, une cithariste couverte de bijoux, aux oreilles de laquelle pendent de grands anneaux % et dont le costume révèle les derniers siècles de lamonarchie.

Il reste encore les quatre portraits peints qui sont exposés au Musée égyptien du Louvre, salle funéraire E, qui sont ornés de boucles d'oreilles. Les unes sont formées de deux perles blanches fixées Tune au-dessus de l'autre après l'anneau d'or, les autres de trois perles suivant la même disposition. Celles du troisième portrait sont faites de trois perles posées en trèfle. Le quatrième, qui est un portrait d'homme, a de simples anneaux d'or. Mais ces peintures datent des premiers siècles de notre ère et n'ont plus aucun rapport avec l'antique civilisation égyptienne.

Enfin, il est impossible de ne pas constater que le Musée égyptien du Louvre, si riche en autres objets d'or, ne possède que quelques chétives boucles d'oreilles n'ayant aucun caractère particulier, et offrant même des analogies si étroites avec les bijoux asiatiques, grecs ou étrusques, qu'elles semblent provenir des mêmes sources.

De ce qui précède, on est en droit de conclure que l'usage des boucles d'oreilles ne s'est répandu que fort tard en Egypte et n'a probablement commencé à se généraliser que dans les dernières années de la monarchie.

1. Album du Musée de Boulaq, Mariette bey (texte de la pi. XV).

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