ANNEAU GALLO-ROMAIN
chaque côté d'un double godron strié, obtenu sans doute à Taide d'une molette, procédé industriel quelque peu mécanique. Ce bijou porte en effet le caractère d'une fabrication quasi-manufacturière et s'écarte en cela de la coutume ordinaire des ouvriers de cette époque. Le fil destiné à passer dans l'oreille n'a pas été rapporté par la soudure. Il a été découpé tout d'abord sur la lame d'or destinée à être emboutie et ornée par la pression de la molette, et martelé légèrement ensuite sur les côtés. Il n'est pourvu d'aucun mécanisme. On le redressait sans doute un peu pour l'entrer dans l'oreille, puis on le remettait en place par la simple pression du doigt. L'or très élevé de titre, et par conséquent très mou, permettait de faire cette petite manœuvre assez fréquemment, sans grand inconvénient. Il en existe d'autres de la même forme, mais qui sont tout unis.
Le Musée de Saint-Germain nous montre encore une paire d'anneaux d'oreilles très grands et dont l'ornementation est assez primitive. Elle est composée d'une suite de patères qui courent sur deux lignes parallèles tout autour d'une large bande circulaire dont la surface est striée autour, et dont les bords sont relevés en manière de bâte. La tige destinée à Içs maintenir dans l'oreille est faite d'un tube creux assez gros. On devait, pour en faire usage, ouvrir quelque peu tout l'anneau et le refermer lorsqu'il était en place. L'extrémité de la tige pénétrait alors, en manière de verrou, dans une sorte de gâche pratiquée sur l'autre côté.
L'ensemble de cet objet est, on le voit, très rudimentaire. Les stries obtenues sur la bande circulaire établissent un air de parenté entre ce bijou et une sorte de grande couronne ou de gros turban en or strié, conservé dans la même vitrine, dont on ignore la provenance. Il faut dire que, pas plus que le numéro 27634 cité plus haut, il n'a le caractère romain. Il a été trouvé dans un tumulus à Châtillon-sur-Seine. Les Mérovingiens semblent n'avoir connu qu'un seul modèle
BOUCLE d'oreille TROUVEE A CHATILLON-SUR-SEINE.
d'anneau d'oreilles. Le numéro 141 53, au Musée des Antiquités nationales, qui a été trouvé dans la forêt de Compiègne et dont je donne le dessin, en fournit le type souvent répété en différentes grosseurs, mais toujours de même forme. Il est fait d'un cube à angles coupés, ce qui donne une figure à quatorze faces, dont six de forme carrée et huit
plus petites de forme triangulaire. Les deux faces carrées qui sont dessus et dessous livrent passage par un trou central au grand anneau de fil mince faisant office de brisure. Les quatre autres faces carrées qui se présentent la pointe en haut, en manière de losange, ont reçu un verre rouge taillé à plat, jouant sur un paillon métallique guilloché en pointillé et tenu dans une sertissure en relief.
Outre les cinq paires qui sont à Saint-Germain, j'en ai vu dix autres dans la collection de M. Frédéric Moreau, dont une particulièrement gentille, bien qu'obtenue par lé procédé du moulage. Elle est ornée de deux verres rouges, alternant avec deux verres de couleur verte, sertis et lapidés comme les précédents. A côté de ces objets qui, ainsi que ceux du Musée des Antiquités nationales, sont tous en argent, j'en vois trois en cristal de roche.
BOVCUE d'oreille MÉROVINGIENNE.
aOUCLBS d'oreilles MÉROVINGIENNES.
Collection de M. F. Moreau.
L'un est de même forme que les précédents, c'est-à-dire à quatorze facettes ; les deux autres ont la forme lenticulaire. Ces cristaux sont percés au centre de part en part et traversés par un anneau d'argent de la même grandeur que les précédents.
Enfin, j'en rencontre un d'une forme différente, qui est fait d'un fleuron à quatre lobes, décoré de cinq verres rouges jouant sur paillons et lapidés à plat, celui du centre tenu dans un chaton légèrement en relief.
ANNEAUX ET PENDANTS
La pauvreté de l'époque mérovingienne n'est pas seulement
l'impératrice théodora.
D'après la mosaïque de Saint-Vital de Ravenne.
remarquable quand on étudie les boucles d'oreilles. Nous la verrons
se manifester dans les autres bijoux. C^est que dans cette période de transition de nouvelles modes apparaissent sur les ruines de la civilisation disparue. Si nous jetons les yeux sur les rares dessins qui nous sont restés de ce temps, nous voyons, par exemple, une sainte habillée en princesse du vu* siècle*, dont le visage est accompagné de chaque côté par des bijoux qui sont des pendants de tempes ou de cheveux, et dont la disposition rappelle la coiffure de l'impératrice Théodora, représentée, dans la mosaïque de Saint-Vital de Ravenne, avec de grandes bandes de pierreries qui lui descendent des tempes de chaque côté du visage et jusqu'au-dessous des seins.
Les modes byzantines, qui tendaient à se répandre dans tout l'Occident, se substituaient à la vieille coutume. Les grandes dames abandonnaient les boucles d'oreilles, que probablement le peuple continuait de porter, et les remplaçaient par ces ornements nouveaux pour elles. On remarquera, à l'appui de cette opinion, que, dans Ténumération que fait Fortunat des bijoux que sainte Radegonde dépose en offrande sur l'autel d'une église où elle s'est arrêtée, il n'est pas mentionné de boucles d'oreilles. La supposition la plus vraisemblable est donc que les boucles d'oreilles cessèrent d'être à la mode, pendant un temps assez long, on pourrait dire pendant plusieurs siècles, car Jean de Garlande, dans la nomenclature qu'il donne des bijoux fabriqués au xi« siècle, ne les mentionne pas. Voici, du reste, cette nomenclature :
« Il n'y avait, à cette époque, que quatre espèces d'ouvriers en orfèvrerie.
« I** Les monétaires qui préparaient la monnaie.
(( 2° Les fermailleurs qui offraient des fermoirs, grands et petits, de plomb, d'étain, de fer et de cuivre. Ils faisaient aussi de beaux colliers et des grelots sonores. La fabrication des grelots était assez considérable, surtout en Allemagne, pour former la principale industrie de certaines villes; mais on ne fabriquait pas en France, comme dans les villes germaniques, des grelots d'or et d'argent destinés à orner les habits de cérémonie des princes et des seigneurs.
(c 3® Les fabricants de hanaps et de vases, qui décoraient les vases de lames d'or et d'argent, montaient les coupes sur des pieds et les entouraient de cercles pour les rendre plus belles et plus solides.
« 4" Les orfèvres proprement dits, qui se tenaient assis devant