I. Pierret, les Catacombes de Rome, t. II
ANNEAUX ET PENDANTS. laj
leurs fourneaux et leurs tables, sur le Grand-Pont. Ils fabriquaient des hanaps, des fermails, des colliers, des épingles, des agrafes en or et en argent. Ils préparaient pour les anneaux des turquoises, des rubis, des saphirs et des émeraudes. Le métier de ces orfèvres consistait à battre avec de petits marteaux, sur Tenclume, des lames d'or et d'argent, et à enchâsser des pierres précieuses dans des chatons de bague, à l'usage des barons et des nobles dames. »
On voit, par le soin apporté à préciser et à détailler les objets que fabriquaient les orfèvres, qu'il n'était alors nullement question de boucles d'oreilles. Il en est de même dans les époques qui suivent. Voici une autre énumération, tirée du Roman de la Rose^ ouvrage du xiri« siècle. Il semble que l'auteur se soit complu à n'y rien omettre :
S'il veut à s'amie nouvelle Donner couvrechief et cotelle, Chapel, anel, fermail, ceinture, Ou jouet de quelque facture, Gard que Tautre ne le congnoisse.
Bon faict un tel ami gaignier,
Et voyez-ci ces jouellez,
Ces fermaux d'or, ces nouveltez.
Cependant, à la fin du xiv* siècle, on voit, dans les extraits des comptes de l'hôtel des ducs d'Orléans (archives de Joursanvault), la mention de pendants d'oreille, mais sans aucune indication qui puisse fixer sur leur forme, leur nature ou leurs dimensions. Et lorsqu'on examine les modes du xv et du milieu du xvi'' siècle, on voit que les dames nobles disposaient alors leurs coiffures, de façon à rendre la boucle d'oreille tout à fait inutile. Il ne faut, pour s'en convaincre, que voir, au Musée des sculptures de la Renaissance au Louvre, la statue funéraire d'Anne de Bourgogne, duchesse de Bedford (1432), sur laquelle tous les bijoux sont représentés avec soin, puis les deux statues qui font partie de la cheminée de Bruges : la première, celle de Marguerite de Bourgogne, duchesse de Brabant, archiduchesse d'Autriche (1482); la seconde, celle de Jeanne d'Aragon, reine de Castille (i555), dont les oreilles sont absolument cachées par les épais bandeaux de cheveux qui les enveloppent.
Pordenone (1484-1540) nous montre sa famille réunie sur une