I. Rabelais, liv. I**", chap. lvi
ANNEAUX ET PENDANTS. laS
oreilles de la bonne reine Claude. Sous les Valois, la mode s'en répand et gagne jusqu'aux hommes. Henri II s'attache des perles aux oreilles. Henri III renchérit sur son père et fait triompher cette mode à la Cour. Le plus grand nombre des Français répugnaient à se faire percer les oreilles, le roi exigea ce sacrifice de ses courtisans. Cette mode, il faut le dire, paraissait cependant moins ridicule pour les hommes qu'elle ne le semble aujourd'hui, parce qu'elle venait d'Espagne où elle était commune aux deux sexes, et les ambassadeurs de ce pays, accompagnés de leur entourage, contribuèrent à l'acclim^ater à la Cour de France, mais incidemment, car elle dura peu. Un portrait tiré du recueil de Gaignières semble démontrer que la mode des pendants d'oreilles n'avait pas cessé d'exister en Espagne, alors qu'elle était abandonnée en France et dans d'autres contrées. C'est celui d'Éléonore de Castille qui y est représentée portant à ses oreilles des pendants historiés assez longs. Peut-être les pendants trouvés dans les comptes des ducs d'Orléans, et dont il est question plus haut, étaientils d'origine espagnole. Pendant un temps, il semble que les femmes aussi bien que les hommes ne portaient qu'une seule boucle d'oreille, car les pendants d'oreilles décrits dans l'inventaire de Gabrielle d'Estrées sont tous isolés, excepté une seule paire. Toujours est-il qu'à partir du commencement du xvi* siècle, les grandes dames ne cessèrent plus de porter des unions d'excellence, et cette appellation emphatique était depuis longtemps oubliée, qu'elles en portaient encore.
L'histoire de ce petit bijou offre donc une grande lacune qui commence à l'époque carolingienne et se continue en France pendant près de sept siècles, quoiqu'il soit supposable que certaines populations et plus particulièrement celles des provinces méridionales conservèrent sans discontinuer l'usage de porter un anneau simple ou un équivalent.
Cette lacune, au point de vue qui nous occupe, se trouve encore être prolongée par la mode de porter des perles, mode qui, bien que fort élégante, ne demande, on en conviendra, aucun effort d'imagination au bijoutier. C'est un simple anneau d'or qui recient la perle aux oreilles des plus grandes dames.
La reine Marie de Médicis est représentée par Porbus le jeune, avec une grosse perle pendeloque à chaque oreille, et tous les portraits du xvn® siècle sont uniformes sur ce point. On en peut prendre pour exemple, outre celui d'Anne d'Autriche, ceux qui forment la collection