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Le musée du Louvre possède une très grande et très curieuse collection de colliers italo-grecs ; malheureusement il en est plusieurs dont le caractère a été altéré par des restaurations et des adjonctions modernes. Il y a là de très bonnes pièces, il y en a de mauvaises, car le musée nous montre tout sans distinguer rien. Il revêt en quelque sorte de son estampille officielle tout ce que contiennent les vitrines. Le public vient et regarde, la plupart du temps, sans discernement, le bon et le mauvais. Car il faut, au milieu de cette profusion d'objets, une étude bien attentive, une volonté bien arrêtée pour distinguer l'un d'avec l'autre. Il en est, parmi les visiteurs, qui sont convaincus qu'une collection de cet ordre ne peut se composer que
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de choses remarquables. De ce malentendu, il résulte pour le public une confusion fâcheuse et une éducation presque nulle. Je n'entends aucunement critiquer les musées et la façon dont ils sont tenus. A côté de cette opinion qu'un musée, et surtout un musée d'art industriel, est fait pour nous montrer des chefsd'œuvre, il y a cette autre qu'il est installé aussi pour nous faire connaître l'état des produits de la civilisation à diverses époques, qu'il est non seulement artistique, mais particulièrement, dans le cas qui nous occupe, archéologique et historique, et qu'au milieu de ce qu'on y voit, c'est à nous de distinguer le bon du mauvais. Mais le malentendu n'en subsiste pas moins, et on fera difficilement comprendre au gros public qu'il y a dans les musées autre chose que des merveilles qu'il faut admirer. J'ajouterai que la collection du Louvre, qui faisait partie de l'ancien musée Napoléon III, a été acquise en bloc et telle quelle. Il n'est donc pas surprenant que tout n'y soit pas parfait. Afin de passer rapidement sur les objets qui me semblent peu dignes d'attention, je me bornerai à transcrire les notes qu'ils m'ont inspirées.
N* 179. — Est formé de grands disques estampés et bombés, du périmètre d'une pièce de deux francs, alternant avec de plus petits. Le seul intérêt de ce bijou consiste dans la finesse du granulé d'un petit disque pendant, travail qui n'est du reste nullement motivé.
N« 180. — Grossièrement estampé; n'offre d'autre intérêt que le morceau de mâchoire qui y est adhérent.
N* 184. — Une aflfreuse camelote de tous points détestable; n'a jamais été fabriquée par les Étrusques, mais bien par de modernes barbares cultivant le paillon et la cannetille.
N*> 186. — Sur les boules, dont la plupart sont écrasées, un travail de cordelé remarquablement fin simulant des ondes mates. Très caressant à Toeil. Le haut du pendant central est bien conservé, mais il est sans doute moderne.
N* 188. — Ne me semble intéressant ni par le dessin ni par le travail.
N*» 190. — N'a aucun intérêt.
N° 199. — Le mérite de ce collier réside en ce que, de deux en deux, les perles d'or pendant sont revêtues d'un granulé espacé d'une finesse inimaginable et peut-être inimitable.
N® 201. — N'a pour lui que le motif du dessin et le caractère de l'ensemble. Il est formé de huit demi-glands estampés et d'amphores décorées diversement. Le sujet de la plaque centrale est estampé. Il
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représente un amour ailé qui tient un dauphin de la main droite. Le travail en est grossier et déformé. On se rappelle avoir vu, dans les monuments de pierre de Khorsabad, les grosses amphores que nous retrouvons ici, suspendues aux oreilles des rois et des princes. Cette similitude semble indiquer que ce collier remonte à une époque très reculée, probablement à celle des anciens Étrusques. Un collier conservé au British Muséum et composé de dix-huit amphores énormes en argent, alternant avec des grains d'ambre et qui a été trouvé à Prœneste, appartient à la même période.
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Du reste, les documents qui peuvent servir à démontrer le mélange de ces deux civilisations, à une époque très reculée, ne sont pas rares. J*ai eu Toccasion, entre autres, de voir chez M. Aug. Castellani un petit singe en pierre qui a été trouvé dans les fouilles. Or personne n'ignore que le singe était en Italie un animal inconnu, et dont on ne trouve aucun reste dans le sol romain. Ce petit objet, ainsi que d'autres que J'ai également pu voir et qui offrent des analogies frappantes avec certains produits chinois et indiens, démontrent d'une façon péremptoire que certaines régions de l'Italie et particulièrement l'Etrurie avaient des rapports commerciaux avec l'Orient.
Je passe à dessein le numéro 2o3.
Le numéro 204 est formé d'une suite de gros estampés. Ce système de plaques estampées a été employé, dans l'origine, pour former
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des colliers. On se rappelle celui qui a été trouvé à Rhodes et que j'ai décrit plus haut. Sous le numéro 2783, le Cabinet des Antiques en conserve un, dont les plaques, au nombre de treize, offrent alternativement deux sujets et deux couleurs d'or. L'un, exécuté en or pâle, est, dit-on, l'enlèvement de Thétis par Pelée. La déesse lève les bras au ciel; elle est hue, sauf un péplum qui flotte sur ses épaules.
Le héros est représenté imberbe; un serpent s'enroule à ses pieds. Le second, fait en or rose, représente le même sujet que la plaque centrale du collier numéro 201. Le collier est fermé par deux plaques de forme pentagonale, décorées de palmettes grecques.
On aimerait à savoir à quelle date remonte l'emploi des ors de couleurs variées, mis en opposition. Il est démontré que le goût pour
le mélange des tons différents de métaux s'est manifesté dès la plus haute antiquité. Les peuples d'Orient y furent fort habiles. On se rappelle la description faite par Homère du bouclier d'Achille, qui était composé, non seulement de divers métaux, mais encore de métaux colorés par l'oxydation. Philostrate rapporte, dans la vie d'Apollonius de Tyane, que le philosophe, après avoir traversé rindus, arrivant à Taxila, capitale de l'ancien royaume de Porus, visita, aux portes de la ville, un temple dans l'intérieur duquel étaient des tables de bronze où les hauts faits de Porus et d'Alexandre étaient représentés en orichalque, en argent, en or, en bronze noir. On y voyait des éléphants, des cHevaux, des soldats avec leurs casques, leurs lances, leurs javelots, leurs épées tout en fer.
Le Muséç du Vatican conserve un collier composé de onze plaques, dont six sont décorées d'un sphinx accroupi, et cinq représentent une tête de femme à la chevelure épaisse et relevée, dont le cou est orné d'un collier à pendants. Les plaques estampées forment épaisseur, parce qu'on a laissé subsister le bord d'or tout autour. Elles sont munies en haut, ainsi que les autres, d'une large bélière striée.
Je reviens au Louvre.
Le numéro 2o5 offre un aspect confus, monotone et des dénaturations modernes. Le numéro 211 n'a d'intéressant que le mélange de primes d'émeriudes à l'or. Fabrication commune, dessin heurté. Vides carrés désagréables entre chacune des amphores.
Le numéro 2i3 est une pièce qu'il faut bien recommander de ne pas prendre pour modèle. A part les deux têtes de bacchantes en repoussé et les deux amphores, tout le reste est d'une infériorité notoire.
Le numéro 216 est en argent. Le dessin en est original. Travail étrusque sophistiqué.
N® 217. — Grossier de fabrication.
N* 219. — Rien de remarquable.
N° 223. — Détestable de tout point.
J'en passe.
La plupart des pièces que je viens d'énumérer étant inférieures et souvent dénaturées par des restaurations maladroites et intéressées, il importe de ne pas juger les Étrusques sur celles-là.
Le travail dit estampé est sujet à variations, comme tous les travaux manuels. Il donne, quand on sait l'employer, de fort jolis résul-
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tats, et c'est à tort que, de nos jours, on affecte d'appliquer dédaigneusement l'épithète estampé pour ravaler un bijou. C'est sans doute l'usage maladroit et immodéré qu'on en a fait qui a jeté sur ce procédé de fabrication une défaveur que son emploi ne justifie pas toujours. C'est un moyen auxiliaire quelquefois indispensable, et lorsqu'il est utilisé avec intelligence et avec goût, je ne vois pas qu'on puisse établir une différence de valeur entre ce moyen et un autre. L'important est de considérer le résultat obtenu. Une jolie chose ne peut cesser d'être jolie parce qu'elle a été fabriquée par tel procédé plutôt que par tel autre. Il y a de bon et de mauvais estampé, comme il y a de bon et de mauvais moulé, de bon et de mauvais ciselé, etc. Si le simple raisonnement ne suffisait pas à démontrer ce que je viens de dire, les exemples nouveaux que nous allons puiser dans cette collection si mélangée le prouveraient victorieusement.
Le petit collier étrusco-romain numéro 187, dont la pièce centrale est absolument écrasée et sur laquelle on retrouve encore des
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traces d'un cordelé qui a dû être très précieux, est composé d'une suite de petites palmettes estampées. Elles sont excessivement fines et admirablement venues dans leur finesse.
Un autre, de style archaïque, numéro 189, formé d'un grand nombre de petits anneaux d'émail bleu pareils à ceux dont les Égyptiens faisaient usage, porte en pendants des figures humaines, à micorps, en argent, également estampées. M. Aug. Castellani en possède un très mignon qui a quelque analogie avec celui-ci; mais il est plus fin, quoique également estampé. Il se compose de grains déprimés de verre foncé, alternant avec des mailles d'or, après lesquelles sont attachées des figures et des coquilles alternées. Il a été trouvé à Palestrina.
Le procédé de l'estampage peut quelquefois n'être pas même dissi-
i$8 LES BIJOUX ANCIENS ET MODERNES.
mulé par Tébarbage, et Tobjet reste charmant, comme dans celui
numéro 207, d'origine romaine, qui est composé d'une série de seize feuilles estampées, terminées chacune par une petite perle et de dix-
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huit rhombes également estampés, séparés les uns des autres par deux perlettes plus grosses. Cest ici la gentillesse de la conception et de l'arrangement qui rachète l'insuffisance de l'exécution. Nous rencontrerons encore fréquemment des parties estampées figurant dans d'autres compositions; je crois donc inutile d'insister.
Les Étrusques ont souvent reproduit en bijouterie et dans toutes les dimensions la forme de l'amphore, que sans doute ils tenaient de l'Orient. Quelques-uns de leurs colliers sont même entièrement com-
GOLLIER AMPMORBS.
posés de ce motif répété alternant avec de petites boules unies, et, dans ce cas, le col et la bélière de l'amphore sont presque toujours cordelés ou revêtus d'un fil uni tourné, comme dans le petit modèle numéro i83.