I. Antiquités du Bosphore cimmérien, par Gilles
d'une grande importance archéologique en ce qu'elles offrent évidemment la figure et le costume des Scythes, que l'exécution parfaite des
détails nous permet d'étudier comme des miniatures. Visage caucasien, barbe et cheveux longs, tuniques courtes et serrées à la taille, manches longues, pantalons larges. On distingue la manière dont les cheveux sont retenus par une lanière pour ne point flotter, ainsi que les portent les paysans russes. Ce sont là les monuments les plus authentiques de la physionomie de ce peuple fameux au milieu duquel les colons d'Ionie étaient venus s'établir. »
Le soin avec lequel cet objet a été étudié ne peut laisser subsister aucun doute. Non seulement il esc émaillé, mais il l'est de deux bleus différents, l'un clair, l'autre foncé. Nous verrons la même indication se reproduire lorsque nous examinerons les bracelets.
Le second torque est le collier de la reine du Koul-Oba. Il est fait d'un lingot terminé par deux lions couchés.
Le torque, cet ornement gaulois, était donc également porté dès le iv® siècle avant notre ère, par les habitants du Bosphore cimmérien. On en attribue l'introduction dans ces contrées aux Galates ou Gallo-Grecs, mélange de Gaulois et de Grecs qui envahirent l'Asie 278 ans avant Jésus- Christ.
Il se produit ici, comme on le voit, une confusion de dates. Des torques en or trouvés dans une sépulture qui date de 400 ans avant notre ère n'ont pu être introduits en Crimée par les Galates 278 ans avant Jésus-Christ. Si l'on considère que ces torques étaient ornés d'émaux fondus sur le métal, la confusion augmente encore, et il faut bien admettre de deux choses Tune, ou que les sépultures sont d'une date postérieure à celle qui leur est attribuée, ou que le collier
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rigide désigné par le nom de torque n'a pas été connu seulement des Gaulois,
On est en effet presque en droit de supposer que l'usage en était très anciennement répandu chez d'autres peuples. Isaïe le mentionne dans rénumération qu'il fait des parures dont sont couvertes les filles de Sion. Il y a dans le texte latin torques et monilia. Les deux mots ont la même signification d'attribution; ils se traduisent l'un et l'autre par le mot français collier; mais il semble que si l'auteur avait donné le même sens exact aux deux expressions, l'une des deux serait de trop. D'autre part, Virgile emploie l'expression monile baccatum pour collier de perles, genre de collier dont le caractère essentiel est la souplesse, tandis que le mot torque dérive du mot latin torquere, qui veut dire tordre. Il évoque, par son sens étymologique, l'idée de résistance et ne correspond en rien à celle d'un collier souple, qu'il n'est pas besoin de tordre pour mettre autour du cou.
Le mot torques aurait donc été employé pour désigner le collier rigide fait d'une barre de métal tordue, et le mot monilia pour exprimer l'idée du collier souple fait de mailles comme une chaîne, que d'ailleurs ce collier soit juste au cou ou qu'il soit long et destiné à être porté en sautoir, comme les deux pièces qui ont été trouvées dans le tombeau de la reine égyptienne Aah-Hotep et que J'ai décrites plus haut. Cette considération nous amènerait à conclure que les filles de Sion portaient à la fois et des colliers rigides et des colliers souples, torques et monilia.
On sait que les Gaulois portaient des torques en bronze. C'était une sorte de lingot quelquefois laissé uni, le plus souvent forgé avec
TORq.UB GAULOIS EN ARGENT, REDUIT AUX 2/3.
cannelures profondes et tordu sur lui-même, qu'on cintrait de façon à lui faire épouser la forme du cou. Ce genre d'ornement avait une élasticité relative, et les deux extrémités, n'étant pas soudées ensemble, permettaient de l'ouvrir plus ou moins. Ces extrémités se terminaient la plupart du temps en forme de tampons; cependant on en peut voir un
au Cabinet des Antiques qui est fait de cinq ou six gros fils tordus eh corde, et qui se termine par une sorte de boucle ou d'anneau. Cette pièce est en argent et elle est énorme. On en peut voir aussi une autre en bronze, dont les extrémités recourbées sont ornées d'un gros motif qui rappelle la pomme de pin, et dont il existe dans les musées de nombreux exemplaires. J'en ai vu un au musée Kircher, à Rome, qui, également recourbé, s'épanouit en manière de tulipe ; il a été trouvé dans la province d'Ascoli Piceno. Le musée de Saint-Germain en possède plusieurs, soit en nature, soit en surmoulage, qui sont très intéressants.
A quelques exceptions près, les torques se faisaient en bronze. On y suspendait généralement de grosses perles en ambre et en pâtes de verre, à l'aide d'anneaux assez grossiers, et quelquefois un groupe de perles enfilées dans un seul anneau. On y suspendait également de grands anneaux de verre qui ont été quelquefois confondus avec les bracelets. M. F. Moreau possède un torque qu'il a trouvé garni de quatre grands anneaux de verres colorés qu'il y a laissés. Bien que les torques restassent généralement ouverts, on en a cependant trouvé dont les extrémités se rejoignent et peuvent se fermer à l'aide d'un petit bouton s'agrafant dans un trou.
Le torque n'était pas, ainsi qu'on l'a cru longtemps, réservé aux guerriers ; il en a été trouvé fréquemment et à maintes reprises au cou de femmes et d'enfants.
Le musée de Cluny conserve, sous le numéro 4965, un torque superbe en or, terminé à chaque extrémité par un crochet de forme
TOm<^OB EN OR A DOUBLE TOUR.
singulière. Il a été trouvé dans le département d'Ille-et-Vilaine. Il pèse 389 grammes et a été façonné au marteau, tout d'une pièce sans soudures. Il est plus grand que les torques en bronze, il a pu servir de ceinture, car il développe 1*^,40. Le même existe au Cabinet des Antiques sous le numéro 2787 ; celui-ci a été trouvé à Saint-Leu, près de CreiL Ces deux objets, au moment de la découverte, étaient, l'un
COLLIERS ET PENDANTS DE COU
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ïBo LES BIJOUX ANCIENS ET MODERNES.
comme l'autre, roulés sur deux tours. Cette disposition a été laissée à celui de Cluny. Il est à peu près impossible de savoir s'ils se portaient ainsi autour du cou, ou si on en utilisait tout le développement pour le mettre autour des reins. Cette dernière supposition semble peu vraisemblable, car les deux crochets qui servent à les fermer les maintiennent à une dimension déterminée, et généralement une ceinture ne peut être portée qu'à la condition de pouvoir être allongée ou raccourcie selon le besoin.
On remarquera combien sont profondes les cannelures de ces torques, quelle énergique beauté leur donnent les ombres et les reflets qu'elles produisent, et on admirera quel talent avaient alors les ouvriers qui, à l'aide seulement du marteau, savaient préparer aussi correctement et aussi purement les arêtes d'un lingot qui, avant d'être tordu en spirale, n'avait certainement pas moins de i°',8o à 2 mètres.
Mais ces torques n'étaient pas de ceux que portaient généralement les Gaulois. Ils étaient réservés pour les hauts personnages et, tout en étant faits de matière précieuse, n'avaient certes pas une plus grande signification que le torque ordinaire en bronze.
On se rappelle que le guerrier romain Manlius fut surnommé Torquatus, pour avoir vaincu un guerrier gaulois en combat singulier et s'être emparé du collier qu'il portait. Peut-être est-ce de cette époque que date l'usage d'accorder aux soldats romains des torques parmi les récompenses militaires. Rien n'est plus fréquent que de lire dans les inscriptions : Donatus, Torquibus, Armilis, Phaleris. Ces trois mots sont presque toujours réunis et le torque est toujours nommé le premier. Ce collier militaire était formé de fils roulés en spirales; il exemptait des corvées celui qui l'avait obtenu, et souvent lui valait double paye et double ration. Dans les cas exceptionnels, il pouvait être d'or.
On vient de voir qu'il a été trouvé à Kertch des torques en or dans les sépultures du roi et de la reine de Koul-Oba. M. Oscar Montélius, dans son livre des Afitiquités suédoises, nous montre, sous le numéro 227, un torque en bronze à torsions contrariées. Il a été trouvé à Langbro, Sôdermanland. C'est un type assez répandu dans les régions norvégiennes et germaines. Le Musée de Mayence en conserve plusieurs découlant du même principe, mais de torsions variées.
On a trouvé dans les sépultures gauloises et aussi dans les tombes
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mérovingiennes de grandes quantités de colliers en grains de pâtes de verre faits de couleurs mélangées et travaillées avec un art, c'est ici de Tart du verrier que je parle, vraiment extraordinaire, tant à cause de la multiplicité des couleurs des pâtes employées que des dessins qui ont été obtenus. Le Musée des antiquités nationales, à Saint-Germain, en possède une nombreuse collection. Très fréquemment elles sont
COILIEE d'or OAILO-EOMAIN.
mêlées à des perles d'ambre. Quelques colliers paraissent même avoir été composés rien que de perles d'ambre et parfois fort grosses. Il faut citer, à ce propos, Prœneste comme un lieu où les bijoux d'ambre ont été recueillis en très grande abondance. Mais, en retrouvant dans toutes les collections et chez tous les peuples ces perles en pâtes de verre, on serait tenté de dire que si l'humanité a 'traversé l'âge de la pierre, l'âge du bronze, etc., elle a dû passer aussi partout par l'âge de la pâte de verre.
Le musée de Saint- Pierre, à Lyon, conserve une paire de colliers; peut-être sont-ce des bracelets à double tour, composés chacun de