AMULETTE DE SOLDAT ITALIEN
Collection de M. Palotti, de Florence.
pas singulier, à une époque où les seigneurîs se paraient dé carcans et de jaserans aussi bien que les nobles dames.
La coutume que nous avons vu pratiquer par Charlemagne, de porter sur lui des reliques, s'est-elle continuée jusqu'aux xiv* et XV siècles sans interruption î C'est bien probable, mais il est difficile de le savoir; néanmoins nous le retrouvons à ces époques. Les soldats italiens portaient alors des amulettes. Celle dont j'ai pris le dessin est
en argent doré. La plaque centrale du devant représente l'agneau pascal ; la plaque du derrière, la Vierge tenant l'enfant Jésus. Ces deux sujets se détachent sur un fond niellé. La toison de l'agneau est simulée par une quantité de petits traits doubles faits au burin. Le cordelé qui orne le tour de cet objet est exécuté en fil taraudé. Le travail en est grossier. Quelquefois ces médaillons, qui étaient destinés à recevoir des reliques ou des conjurations contre le sort et les maléfices, étaient décorés de rosaces ou d'ornements; mais celui-ci en est bien l'expression typique générale.
C'est en quelque sorte la continuation de la bulla étrusque et romaine, accompagnée de tout le cortège des vertus qu'on attribuait à celle-ci, ou tout au moins à l'amulette qui y était renfermée. Et qu'on n'aille pas croire que les Italiens seuls avaient conservé cette superstition, héritage de leurs ancêtres. Les exemples que cette coutume était pratiquée en d'autres pays, en un siècle plus avancé et en très haut lieu ne font pas défaut. Mignet, dans son histoire de Charles- Quint au couvent de Yuste, dit que les plus précieux de ses joyaux renfermaient des substances auxquelles la crédulité du temps attribuait des vertus curatives. « Il y avait des pierres incrustées dans de l'or, propres à arrêter le sang; deux bracelets et deux bagues en or et en os contre les hémorroïdes; une pierre bleue enchâssée dans des griffes d'or pour préserver de la goutte; neuf bagues d'Angleterre contre la crampe; une pierre philosophale que lui avait donnée un certain docteur Bertran ; enfin, plusieurs pierres de bézoard venues d'Orient et destinées à combattre diverses indispositions. » Avec ces merveil-
COLLIERS ET PENDANTS DE COU. ipj
leux spécifiques, ajoute l'auteur, il aurait dû être délivré de toutes ses maladies.
Les renseignements relatifs à la forme et à la nature des ornements qu'on mettait alors au cou, soit qu'ils figurassent sur les vêtements ou qu'ils fussent cachés dessous, peuvent être puisés surtout dans les inventaires, car bien peu de ces objets sont parvenus jusqu'à nous. Cependant le musée de Cluny conserve, sous le numéro 5oo6, un reliquaire, ouvrage français du xiv^ siècle. Il est en argent doré et émaillé, orné au centre de trois saphirs offrant quelques rudiments de biseaux et de cristaux de roche laissés informes. Il était destiné à renfermer un fragment de la couronne d'épines. Le revers en est décoré d'émaux qui représentent le Christ à la colonne, adoré par un chevalier et sa dame. Des inscriptions latines, en lettres gothiques émaillées noir et très finement gravées, régnent sur la bordure et servent à définir les reliques contenues dans chacune des cases qui le composent.
Nous voyons dans le glossaire dressé par les soins de M. de Laborde qu'on suspendait aux colliers des emblèmes de toutes sortes. Voici un extrait de l'inventaire du duc de Bourgogne :
w 1389. — Un collier d'or à dix-neuf turterelles blanches esmaillées, et sur la plus grande, un rubis pesant sept onces six esterlins. Un autre collier d'or à cinq lys esmaillés de blanc.
« 1396. — A Hauroy de Mustre, orfèvre; pour un collier d'or à petites cosses esmaillées.
« 1467. — Un collier d'or esmaillé de vert, de blanc et de rouge, à petites paillettes d'or branlans, et est pour servir à femme, en manière de poitrail, pesant un marc sept onces. »
Ces paillettes d'or branlans étaient des ornements en feuilles de métal excessivement minces que le moindre ébranlement faisait mouvoir et briller. On en retrouvera d'autres exemples dans la suite de ces études.
Quant aux pend-à-col, il en est mentionné huit faits en saphirs, dans l'inventaire de la reine Clémence. Dans le testament du roi Jean le Bon, nous en rencontrons un :
« Un petit vaisselet d'argent où il y a une buUette de Rhodes. Cette bullette est bien cousine ou nièce de la bulla antique. Ce qui est appelé ici tm petit vaisselet d'argent est sans doute le même objet qui se trouve désigné dans d'autres documents par les niots : boistes à
porter au coL Cette mode, d'après M. de Laborde, dura de i3i3 à i6o3. Peut-être faut-il la rapprocher d'une autre qui consistait pour les femmes à porter autour du cou une chaîne très fine, réunie entre les clavicules par un nœud ou par un coulant et dont les extrémités, qui semblent être tendues par l'action d'un corps pesant, sans doute
la boiste à porter au col, se perdaient dans le giron carré. Cette chaîne était presque toujours accompagnée d'une autre, qui n'était probablement que le prolongement de la première, mais qui, venant de la nuque, tombait droit de chaque côté de la poitrine et se perdait également dans le giron.
Il y a tout lieu de croire que le dessin du reliquaire qui a été trouvé à Hildesheim donne l'explication de cet arrangement. On y voit clairement indiquée la partie de la chaîne centrale qui le maintenait et qui remontait ensuite pour retourner derrière le cou, en passant sur les deux épaules.
Cette mode se trouve reproduite dans nombre de dessins et de peintures, entre autres :
Dans un portrait de femme par Andréa Mantegna, sous le numéro 112 1, et dans celui de la Fornarina par Raphaël, tous deux faisant partie de la galerie des Offices, à Florence.
A la Galerie Nationale, à Londres, dans la toile de J. Van Eyck représentant John Arnolfini et sa femme.
Dans le tableau appelé la famille de Pordenone, par lui-même. Sa femme porte cette chaîne fine; à côté de celle-ci, un enfant a un rang de perles Juste au cou, et un jaseran d'une épaule à l'autre. Dans un portrait de dame italienne par le Parmesan. Dans un autre d'une dame et d'un gentilhomme par Giorgione. Ici