THALBERG
Je ne sais pas au juste Fàge de M. Thalberg, mais j’ai ouï dire qu’il avait eu l’honneur de jouer à la toupie sous le consulat.
Dès son enfance, il donnait les plus belles espérances musicales.
A cinq ans, il jouait de la clarinette avec son nez comme père et mère.
Enfin, tout en lui annonçait qu’il serait un jour un compositeur célèbre. — U a tenu parole.
A seize ans il se rendit coupable
de musique avec préméditation de guet-apens et fit paraître l’excellente méthode de piano qui fonda sa réputation. O vanité des choses et des doubles croches de ce monde !
Thalberg venait de donner au monde des tapoteuses et des doigts en bas âge la clef du piano comparé à l’ostéologie et à la myologie,ou l’art de se rendre compte, en jouant la Marche des Tariares, de la marche anatomique du carpe et du métacarpe!
M. Thalberg venait d’inventer le piano anatomique, ou l’art d’écorcher les gens sur un air quelconque et sans les faire crier !
Un jour que j’allai chez lui, il me vanta l’excellence de son sys-
tème pianistico-anatomique, et, levant ses doigts, qui ressemblent à des faucheux se livrant bataille, le colloque suivant s’établit entre nous :
M. Thalberg. Ma méthode consiste à faire tout bêtement de l’anatomie en jouant du piano et à connaître la différence qui existe entre le thénar et l’hypothénar.
M. Citrouillard. Vous avez un cœur excellent et des mains affreuses, monsieur Thalberg...
continuez.
M. Thalberg. Je sais, si je joue là Marseillaise sur mon piano , combien de fois agit le court adducteur du pouce, et dans quel sens opère le court fléchisseur du