‹ Les binettes contemporaines (volume 2)Chapitre 4 sur 9 · JO · texte numérisé non relu

JO

petit doigt. — Vous avouerez que c’est bien agréable pour un enfant de six ans de pouvoir apprendre deux sciences à la fois?

M. CiTKouirxARD. C’est mon avis. .C'est très-joli, l’anatomie.

M. Thalberg. Sur le piano, et pour une femme surtout. Tenez, je suppose que la charmante madame Marie Cabel qui touche le cœur et l’âme de ses auditeurs, soit qu’elle touche ou ne touche pas son piano, veuille se servir de ma méthode anatomique, pensezvous qu’elle restera froide comme une torpille si elle accompagne madame Stoltz sur cet air d’Adolphe Adam?

Ah ! qu’il fait donc bon (bis)

Cueillir la fraise Au bois de Bagneux Quand on est deux (bis).

Croyez-vous que madame Cabe!

ne sera pas heureuse de pouvoir dire mentalement pendant que madame Stoltz chante ces deux vers :

Ah! qu’il fait donc bon (bis)

Cueillir la fraise !

Chante, va, ma bonne; tu n’es pas comme moi initiée aux interosseux-dorsaux, surnommés métacarpo-phalangieux-latéraux-souspalmaires. Cueille la fraise tant que tu voudras, pendant ce temps je fais de l’anatomie comparée à ton chant et je suis un cours d’os-

téologie sans que tu t’en doutes.

Car pendant que tu chantes ce vers :

Au bois de Bagneux,

j’agite tous les petits os de ma jolie main ; à chaque syllabe que tu prononces, mon carpe et mon métacarpe se disloquent de la manière suivante :

g l'os scaphoïde;

td

£ 1 os trapeze ; g l’os pisiforme ;

► l’os semi-lunaire.

CD

g Tos crochu.

M. Citkouillard. L’os crochu de madame Cabel me plaît !

M. Thalberg. Polisson ! — Vous

voyez bien qu’elle fait de l’ostéologie tout en disant :

Dans le bois de Bagneux Quand on est deux [bis).

Pensez-vous qu’elle ne serait pas enchantée de s’arrêter avec complaisance dans le boià de Bagneux pour y cueillir la fraise et y faire un point d’orgue à l’aide de son aponévrose palmaire en appuyant ses lombricaux sur les touches pour faire un accord?...

M. Cituou illard. Mon cher Thalberg,vous avez un bien petit piano, mais vous devez avoir eu de grands malheurs.

M. Thalbeug , soupirant. Oh !

oui, monsieur Citrouillard !...

M. Gitrouillard. Racontez-lesmoi.

M. Thalberg raconta longuement l’histoire de sa vie.

M. Thalbefg m’a touché du piano et par le récit de ses malheurs.

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CRETINE AU JOLY.

CRÉT1NEAU JOLY-

M. Crétineau Joly est resté orphelin à l’âge de 59 ans à peine; son père, pédicure à la suite de l’armée de Kléber, eut les oignons brûlés en Égypte, puis gelés beaucoup plus tard en Russie, à la suite du grand homme. Il n’osa pas survivre à ses blessures et aux 25 degrés Réaumur. L’incendie de Moscou ne parvint pas à le faire dégeler. Le jeune Crétineau, seul et sans appui sur la terre, chargé

du poids de sa littérature dont il ne savait que faire, prend le parti d’entrer dans les ordres.

Mais sa fierté s’indigne, il ne veut recevoir d’ordres de personne, et se fait rédacteur en chef des enthousiasmes impossibles à décrire à Y Echo français. Louis- Philippe régnait alors — avec embranchement sur la république.

Crétineau s’empara d’une branche pour frapper sur l’autre, — mais son amour sincère pour la branche ainée, qui venait de succomber sous les ordonnances de juillet d 830, ne fit qu’acérer sa plume dynastique et mordante, au profit de la cadette, qui ne cessa pendant 18 ans de lui faire un pied

de nez moral par son organe assermenté, le Constitutionnel.'

M. Crétineau Joly fut, pendant ces dix-huit années de labour, un écrivain religieux, honnête et modéré. Ses tartines politiques ne prévalurent pas. — Les pâtes fermes des hommes chauves du Constitutionnel firent tant et tant, que la France se trouva sans royauté et Crétineau Joly sans ouvrage. La république fut proclamée. Crétineau opta pour la république des lettres et fit quelques romans massepains et des articles d’économie politique assez goûtés.

En fait d’économie, Crétineau n’avait mis de côté qye la politique.

Il ne lui reste de son ancienne

splendeur qu’une robe de chambre taillée dans le surplis d’une robe de bure d’un frère de la Trappe. 11 aime à s’en revêtir pour refléter les beautés de son cœur et cacher les imperfections de son corps.

Cet écrivain a dit adieu à la polémique et aux nappes quotidiennes et politiques et s’est voué avec une ardeur fébrile aux fluctuations du k 1/2. Les chemins de fer cotés à la Bourse, dont il fait l’ornement, sont devenus sa passion dominante; ils circonviennent sa vie à ce point qu’il ne termine jamais ses lettres sans dire :

« Adieu, mon ami, je suis tout

à toi, de Creil à Saint-Quentin : »

ou bien :

« Recevez, madame, l’expression de mes saluts empressés et les 200 nords à prime fin courant de votre tout dévoué

« Crétineau Joly. »

O vous, Parisiens qui passez vers une heure du matin devant la grille du passage de l’Opéra, voyezvous ce lit de sangle dressé?., eh bien ! c’est M. Crétineau qui dort et rêve à la fusion normande.

C'est pour être arrivé le premier à la petite bourse du midi qu’ii s’est rapproché du centre de ses affaires à l’abri du passage de l’Opéra et des sergents de ville.

D’ARL INCOURT.

D’ABLINCOURT,

M. d’Arlincourt est né vicomte et dans l’Auvergne, en 1540.

Il est venu sur terre avec une âme belle et radieuse , mais avec une plume nébuleuse sur l’oreille gauche , triste héritage d’un regard de sa mère qui le portait dans son sein !

La mission du noble vicomte, dont la susdite plume s’était fen-

due jusqu’au blanc à force de chanter les héroïnes pâles , les ruisseaux murmurants, les nymphes ossianiques et les guerriers mystérieux, était aussi de défendre avec courage et une loyauté incessante les phalanges bourbonneuses de la restauration. Si Ton donnait des brevets de fidélité au malheur, je n’hésiterais pas à lui décerner un brevet émaillé d’or monté sur rubis.

M. d’Arlincourt est de ces hommes dont la montre a toujours retardé d’un siècle et demi. — Est-ce sa faute s’il n’a pas trouvé d’horloger?

Son esprit à cheval sur des coquesigrues

a enfanté une foule de romans

qui ont fait de lui le Paul de Kock des salons aristocratiques. Le Brasseur du roi, le Solitaire, lés Trois Châteaux, l’Herbagère et Ida forment à peu près son butin de romancier de la restauration. Le drame la Peste noire , en 1844 , à l’ Ambigu, a été son Waterloo.

• Le noble vicomte passait, il y a vingt ans, pour le chef de l’école romantique... Mais aujourd’hui , on n’écrit plus comme cela qu’à Sainte-Perrine.

Le style de M. d’Arlincourt se fait vieux; il porte des gilets de flanelle.

A part le dernier vers qui ne peut lui être imputé, voici l’épitaphe anticipée d’un des poètes du

Tintamarre qui le crayonne mieux que je ne le saurais le faire :

Vicomte et pèlerin, sa nébuleuse plume Exploita les rochers , la cascade et la brume; Son style était ronflant , inversif, ampoulé; Après sa vie encor , son goût bizarre perce : Même dans son cercueil ildort en sens inversa...

11 aimait trop le czar... et le czar l'a coulé!

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