PAUL DE KOCK
A mon sens la gaité vaut presque la sagesse; On dit que c’est un don? pour moi je le confesse, J’en fais une vertu . . .
Ceci posé je vais sans ambages parler des vertus nombreuses du Béranger de la rue Chariot; du gai Paul de Rock, le romancier estimé des esprits fins, adoré des commis-voyageurs, des pompiers et des bonnes d’enfants.
J’en demande pardon à Paul de
Kock , je parle à mon papier comme au premier individu que je rencontre.
Et c’est vous qui êtes le premier. Écoutez-moi donc.
Vous deviez être un homme trop gai pour naître en 93. Vous n’êtes né que le 21 mai 1794. — C’était déjà fort adroit de votre part.
Votre enfance annonça votre goût prédestiné pour la verte fougère, les romans grivois et l’école buissonnière.
Un poète a dit :
Les gens d’esprit n’ont point besoin de précepte ur,
et cependant madame Paul de
Kock vous en donna plusieurs pour vous former l’esprit.
Quand l’âge de quinze ans eut sonné, vous eûtes toutes les peines du monde à vous initier au vocabulaire du financier chez lequel vous plaça votre mère, tant vous aviez du vague à l’âme et du Pigault-Lebrun dans la tête.
Combien de fois, hélas ! entre un bordereau chiffré à l’anglaise et un compte de retour à faire suivre , n’avez-vous pas, en des phrases assez mal vêtues, essayé la confection d’un livre qui devait faire brûler les roux des cuisinières entre deux éclats de rire et en disant : Ah! qu’il est drôle ce Poil de Kock !
La brillante gaîté, ce fard de la nature,
vous Ja possédiez déjà à l’âge de votre puberté, quand il vous prit la romancière fantaisie de composer V Enfant de ma femme!
Cette littérature alors sentait bien un peu son roulage ordinaire, petite vitesse. Mais il faut savoir commencer par quelque chose, et petit Kock deviendra grand. Votre unique ambition n’était que de naître comme romancier, et alors vous
Aimiez mieux, n’en déplaise à la gloire, Vivre au monde deux jours que mille ans dans
[l’histoire.
Aujourd’hui, c’est autre chose,
il faut retourner ce distique. — Vos romans ont fait le tour du monde, même en Belgique où ils ont été contrefaits. — Votre muse à vous est une espiègle et pétulante grisette qui s’est faufilée sous un faux nez pour faire rire les neuf sœurs plus ou moins tristes de la mythologie.
Vous poussiez la propreté de votre personne jusqu’à vous brosser le ventre avec l’Enfant de ma femme, faute d’un éditeur pour le mettre au jour et lui donner un père. Mais il y a un dieu pour les romanciers comme pour les ivrognes ; — la littérature est l’ivresse de l’esprit. Ce dieu, cet éditeur, c’est Barba, le petit manteau-bleu
des gens de lettres in parlibus. — Il vous fit des propositions — honnêtes et modérées, vous sautâtes au bas de votre lit et de joie en embrassant cet éditeur dont vous deviez arrondir la fortune tout en faisant la vôtre.
Je n’essaierai pas de vous casser l’encensoir sur le nez en faisant ici la nomenclature des œuvres que vous avez produites pour la plus grande gloire de notre gaieté française qui s’en va. Mais je me permettrai, par une simple addition de fractions, de vous dire avec ma rude franchise ordinaire que pour moi vous êtes une mixture, une solution, un composé :
De Pigault-Lebrun. 250 grammes.
De Ducray-Duménil. 100 —
De 'Victor Ducange. 75 —
De Casanova. 40 —
D’Anne Radcliffe. 25 —
De Champfort. 10 —
500 grammes.
Remuez selon l’ordonnance.
Tous les coeurs honnêtes sont avec vous. Mais prenez garde :
Vous jouez du violon;
Votre fils joue du flageolet;
Et tout le monde joue des jambes quand vous jouez tous les deux.