‹ Les binettes contemporainesChapitre 4 sur 12 · DUMAS FILS · texte numérisé non relu

DUMAS FILS

Le 28 juillet 1824, entre trois et quatre heures du matin le premier tome d’un roman en deux volumes d’Alexandre Dumas voyait le jour sur les genoux d’une nourrice sur lieux. Alexandre Dumas donna son nom au bambin et s’en fit l’éditeur responsable. A l’âge de huit ans, son père le pressa sur son sein sans trop de répugnance et l’envoya à l’école des frères jusqu’à douze ans révolus. Le petit bonhomme

quitta les frères ignorantins pour entrer au collège Henri-Quatre où il se garda bien de faire le moindre progrès. Cependant bon chien chasse de race ; et, bien que son orthographe fût capricieuse, il essaya de faire des vers à faire rougir la rue des Lombards. Grâce à ses heureuses dispositions, il devint un des plus mauvais élèves du collège. 11 ne voulut jamais mordre au de Viris illusiribus, tant il avait la langue latine en horreur. — Son père l’encouragea en le menaçant de le faire mousse sur un bâtiment de l’Etat. Le jeune Alexandre, qui avait peu de goût pour la marine, se mit courageusement à la besogne et, deux ans plus tard, ce

môme père apprenait par cœur les vers du fils pour les récitera qui voulait les entendre. Le jeune Alexandre avait fait de tels progrès qu’il se crut capable d’entreprendre la profession de son père et de faire de grandes choses en fait de littérature.

Son premier livre fut un volume de poésies sous le titre excellent les Péchés de jeunesse; péché véniel dont il dut se confesser bien des fois. — Cette œuvre n’était rien moins que pitoyable. Il l’a fit relier en veau doré sur tranches. — Son second ouvrage fut les Aventures de quatre femmes et d’un perroquet, plus mauvais encore que le premier.

Désoléd’un insuccès permanent,

Alexandre eut un instant l’idée de se retirer aux Carmélites — pour y jouer du flageolet et pour expier ses deux premiers forfaits littéraires. — Son père l’en détourna et le prit avec lui pour l’entourer de bons principes et le guider dans le sentier de la vertu. — Il fit de l’homœopathie, se déguisa en postillon, et contraignit son fils à se mettre en débardeur. — Il l’emmena dans les bals masqués pour lui faire toucher du doigt le vice et lui faire comprendre qu’il dansait la caçhucha sur un volcan, sans* s’en douter. Dumas fils trouva la leçon excellente et se dit :

puisque Chénier a écrit quelque part

Un père aux yeux d’un fils n’est jamais criminel,

du moment où je polke sous les yeux d’un père qui mazourque avec moi, je puis dormir tranquille sur mon avenir littéraire, j’aurai du talent comme papa. — 11 prit un abonnement de trois mois à Valentinopour compléterson éducation.

Il fut pendant ces trois mois sans voir le soleil, il dansait pendant la nuit et se couchait le jour comme un simple boulanger. — Il fit la connaissance de Marie Duplessis, une Laïs de Breda-Square; apprit à ses dépens dans celte collaboration amoureuse que le cœur d’une femme est une serrure qu’on ouvre avec une clef d’argent.

Pendant ces trois mois il fit le roman de la Dame aux perles et des

dettes nombreuses. Ce roman, de ses amours avec Marie Duplessis prit le nom de la Dame aux camélias, qui eut plus tard un succès si retentissant sur la scène du Vaudeville.

Encouragé par la vente de cette première œuvre, il fit successivement : le Roman d’une femme, Anlonine, laVieà vingt ans, le Sergent Muslel, Trois Hommes forts et Sophie Printemps.

Diane de Lys, ouvrage non moins estimé, est encore un épisode de sa vie de jeune homme.

Dumas fils est aujourd’hui un homme vertueux et rangé, dont le talent justifie le proverbe : Tel père tel fils.

roqueplan.

Page 1