ROQUEPLAN
On m’assure que le jeune Nestor a été allaité comme Sémiramis, par des colombes, à moins que ce ne soit comme Pélias, par une jument. Ce qui me ferait donner la préférence à cette dernière version, c’est que sur ses vieux jours il tutoie tous les gcntlemen-riders du jockey’s club.
11 a longtemps fait de la littérature chiffonnée et ne manque pas
d’un certain esprit de mots, surtout.
En 1801, jeune encore, il disait:
« Les alexandrins sont des vers qui font double-six à tous coups. »
— C’était . fort joli pour son âge et pour un joueur de dominos.
Sa jeunesse se perd dans la nuit des temps, comme l’histoire de France avant Pharamond.
Il a rajeuni, pour son usage personnel, une foule d’ana et d’historiettes, non pas renouvelés des Grecs, car les Grecs d’autrefois passaient généralement pour des gens d’esprit, mais qui se traînaient depuis de nombreuses années dans les boudoirs ou dans les antichambres; il les a gantés de para-
doxes paille, chaussés d’aphorismes vernis et servis pour du nouveau aux petits Auvergnats de lettres qui l’écoutaient.
J’ai dit que néanmoins il avait de l’esprit; il le faut bien pour qu’il soit entré au Figaro qui a succédé à celui de feu Saint-Àlme.
Il est parfois ruisselant de poésie horticole :
Voici le charmant huitain qu’il improvisa un jour en présentant une branche de lilas à l’une de ses artistes :
Fleur aimable et légère ,
Ton bonheur est complet ;
Tu vas de ma bergère Habiter le corset.
D'une fraîcheur nouvelle
Alors tu brilleras :
C’est le sein d'une belle
Qui pare le lilas!
Et vice versa .
M. Roqueplan a dirigé les Variétés, en fumant son cigare dans le passage des Panoramas, comme il a dirigé le passage de l’Opéra en fumant des panatelas dans la régie de l’Académie impériale de musique. — Il est aujourd’hui sans ouvrage. — On assure qu’il reviendra aux Variétés; — à moins qu’il ne rentre à l’Opéra — en débardeur.
Il continue à avoir son cigare à la bouche et le râtelier provenant de son ancienne splendeur.