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CHAPITRE Y

ORIGINES PATHOGÉNIQUES DE LA GYNÉCOMASTIE

Nous avons dit que, chez le gynécomaste, la mamelle sTiypertrophie, que le testicule s’arrête dans sa marche croissante et s’atrophie. Il semble que la nature retire d’une main ce qu’elle a donné de l’autre. Il semble qu'il y ait un des deux organes, mamelle ou testicule, qui, commençant son évolution en avant, amène ou accompagne la régression de l’autre organe.

Ne pourrait-on pas reconnaître là une manifestation de cette loi du balancement des organes dont parle Geoffroy Saint-Hilaire? « On peut regarder, dit-il, comme une conséquence de cet antagonisme du développement de certains organes, la possibilité de la réunion chez le même sujet de deux anomalies de volume : l’une par diminution, l’autre par augmentation. On a souvent observé ce genre particulier de balancement des organes1.» C’est ce que Goethe avait déjà dit : « Une somme dépensée dans le budget de

i. I. Geoffroy Saint-Hilaire. Histoire des anomalies de l'organisme , t. I, p. 216.

la nature en faveur de la mamelle exige de l’économie dans l’organe de la génération ».

Selon Olphan, cetle idée de balancement ou de force compensatrice entre les deux organes doit être rejetée; elle ne satisfait pas l’esprit.

Nous croyons cependant que la théorie de Goethe et de Geoffroy Saint-Hilaire est vraie, au moins en partie, et que Olphan s’est trompé. Et, en effet, Olphan refuse d'admettre cette idée parce que, dit-il, elle est en contradiction avec les faits. Selon lui, beaucoup de gynécomastes ont des organes génitaux normaux et tous les caractères de la virilité. Donc il n’y a pas de balancement.

Mais, si on passe en revue les observations rapportées par Olphan, on s’aperçoit vite que, dans tous les cas de vraie gynécomastie, il y a atrophie plus ou moins complète des organes génitaux.

Il me semble donc difficile de nier qu'il y ait des rapports entre le développement des mamelles et celui des testicules. Cependant, je vois immédiatement surgir une objection.

Pourquoi, me dira-t-on, les individus adultes qui perdent leurs testicules, soit par mutilation, soit par atrophie, soit par orchite, ne voient-ils pas leurs formes viriles se féminiser et deux mamelles s’arrondir sur leur poitrine?

On pourrait peut-être réduire l’objection par le simple raisonnement. En effet, si l’homme a dépassé la puberté, cet âge où il se produit pour ainsi dire une poussée de vie sur les mamelles et les organes génitaux, si chez lui le développement est complet, la nature ne pourra reporter sur un organe la force de vie et d’accroissement qu'elle destinait à l’autre. Il n’y a pas deux évolutions dans le

ORIGINES PATHOGÉNIQUES

développement de notre être, et la nature, qui suit une marche toujours la même, ne revient pas sur ses pas pour répandre sur le même individu une vie nouvelle.

Aussi rien d’étonnant à ce qu’un adulte qui perd ses testicules ne voie pas toujours des mamelles venir les remplacer. Néanmoins, tant la nature est fidèle aux grandes lois du développement, et quelque étrange que la chose puisse paraître, plusieurs faits de ce genre ont été observés.

Nous verrons, dans le chapitre suivant, qu’il existe des cas authentiques de gynécomastie accidentelle, par suite d’atrophie ou de mutilation des testicules.

11 est encore une objection que l’on ne manquera certainement pas de me faire. Pourquoi, me dira-t-on encore, les eunuques ne sont-ils pas toujours, ou du moins souvent, des gynécomastes? Mais l'eunuque a été castré dans sa première enfance. Il n’a pu avoir, au moment de la puberté, cette éclosion qui met des testicules dans le scrotum du jeune homme et des mamelles sur la poitrine de la jeune lille, puisque le germe qui devait amener cette éclosion a été tué dès le principe. Et puis, je crois que la gynécomastie complète ou incomplète n’est pas très rare chez eux.

Une des grandes objections d’Olphan contre la théorie du balancement des organes est précisément l’eunuchisme ou, dit-il, on ne rencontre pas la gynécomastie, et il s’appuie sur des notes du médecin turc Sevastopoulo. « J ai examiné, dit ce dernier, un grand nombre d'eunuques devenus des adultes; leurs formes sont viriles; aucun ne présente rien qui ressemble à l'hypertrophie glandulaire des seins. Je m’en suis assuré de mes propres mains. Quelques-uns, en prenant de l’embonpoint, ont un

développement assez considérable du pannicule graisseux, mais pas la moindre trace de glande. » .le ne doute pas de la compétence ni de la véracité du Ur Sevastopoulo ; néanmoins, beaucoup d’auteurs se sont plu à reconnaître que les eunuques étaient souvent des efféminés. 11 n’est pas jusqu’à Ambroise Paré qui ne soit de cet avis.

« Les eunuques et chastrez, dit-il, dégénèrent en nature féminine; en signe de quoi ils n’ont pas de barbe, leur voix change, le courage leur fait défaut; ils deviennent timides et honteux; bref, sont inhabiles à plusieurs bonnes actions humaines et leur vie n’est que misérable1. »

Bédor a vu à la cathédrale de Cadix un eunuque gynécomaste. « J’ai moi-même, dit-il, souvent contemplé avec compassion, mais délectablement entendu un jeune castrat d’Italie attaché à la cathédrale de Cadix. Sa voix était comparable à celle de la plus brillante cantatrice. Il allait par la ville, donnant des leçons de musique aux demoiselles. Eh bien! au travers du tissu souple et distendu de la longue et étroite soutane qu’il portait, il était aussi remarquable par la volumineuse rondeur saillante de ses régions mammaires que par les diverses excroissances implantées de longs poils isolés qui parsemaient sa grosse face blême, entièrement privée de barbe et rendue encore plus étrange par un immense chapeau à la Bazile dont il était coiffé. »

IY

Mais si, chez l’homme, l'arrêt du développement des testicules ou leur mutilation féminise l’individu et fait ses mamelles s’hypertrophier, ne verra-t-on pas l’inverse se produire chez la femme qui n’a plus d’ovaires ?

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