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CHAPITRE IY

LES CAUSES DE LA GYNÉCOMASTIE

Au dire d’Aristote, la gynécomastie serait surtout fréquente chez deux espèces : l’homme et la chèvre. On cite en effet plusieurs exemples de gynécomastie chez le bouc. Aristote lui-même en rapporte un cas. A Lemnos, dit-il, un bouc donnait par les mamelles du lait assez abondamment pour en faire de petits fromages. Ce bouc couvrit une femelle et donna naissance à un autre mâle qui eut également du lait; mais ces faits sont extrêmement rares, et ces singularités, ajoute-t-il, sont regardées comme des présages : l’oracle ayant été consulté sur le bouc de Lemnos, le dieu répondit qu’il annonçait un accroissement de fortune b

Néanmoins, le Dr Weickard, médecin du prince de Fulde, a fait imprimer à Francfort, en 1775, des Observationes medicæ où il rapporte avoir vu un bouc qui donnait du lait dont on fit du beurre et des fromages.

Geoffroy Saint Hilaire rapporte un fait semblable, observé

1. Aristote. Histoire des animaux, livre III, ch.xx, p. 163. Traduction Camus.

au Jardin des Plantes, et Georges Pouchet a vu aussi un bouc allaiter ses jeunes. On ne cite aucun exemple dans les autres espèces animales, ce qui semblerait donner raison à Aristote.

« Il n’est pas extrêmement rare, dit Villeneuve, de rencontrer dans le monde de ces hommes à mamelles plus ou moins volumineuses, montrées par les uns avec une sorte d'ostentation, cachées par d’autres avec une réserve toute particulière. » Malgré cette affirmation, Olphan croit que « les beaux spécimens du genre sont rares ».

Néanmoins, Krafft-Ebing prétend que la gynécomastie est assez fréquente, et il rapporte le fait suivant.

Un médecin, atteint d’inversion du sens génital, a constaté que, chez les six cents invertis avec lesquels il avait eu des relations, le développement des seins n’était pas chose rare. Il affirme qu’il a eu lui-même, de treize à quinze ans, du lait dans ses glandes mammaires, lait que son amant

suçait.

Mais pourquoi certains hommes ont-ils des mamelles? Question éminemment obscure, et encore irrésolue. « On ignore absolument pourquoi quelques hommes ont des mamelles, dit encore Villeneuve, comme on ignore pourquoi certaines femmes ont le visage couvert de barbe. » Quelques auteurs ont cru à l’influence ethnique. Pline l’Ancien fait allusion quelque part à certaines races africaines qui avaient une mamelle femelle d’un coté, et une mamelle mâle de l’autre; d’autre part, d'après la thèse de

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Robelin, « si l’on en croit quelques voyageurs, le bas peuple de la Russie présenterait souvent cette anomalie, et il est écrit quelque part qu'il en est de meme chez les Brésiliens. Dans ces cas, la mamelle présente tous les caractères d’un sein de femme bien conformé. Le développement commence vers l’âge de la puberté, souvent il ne tarde pas à s’arrêter, mais d’autres fois il continue à se faire, et l'on voit alors des mamelles saillantes, avec une aréole et un mamelon bien développé. Point de gêne, point de douleur dans l’organe hypertrophié ».

11 semble bien qu’il s’agisse là de gynécomastie, mais ces faits trop succincts auraient besoin d'être contrôlés, et on ne saurait encore en tirer aucune déduction.

Mais il est un point sur lequel presque tous les auteurs se sont entendus : c’est que les gynécomastes sont très souvent lymphatiques ou scrofuleux. Villeneuve insiste sur ce point, et Bédor va plus loin encore, puisqu’il déclare que la gynécomastie est un signe pathognomonique de la scrofule. Je crois cette affirmation un peu hasardée; mais, quoi qu’en dise Olphan, je crois qu’elle contient une part de vérité. En effet, Bédor a observé quatre fois la gynécomastie chez des scrofuleux ou des lymphatiques, Villeneuve deux fois; on trouve encore ce fait fréquemment noté dans les observations des autres auteurs.

Peut-on incriminer l’hérédité? La gynécomastie est-elle héréditaire ?

oo

Sans être constante, la chose n’est pas douteuse. Pourquoi un dégénéré ne transmettrait-il pas à sa descendance ce stigmate de dégénérescence physique, pourquoi n’engendrerait-il pas des gynécomastes à son image, comme le strabique engendre des strabiques, comme le prognathe et le plagiocéphale engendrent des prognathes et des plagiocéphales? Cependant cette transmission de la gynécomastie du père au fils est relativement peu fréquente. La raison en est des plus simples. Le gynécomaste est souvent un infécond, un être impropre à la reproduction : alors sa race s'éteint avec lui. Néanmoins, si son système génital est peu atteint, si ses testicules sécrètent un sperme fécondant, il pourra engendrer des individus atteints de la même anomalie que lui, mais avec un pas de plus peut-être vers la déchéance complète, au point de vue sexuel.

Handyside d’Edimbourg 1 rapporte l'histoire d’une famille de cinq enfants, dont trois étaient des gynécomastes polymastes. Or leur père avait présenté, à l’âge de cinquante ans, une hypertrophie de la mamelle. Hypertrophie de quelle nature ? L’auteur ne le dit pas.

Le sujet observé par Bédor avait également un frère atteint de la même anomalie.

Enfin, voici un fait fort curieux, qui m’est personnel. On y voit la gynécomastie se transmettre successivement à trois générations.

D..., trente-cinq ans, métreur, né à Rouen. Son grandpère paternel avait des seins volumineux. C'était un homme sobre et avare. Son père buvait de grandes quantités de vin sans s’enivrer. Le volume de ses seins était encore plus exagéré que chez le grand-père. Son grand-père maternel est mort à soixante-douze ans, paralysé. C’était un alcoolique. 11 buvait des quantités énormes d’eau-de-vie du Calvados. Sa mère est encore vivante. C’est une femme peu

1. Ilandyside. Journal of Anatomy and Physiology , novembre 1S70.

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nerveuse, mais ayant souvent des préoccupations hypochondriaques.

Tous ses oncles, ses tantes, ses cousins, sont des individus très robustes et très bien musclés. Une de ses tantes est alcoolique.

Sa famille se composait de neuf enfants; il est le seul qui ait survécu. Tous sont morts en bas âge, quelques-uns de méningite.

D... avait les seins volumineux en naissant; ils ont ensuite augmenté petit à petit.

Dès son enfance, il s’adonna aux pratiques de l’onanisme. A douze ans et demi, il avait lm,53 de taille, pesait 04 kilogrammes et se payait sa première femme. Au moment du tirage au sort, il pesait 93 kilos ; il fut réformé pour obésité (il y a plusieurs obèses dans sa famille, et une de ses tantes pèse, dit-il, plus de 100 kilogrammes).

D... a fait beaucoup d’excès de boisson dans son pays. Cependant il n’a jamais eu de pituites. Depuis quelque temps, d’ailleurs, il a dû supprimer l’alcool et se mettre au régime du café, pour lutter contre son obésité.

D... se maria vers l’âge de vingt-quatre ans. Il remplissait ses devoirs conjugaux très brillamment, m’a-t-il dit, suffisamment, m’a dit sa femme. Il eut trois enfants.

1° Un garçon, mort â trois ans de méningite. Il était gynécomaste. De plus, c’était un enfant déjà plein de mauvais instincts. A la naissance de son petit frère, il fut pris d’une telle jalousie et d’une telle colère qu’il voulait qu’on le jetât à l’eau, refusant de parler et de manger;

Un autre garçon, mort en bas âge de péritonite;

3° Un garçon aujourd’hui âgé de sept ans. En naissant, il avait déjà % les seins volumineux; au dire de sa mère, ils étaient gros comme des noix et, dans les jours qui suivirent la naissance, le mamelon laissait suinter un liquide lactescent. Aujourd hui, comme j’ai pu le constater moi-même, ses seins ont le volume d’une mandarine. A la palpation,

on sent une masse lobulée, nullement douloureuse. Aucun liquide ne suinte plus par le mamelon. Chez cet enfant, le tissu adipeux est déjà très développé, et il marche, comme son père, vers l’obésité. Son intelligence, déjà médiocre, aurait encore été amoindrie par une affection récente que ses parents qualifient de méningite. Sa mémoire a beaucoup diminué; il savait lire, il atout oublié. Écervelé, étourdi, il se livre à la masturbation plusieurs fois par jour.

D... sait lire et écrire. C’est un homme très vigoureux, aux muscles solides, de lm,63 de taille, au dos large, au ventre un peu gros, au visage couvert de barbe. Les membres et la poitrine sont également très velus. Il a de bonnes dents, mais très écartées, en forme de grille d’égout.

Ses seins ont le volume d’une orange. A la palpation, on sent une épaisse couche de graisse et dessous un gâteau glanduleux, gros comme une mandarine. Les mamelles sont tlasques et pendantes. La peau qui les recouvre n’est ni plus mince, ni plus douce, ni plus blanche que dans les parties environnantes. Il existe une aréole brune assez colorée, avec de petits tubercules saillants. Le mamelon est petit et plus semblable à celui de l’homme qu’à celui de la femme.

Le volume des testicules est un peu au-dessous de la normale. La verge, à l’état flasque, n’a que 4 centimètres et demi de long et 8 centimètres de circonférence. Les poils du pubis sont longs, mais peu fournis.

Chez cet individu, la gynécomastie est évidemment héréditaire. Seulement l’anomalie, au lieu d’attendre la puberté pour se manifester, est apparue dès la naissance. Ce n’en est pas moins un stigmate de dégénérescence. Le dernier rejeton en est la preuve.

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YI

Mais ce qu'il est beaucoup plus fréquent de rencontrer chez les ascendants des gynécomastes, ce sont ces tares nerveuses qu’on rencontre à l’origine de toutes les dégénérescences. Un vésanique, un épileptique, un hystérique, un alcoolique engendrent des dégénérés; parmi ceux-ci, 1 un sera un aliéné, l’autre un névrosé ou un détraqué, l’autre un criminel peut-être, l’autre enfin, mal conformé physiquement, un prognathe, un plagiocéphale, un strabique, un hypospade, un gynécomaste.

Voici un premier fait emprunté à Magnan 1 . Nous voyons naître, d’un père déséquilibré et d’une mère hystérique, un gynécomaste, un débile qui présente des accès délirants.

S..., âgé de trente ans, est issu de germains; sa grand'mère maternelle et sa mère sont hystériques; son père, mal équilibré, se faisait remarquer par des accès de colère et des emportements que rien ne justifiait.

Sa sœur est mélancolique.

Quant à lui, venu à terme,, il a eu des convulsions dans l’enfance; d’une intelligence au-dessous de la moyenne, il a acquis avec difficulté une instruction élémentaire; il sait toutefois lire, écrire et compter d’une manière satisfaisante. Il a appris, au sortir de l’école, le métier de peintre sur porcelaine et, au bout de plusieurs années, il a fini par devenir un ouvrier ordinaire.

Il est habituellement très impressionnable, irritable ; dans les rues, il est souvent pris de craintes ^vagues, il redoute des accidents ; dans l’enfance, il croyait parfois, en mar-

1. Magnan. Communication faite à la Société médico-psychologique. Séance du 28 février 1887. Archives de neurologie, t. III, p. 416, mai 1888.

chant, qu'il allait perdre l’équilibre; il lui semblait par moments qu'il s’enlevait au-dessus du sol. 11 s'est senti à diverses reprises poussé à frapper; il prenait tout à coup des objets et les brisait: « Je deviens enragé, disait-il, je briserai tout. » Il avait confié à son frère un revolver qu'il ne voulait plus garder, ne se sentant plus maître de lui et redoutant de faire usage de cette arme, soit contre les autres, soit contre lui-même.

Dans les derniers temps, en proie à des préoccupations hypochondriaques, il avait rapidement présenté des hallucinations, des troubles de la sensibilité générale et des idées de persécution; très excité sous l’influence de ce délire, il avait été amené à l’asile le 28 février 1885; il en est sorti au bout de trois mois, guéri de son accès délirant, mais non de sa déséquilibration mentale.

Il présente une atrophie considérable des testicules, qui sont réduits au volume d’un haricot; les bourses et le scrotum sont très peu développés; la verge est petite, mais l’extrémité antérieure relativement volumineuse, probablement à la suite des manœuvres de masturbation. Il a du penchant pour les femmes, recherche leur société, et il vivait avec une maîtresse quand il a été pris de délire. Ses seins sont du volume d’une grosse mandarine, l'aréole est assez étendue, mais le mamelon est petit comme celui de l’homme. Le ventre est proéminent, arrondi, mais le bassin a les apparences masculines. Le larynx est peu saillant, la voix féminine. Les poils, d’un blond pâle, sont fins et peu abondants.

Voici maintenant un autre fait qui m'est personnel. Un épileptique engendre des gynécomastes et des hermaphrodites. Je crois qu'il faut invoquer comme cause de ces dégénérescences la tare épileptique chez le père.

J... ne peut donner de détails sur ses grands-parents. Il sait seulement que son grand-père paternel s’est marié trois fois : lors de son dernier mariage, il avait soixante-douze

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ans et sa femme vingt-six. Un an après, celle-ci lui donna un fils qui, de l’avis général, serait de lui : c’est le père de notre sujet.

Son père, qui était gardien à la Roquette, était un homme sobre, et sujet à des attaques nerveuses pendant lesquelles il perdait connaissance ; il s'agit probablement d’attaques d’épilepsie. 11 est mort tuberculeux.

Sa mère est une honnête femme, encore vivante et bien portante.

La famille se compose de neuf enfants.

1° Une fille âgée de trente-huit ans, mariée et bien portante, mais nerveuse, violente et coléreuse. Elle vit séparée de son mari, qui l'a abandonnée pour une autre, gagnant laborieusement sa vie comme dentellière et élevant péniblement ses cinq enfants. Un de ces enfants, le plus jeune, est déclaré sur les registres de l’état civil comme fille, mais on serait maintenant très embarrassé pour se prononcer sur son sexe et on pourrait tout aussi bien le prendre pour un garçon. Les quatre autres sont bien portants et ne présentent rien de semblable.

2° Un enfant mort en bas âge. J... ne sait pas de quoi, et il a même oublié son sexe.

3° Un garçon mort à trois ans et demi, présentant des malformations des organes génitaux.

4° Une fille âgée de trente ans, nerveuse, violente, mais bonne au lond. Elle a eu des attaques de nerfs jusqu’à vingtdeux ans, époque de sa première couche. Ces attaques se manifestèrent pour la première fois à la suite d’une peur. Elle n est point mariée et a eu trois enfants morts en bas

âge, probablement de méningite tuberculeuse. Actuellement elle est encore enceinte.

3° Un garçon sobre, marié, père de deux enfants bien conformés.

fi° et 7° Deux petites filles mortes en bas âge; on ne sait pas de quoi.

8° Une fille âgée de vingt-six ou vingt-sept ans, également mal conformée. C’est un être vicieux, débauché et ivrogne. Elle commença d’abord par se montrer comme curiosité dans les fêtes foraines; puis elle se fit actrice d’ordre inférieur, jouant aux Bouffes-du-Nord ou accompagnant les troupes en tournées. Elle s’habille tantôt en homme, tantôt en femme, servant indistinctement d’amant ou d’amante, également recherchée des matrones lubriques et des vieux libertins. En ce moment, elle vit « collée » avec une femme et, au dire de J..., « elles ont de quoi se satisfaire largement l’une l’autre, et de mille façons ».

9° Enfin notre gynécomaste.

J... a une tante maternelle très sujette aux migraines. De plus sa mère leur a souvent raconté qu’une de ses petitescousines était probablement mal conformée. On prenait, dit-il, toutes sortes de précautions pour lui rabattre ses jupons quand elle jouait ou quand elle urinait. On a cru que cette pudeur exagérée n’avait d’autre but que de dissimuler une infirmité.

Je donnerai l’observation personnelle et détaillée de cet individu dans un des chapitres suivants.

Enfin le Dr Guillot me citait l’exemple d’un jeune homme de vingt- trois ans, fils d'une névropathe, qui, à l’âge de quinze ans et demi, a vu ses mamelles prendre un accroissement considérable; au bout de dix mois, elles avaient acquis le volume de celles d’une fille pubère, volume qu’elles ont toujours conservé depuis. Cet accroissement s’est fait sans douleur et sans amener aucune espèce de sécrétion. Ces mamelles présentent un mamelon rosé aux environs duquel sont implantés quelques poils longs et isolés.

La verge est normalement développée; cependant les testicules sont un peu plus petits que d’habitude, le pubis est garni de poils, mais ils remontent moins haut que chez la plupart des hommes de cet âge. Le bassin est large et évasé.

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Les saillies musculaires sont peu prononcées et le tissu adipeux très développé.

On voit sur la poitrine un léger duvet, mais pas de poils.

H... a une figure imberbe, juvénile ; il paraît à peine dix-sept ou dix-huit ans. Le timbre de sa voix est élevé; c’est un garçon coquet, efféminé, à la démarche nonchalante, aimant passionnément les fleurs et les odeurs. Il a la manie de l’ordre et chez lui il range tout avec une exagération ridicule.

YII

L’alcoolisme, qu’on retrouve toujours et partout, l’alcoolisme, l’alpha et l’oméga de toutes les dégénérescences, se retrouve aussi à l’origine de la gynécomastie.

Voici un fait où cette influence ne saurait être douteuse. Un alcoolique mort de delirium tremens engendre un débile gynécomaste.

D..., vingt ans, né à Puteaux (Seine), sans profession. Son père était un ivrogne; il est mort dans un accès de delirium tremens. Sa mère est morte d’une affection cardiaque.

Bien qu’âgé de vingt ans, D... n'en paraît guère plus de seize. Il est d’une taille peu élevée. Ses formes sont efféminées; cependant, il est assez bien musclé, mais plutôt comme une femme que comme un homme. Le panicule adipeux sous-cutané n'est pas développé d’une façon exagérée.

La tête est petite, les yeux sont vifs, la bouche grande, le teint coloré.

Le système pileux est peu développé. Le visage est imberbe; on distingue à peine quelques poils de barbe sur la lèvre supérieure. Les membres sont complètement glabres. Il y a quelques poils follets sur la région sternale. Le pubis est assez bien garni, mais, comme chez la femme, les poils s’arrêtent brusquement et forment un triangle très

nettement délimité. La peau est blanche et manifestement plus délicate que chez la plupart des hommes de cet âge.

Chose assez singulière chez un individu de cette espèce, D... n’est pas tatoué.

La voix a un timbre caractéristique. On fait chanter le sujet: on croirait entendre la voix grêle et aiguë d’une fillette de douze ou treize ans.

En examinant la bouche, on s’aperçoit qu’il existe encore des dents de la première dentition, qui aurait été retardée, au dire du sujet. La seconde dentition aurait été également retardée. A la mâchoire supérieure, il existe des intervalles entre les incisives et les canines; lorsqu’il rit, sa bouche ressemble, pour employer une comparaison un peu triviale mais juste, à une grille d’égout.

La verge est normalement conformée, mais elle est très courte et plus petite que d’habitude. Les bourses sont larges; les testicules sont manifestement plus petits que chez la plupart des adolescents de cet âge. L’épididyme est normalement placé; il ne mesure que 2 millimètres dans son plus grand diamètre. Le crémaster fonctionne bien ; nous le voyons se contracter sous nos yeux. D... prétend qu’il n’a jamais vu de femmes. Mais il a des érections fréquentes et il avoue que, depuis l’âge de seize ans, il se masturbe environ deux fois par semaine. 11 a des éjaculations.

La poitrine est arrondie et fait saillir un peu la chemise. Les mamelles, grosses comme des oranges, sont développées à peu près comme celles d’une fille de quinze ans. La peau qui recouvre la glande est blanche, fine, et présente quelques poils longs et durs. A la palpation, on a la sensation de la graisse.

Les deux mamelles sont d’égal volume.

Le mamelon est très bien développé, d’une couleur rosée ; autour on aperçoit quelques petites saillies rappelant les tubercules de Montgomery. On ne voit pas le lacis de veines bleues sous-cutané, comme chez la femme.

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D... est peu intelligent. Bien qu’il soit allé longtemps à l’école, il sait à peine lire et compter; il ne connaît même pas la table de Pythagore; il ne sait pas écrire. On n'a jamais pu lui apprendre aucun métier. A la prison de la Santé où je l’ai vu, on l'occupe à faire du papier de dentelle, travail qui ne demande aucune intelligence ni aucune adresse. 11 suffit de poser une feuille de papier sur une matrice où est gravé un dessin quelconque et de frapper avec un marteau en plomb jusqu’à ce que le dessin se soit découpé dans la feuille de papier.

De plus, D... est un vagabond et un habitué des prisons. Il a déjà subi cinq condamnations pour maraudage, vagabondage, vol à l’étalage. Il ne témoigne aucun regret; aussitôt sorti, il recommencera et se fera enfermer de nouveau.

A côté de ces causes puissantes de dégénérescence, on en trouve d’autres moins actives, mais néanmoins encore singulièrement efficaces. On les retrouve aussi dans Pétiologie de la gynécomastie. Faneau de Lacour1 a montré que les tuberculeux, et surtout les issus de tuberculeux, sont souvent des efféminés, et que chez eux les mamelles acquièrent quelquefois un développement anormal. 11 cite en particulier deux faits où il s’agit manifestement de gynécomastes.

R... (Emile), vingt-deux ans, parqueteur.

Famille. — Sa mère est morte d'une hypertrophie du cœur, à l’âge de vingt-trois ans. Son père existe encore: il a cinquante-six ans.

1. Faneau de Lacour. Du féminisme et de l'infantilisme chez les tuberculeux. Paris, 1871. Thèse inaugurale.

Antécédents. — Il a eu une jeunesse maladive.

Début. — Tousse depuis quatre mois.

Etat actuel. — Poumon droit: respiration prolongée.

Poumon gauche. — Craquements; crachats nummulaires caractéristiques. Sueurs assez abondantes la nuit.

Système pileux. — Cheveux bruns, remarquablement longs et fins, abondants ; sourcils très fournis ; cils très longs et très fins.

Barbe. — Moustaches médiocrement fournies; absence presque complète de poils sur les autres parties de la face.

A peine quelques poils sur la poitrine.

Poils du pubis suffisamment développés et bien fournis.

Dents normales et très belles.

Ongles légèrement courbés, mais pas d’une façon caractéristique.

Organes génitaux. — Testicules manifestement moins développés qu'à l’état normal, de la grosseur d’un œuf de moineau; véritable microrchidie ; verge peu développée.

Bourses tombantes, longues. Mamelles très développées. Le mamelon est aussi très saillant et très développé ; l’aréole, fortement pigmentée, tranche, par sa couleur brune, sur la décoloration de la peau qui recouvre la glande.

La glande mammaire présente un développement exagéré. Le malade nous dit qu’à l’âge de quatorze ou quinze ans, il eut les mamelles douloureuses, surtout celle du côté gauche. Cet état dura six mois, pendant lesquels les seins, surtout le gauche, se développèrent considérablement.

La douleur disparut, mais le gonflement persista.

Aspect général. — Ce malade présente une gracilité de formes tout à fait remarquable; il a le pannicule adipeux sous-cutané très développé ; ce que nous n’avons pas trouvé chez la plupart des autres individus de sa catégorie.

La cause en est due apparemment à l’époque récente du début; nul doute que, lorsque quelques mois auront passé sur sa tête, les sueurs profuses et les expectorations auront

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fait disparaître cette couche graisseuse qui, actuellement, imprime au malade un cachet féminin si caractéristique.

Yoici maintenant la seconde observation.

M... (Jules), vingt-cinq ans, ferblantier à Paris.

Famille. — Son père est mort à vingt-deux ans de la suette miliaire; sa mère est morte à vingt-cinq ans, tuberculeuse.

Antécédents. — Pendant son enfance, il était délicat, malingre, fuyant tous les exercices fatigants.

A cette époque, sans tousser continuellement, il avait cependant tous les hivers un rhume qui durait jusqu’au printemps.

Début. — H y a quatre ans que la toux est devenue continuelle. Il eut une pleurésie, il y a deux ans.

État actuel. — Craquements et gargouillements à droite et à gauche au sommet.

Système pileux. — Cheveux abondants, fins et souples ; sourcils noirs, fournis, tranchant sur la pâleur du visage. Cils d’une longueur remarquable.

Le visage, malgré l’âge du malade (vingt-cinq ans), est presque glabre, et a l’expression très juvénile. La moustache est à peine indiquée par quelques poils follets courts; il en existe également sur le menton et les joues une très petite quantité.

Poils de la poitrine absents. Poils du pubis normaux en quantité et en longueur.

Les bras et les jambes sont remarquablement glabres.

Peau. — La peau est blanche, fine, souple comme la peau d’une femme, le pannicule adipeux sous-cutané est très développé; d’où une mollesse remarquable de tous les contours.

Dents. — Le malade nous apprend qu’à l’âge de deux ans, il n’avait pas encore de dents de lait, du moins c’est ce qu'il a entendu dire par sa mère.

Même retard dans la seconde dentition, qui n’a eu lieu qu’à douze ans, et d’une façon incomplète, ainsi que nous pouvons le constater.

Nous observons en effet plusieurs dents de la première dentition sur le malade.

La mâchoire supérieure présente trois dents de lait: la seconde incisive droite, la canine et la seconde incisive gauches (la canine est cariée, mais il est facile de la reconnaître pour une dent de lait).

Les autres dents sont pour la plupart cariées, quelques autres sont complètement détruites.

Ongles. — Légèrement hippocratiques.

Organes génitaux. — Les organes génitaux sont aussi remarquables que les autres parties de l’organisme chez ce sujet, qui est véritablement un type du genre.

La verge est microscopique ; considérée pendant l’état de flaccidité, elle ne mesure, depuis sa hase jusqu’à son sommet, que 5 cent. 1/2; sa circonférence à la hase est de 4 centimètres et, à la base du gland, de 3 centimètres environ, toutes dimensions qui sont celles de l’organe d’un enfant de dix à douze ans.

Les testicules sont très petits, gros à peine comme des œufs de moineau, et le scrotum qui les recouvre est luimême adapté aces dimensions exiguës.

Mamelles. — Les mamelles sont très développées, l’aréole fortement pigmentée, saillante comme chez les femmes : on sent à la main les grains glanduleux de l’organe. Le malade rapporte qu’à l'âge de quatorze à quinze ans, il a éprouvé dans les deux seins des douleurs assez vives qui ont duré cinq à six mois. C’est à cette époque, dit le malade, que les mamelles ont pris le développement que nous observons aujourd’hui.

Le développement est remarquable, l’organe présente un diamètre horizontal d’environ 8 centimètres et un diamètre vertical d’environ 7 centimètres.

Le segment de sphère que forme la mamelle mesure à peu près 10 à 11 centimètres d’arc.

Appétits vénériens nuis.

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Féminisme très prononcé. L’aspect général de cet individu est celui d’un jeune homme de dix-sept ans.

Enfin, voici un dernier fait qui m’est personnel, et où l’on pourrait encore remarquer l’influence héréditaire de la tuberculose.

A..., vingt-six ans, cordonnier, né à Bordeaux. Son père est mort tuberculeux. Sa mère est encore vivante et bien portante.

C’est un vagabond peu intelligent, à la parole lente et embarrassée, à la physionomie sournoise, sachant néanmoins lire et écrire. Il prétend s’être peu masturbé et il a commencé à voir des femmes à l’âge de dix-sept ans. Il avoue avoir fait pas mal d’excès de boisson.

Il ne se rappelle pas avoir souffert des seins, qui ont grossi petit à petit. Ils sont à peu près gros comme de petites oranges, avec une forme conique. La peau qui les recouvre ne diffère pas sensiblement de celle des régions environnantes. Il existe une aréole brune, très nettement marquée. Le mamelon est volumineux, saillant, rosé et long d’au moins 1 centimètre. On dirait qu’il est dans un état d’érection constant.

La verge est assez longue, mais comme volume elle paraît au-dessous de la normale.

A côté de la tuberculose, de la scrofule, du lymphatisme, comme le veulent Villeneuve, Bédor et les anciens auteurs, je crois qu’on pourrait invoquer l’obésité.

L’obésité, à mon sens, n’est point une cause de gynécomastie, parce qu’elle surcharge de graisse la poitrine et exagère un peu le volume du sein. Non, car dans ce cas, il ne s’agirait plus de gynécomastie. En effet, outre cette sur-

charge graisseuse, on peut observer chez les obèses des mamelles dont le tissu glandulaire est hypertrophié, hypertrophie facile à sentir par la palpation et rendue encore plus perceptible à la vue par l’exagération du tissu adipeux. L’obésité agirait alors comme cause dégénératrice.

En voici un exemple.

L..., trente-cinq ans, ferblantier, né à Avranches. Son père, qui était obèse, est mort d’une congestion cérébrale. Sa mère est morte d’une pneumonie. Sa sœur est obèse.

L... est un garçon peu intelligent, bavard, querelleur, sachant néanmoins lire et écrire et gagnant bien sa vie.

D’un caractère nerveux et impressionnable, il se livre quelquefois à des actes de violence, il est emprisonné pour avoir cassé la jambe, dans une rixe, à un individu avec qui il s’était pris de querelle.

Le jour de son entrée en cellule à la prison de la Santé, L... a été pris d’une sorte d’émotion angoissante et s’est mis à cracher le sang à pleine bouche. Ce phénomène lui était déjà arrivé une autre fois, à la suite d’une vive contrariété. C’est un de ces faits assez communs d’hystérie pulmonaire.

L. .. est obèse. Les seins sont volumineux comme des oranges, un peu pendants et grossis encore par le tissu adipeux qui les environne.

Ce développement exagéré des seins se produisit vers l’àge de seize ans; L... éprouvait alors souvent des douleurs. Mais depuis longtemps il ne ressent plus rien.

Le système pileux est bien développé.

Les organes génitaux sont très au-dessous de la moyenne. La verge, à l’état flasque, ne mesure que 0 centimètres. L... aime les femmes, mais sans exagération.

M. Variot a observé un cas analogue.

C’était un homme obèse, mais ses mamelles étaient développées comme celles d’une femme. Ses testicules avaient la grosseur de petits haricots. Sa verge était également

LES CAUSES DE LA GYNÉCOMASTIE

atrophiée. Le pubis était recouvert de rares poils. Le visage était glabre. La lèvre supérieure était légèrement velue comme chez les femmes du même âge. La voix était grêle.

D’après les renseignements fournis par cet homme, il était carrier, avait été marié une fois, mais très malheureux en ménage: sa femme le trompait avec un voisin, il l’avait abandonnée.

Il avouait du reste que ses aptitudes génitales étaient très réduites. De là, peut-être, ses infortunes matrimoniales.

En résumé, toutes les causes de dégénérescence peuvent être causes de gynécomastie.

En tète marchent la folie, l’épilepsie, l’hystérie, les névroses, l’alcoolisme et, en seconde ligne, la tuberculose, la scrofule, l'obésité.

Ainsi donc, de par son hérédité, le gynécomaste est un dégénéré. Et il en porte en lui les stigmates physiques et psychiques.

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