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LE 11 VENDÉMIAIRE

Une des ï^olutions prises à l'agence royaliste de là rue des Postes, après le départ de Gadotidal, c'est-à-dire à la fin de la séance qiie nous avons racontée, avait été dé se réunir le lendemain au Théâtre-Français.

Dans la soirée, un flot de péupic, conduit par une cinquan-

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taine de membres de la jeunesse dorée, s'était portée, comme Dousravonsvu, à la Convention ; mais leur chef, Costerdc Saint-Victor, ayant disparu comme s'il avait passé par une trappe, peuple et muscadins vinrent se briser aux portes de la Convention, prévenue au reste par le général Barras du mouvement que l'on tentait contre elle.

Au point de vue de Tart, il eût été à déplorer que les deux tableaux contre lesquels s'irritait la foule, fussent détruits.

L'on de ces deux tableaux surtout, la Mort dt Maral^ est un des chefs-d'œuvre de David.

Cependant la Convention, voyant de quels dangers elle était entourée, et comprenant qu'à toute heure un nouveau •volcan pouvait s'ouvrir dans Paris, la Convention se déclara en permanence.

Les trois représentants Gillet, Aubry etDelmas, qui, depuis le 4 prairial, avaient reçu le commandement de la force arfnée, furent mis en demeure de prendre toutes les mesures nécessaires pour la sûreté de la Convention.

Ce fut surtout lorsque l'on apprit, par le rapport d'un de ceux qui avaient assisté aux préparatifs du lendemain, qu'une réunion de citoyens armés devait avoir lieu au Thédtre-Français, que l'inquiétude fut à son comble.

Le lendemain, 3 octobre, c'est-à-dire il vendémiaire, était consacré parla Convention à une fête funèbre qui devait avoir lieu dans la salle même de ses séances en l'honneur des girondins.

Plusieurs proposaient de la remettre à un autre jourmais Talliea prit la parole, et déclara qu'il était indigne de l'Assemblée de ne point, même au milieu des périls, vaquer à ses travaux comme en pleiae tranquillité.

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Séance Icuanle, Ja Convention rendit un décret ordonnant ix toute réunion illégale d'électeurs de se séparer

La nuit se passa au milieu de rixes de toute nature dans les quartiers les plus retirés de Paris ; des coups de fusil furent tirés, des gens assommés. Partout où conventionnels et sectionnaircs se rencontraient, des horions étaient échangés à rinstant même.

Les sections, de leur côté, en vertu du droit de souveraineté qu'elles s'étaient arrogé, rendaient des décrets.

C'était en vertu d'un décret de la section Le l^elelier que la réunion avait été fixée pour le 4 1 au théâtre de l'Odéon,

On apprenait à tout moment les nouvelles les plus désastreuses des villes environnant Paris, et dans lesquelles Tagencc royaliste avait des comités. 11 y avait eu des mouvements insurrectionnels à Orléans, à Dreux, à Verneuil et à Nonancourt.

A Chartres, le représentant Tellier avait voulu empêcher rémeute, et, n'ayant pu y réussir, il s'était hrûlé la cervelle.

Les chouans avaient coupé partout les arbres du 14 juillet, glorieux symboles du triomphe du peuple; ils avaient traîné la statue de la Liberté dans la boue, et, en province comme à Paris, on assommait les patriotes dans la rue.

Pendant que la Convention délibérait contre les conjurés, les conjurés agissaient contre la Convention.

Dos onze heures du matin, les électeurs s'acheminaient vers le théâtre de POdéon ; mais les plus aventureux seuls s'y étaient rendus.

Si les électeurs se fussent comptés, à peine fussent-ils arrivés au chiffre de mille»

Au milieu dVia, quelqucô jeunes gens faisaient grand

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bruit et, lançant force bravades, allaient et venaient avec de grands sabres, dont ils raclaient le parquet et heurtaient les banquettes. Mais le nombre des chasseurs et des grenadiers envoyés par toutes les sections ne dépassait pas quatre cents.

U est vrai que plas de dix mille personnes environnant le monument, lieu du rendez-vous, encombraient les issues do la salle et les rues eovironnanles.

Si, dès ce jour-là, la Convention, bien renseignée, eût voulu agir avec vigueur, elle se fût rendue maltresse de Plusurrection; mais, une fois encore, elle voulut user dos moyens conciliants.

Elle ajouta au décret qui déclarait la réunion illégale, un article portant que ceux qui rentreraient immédiatement dans le devoir seraient exemptés de poursuites.

Aussitôt ce décret reudu, des officiers de police, escortés de six dragons, partirent des Tuileries, siège de la Convention, pour aller faire les sommations.

Mais les rues étaient encombrées de curieux. — [Ces curieux voulurent savoir ce qu'allaient faire les officiers de police et les dragons; ils les enveloppèrent et les obsédèrent de telle façon, que, partis vers trois heures du palais, ce ne fut que vers sept heures qu'au milieu des cris, des huées et des provocations de toute espèce, ils arrivèrent à la place do rOdéon.

De loin, on les avait vus venir sur leurs chevaux, par la rue de rÉgalité, qui faisait face au monument; ils semblaient des barques soulevées au-dessus de la foule, et naviguant sur un océan orageux. .

Ils gagnèrent enfin la place. Les dragons se rangèrent devant les marches du théâtre; les huissiers chargés de la |iro* II b

74 lES BtANGS ET LES BLBUS

cTamatjQQ moQtôrept sous les portiques, des porte-flambeaux les entoiirôrepf et la proclamatloQ commença.

^ais^ ^u^ premiers qot^ sortis de leur bouche, les portes ^a thé^fire s'puyrireiit ftv^p fracas, les soDYERAii^s (c'était le nom qu'on donnait aux sectionnaires) sortirent brusquement, entQi|f]^^s j^s g^r4gç .^^tQfaJgs; ils précipitèrent les huissiers du hai^t ^^ l^^s des degrés» taqdis que lés gardes électorales marchaient aux dragons, 1^ baïonnette en avant.

A]} mjjieu ^e^ Iiuées ^e la popplince, les bqissiers dispam- Tent, englo^ti§ d^;}g 1^ fi[)))lQ, Iç^ dragons se dispersèrent, les torcbeg s'étejgpir§f}l, e|, di| njiUçu de ce cbaqs immense, 8*élevèrent de grands cris de « Vivent tes sectionuî^ires! iport i. la G^fjivpntiop I »

Ces cf is« Sjç prf)longe^pt dç r)ie en rue, eurent leur écho jusque dans I^ si^lle des séancqç. Et, tandis que les sectionnaires yicjtpfieq^p rentraient à r.Qdéon, et, enthousiastes con^in^ gp ji'gst apfè^ qn p^spiier succès, faisaient serment de ne déposer les arnip§ q\\e suf les ruines de la salle des T'qilerles, les patriotes, cpux mônies qui avaient à se plaindre 4e 1^ GpiiT^utiQi;, jae dQijLtaiit plus du danger que courait la ijbert^ ^pgi l'Assemblée était le dernier tabernacle, accou- ^}Tçj{t fn fpjile pour offrir leurs bras et demander des armes.

Les Dps §o|taiep( (]e$ pacbots, les autrus venaient d'étrp exclus des sections; un grand nombre étaient des ofTiciers rayé? paj* }e ç^pf du fiomitô de 1^ gii^rre; Aubry se joignit à eux. La Convention hésitaif à i^çcepter leurs services. Mais Louve^, çef infatiga})le patriote, qui était resté debout au milieu des ruines de tous les partis, Louvet, qui, depuis longtemps, ypujajt réarmer {es foufeourgs et rouvrir le club des Jacobins, insista te)lemje)i), qu'il emporta le vote.

Alors, on ne perdit plus une minute, on réunit tous les officiers sans emploi, on leur donna le commandement de ces soldats sans chefs, et, officiers et soldats, on mit le tout BOUS les ordres du brave général Berruyer.

Cet armement se fit dans la soirée du 11, au moment où Ton apprenait la déroute des huissiers et des dragons, et ot la Convention décidait que l'on ferait évacuer TOdéon par la force armée*

En vertu de cet ordre, le général Menoufît avancer une colonne et deux pièces de canon du camp des Sablons. Mais. en arrivant, à onze heures du soir, sur la place de TOdéon, elle la trouva vide, ainsi que le théâtre.

Toute la nuit se passa à armer les patriotes et à recevoir défi sur défi de la section Le Peletier, des sections de la Buttedes*Moulins, du Contrat- Social, delà Comédie-Française, du Luxembourg, de la rue Poissonnière, de Brutus et du Temple*

LE 12 VENDÉMUIRB

Le matin du 12 vendémiaire, les murfî éiaiont rouverts d'affiches, qui enjoignaient à tous les gardes nationaux de se rendre chacun à leurs sections, menacées par les terroristes, c'est-à-dire par la Convention.

76 tES BLANCS ET LES BLÉtJS

A neuf heures, la section Le Pcletier se constiluait en permanence, et proclamait sa révolte en faisant batiro le rappel dans tous les quartiers de Paris.

La Convention, provoquée, en fit autant.

Des espèces de hérauts sillonnèrent toutes les rues, pour rassurer les citoyens et affermir le patriotisme de ceux à qui on avait rendu les armes.

On sentait courir dans l'air ces étranges frissons qui accusent la fièvre des grandes villes, et qui sont les symptômes des graves événements. On comprenait que, de la part des sections, la mesure de la rébellion était dépassée, et qu'il ne s'agissait plus de convaincre et de ramener les sectionnaircs, mais de les écraser.

Aucun des jours révolutionnaires ne s'était encore levé avec de si terribles avant-coureurs :

Ni le 14 juillet, ni le 10 août, ni même le 2 septembre.

Vers onze heures du matin, on sentit que le moment était arrivé, et qu'il s'agissait de prendre l'initiative.

La Convention, voyant que la section Le Peletier était le quartier général des rebelles, résolut son désarmement, et ordonna au général Menou de marcher contre elle avec un corps de troupes suffisant et des canons.

Le général vint des Sablons et traversa Paris.

Mais alors il vit ce dont il ne se doutait pas.

C'est-à-dire qu'il allait avoir affaire à la noblesse, à la bourgeoisie riche, à la classe enfin qui, d'habitude, fait l'opinion.

Ce n'était pas les faubourgs, comme il Tavait cru, qu'il s'agissait de mitrailler.

C'était la place Vendôme, la rue Saint-Honoré, les boutevards, le faubourg Saint-Germain.

L'homme du ier prairial hôsita le 13 vendémiaire.

Il marcha, toutefois, mais tard, mais lentement.

On fut obligé de lui envoyer le représentant Laporle pour le pousser en avant.

Cependant, tout Paris étail dans Tattente du résultat de ce grand duel.

Par malheur, la section Le Peletier avait pour président rhomme que sa visite à la Convention et sa conférence avec le général chouan nous ont appris à connaître, et qui était aussi rapide dans ses décisions que Menou était faible et hé* sitant dans les siennes.

Il était donc déjà huit heures du soir, quand le général Yerdières reçut du général Mcnou le commandement de prendre soixante grenadiers de la Convention, cent hommes du bataillon de TOise et vingt hommes de cavalerie, pour former la colonne de gauche et marcher sur la section Le Peletier.

Il lui était enjoint de s'emparer du côté gauche de la rue des Filles-Saint-Thomas et d'y attendre des ordres.

A peine débouchait-il à l'entrée de la rue Vivienne, que

organ paraissant sur la porte du couvent des Filles-Saint-

Thomas, où la section Le Peletier tenait ses séances, faisait

sortir cent grenadiers sectionnaires, et leur ordonnait de

charger les armes.

Les grenadiers de Morgan obéirent sans hésitation.

Yerdières donna le même ordre à ses troupes; mais des murmures se firent entendre.

- Amis, cria Morgan aux soldats de la Convention, nous ne tirerons pas les premiers; mais, le feu une fois engagé, il n'y aura plus de quartier à attendre de nous, et; puisque la Convention veut la guerre, elle l'aura.

Les grenadiers de Verdières veuleat répondre. Verdières crie :

— Silence dans les rangs i Le silence se fait.

11 ordonne aux cavaliers de tirer le sabre du fourreau, aux fantassins démettre Tarme au pied.

Ou obéit.

Pendant ce temps» la colonne du centre arrivait par la rue Vivienne et celle de droite par la rue Notre-Dame-des* Victoires.

L'asôemblée tout entière était coiivèrtië en tàtkk armdc ; près de mille hommes sortirent du couvent et se rangèrent devant lé portique.

Morgan, répéé à la main, vint se placer a dix pas en avant.

— Citoyens, dit-il en s'adressant aux sectionnaires sous SCS ordres, vous êtes pour la plupart des hommes mariés, pères de famille; j'ai donc responsabilité d'existences, et» quelque envie que j'éprouve dé rendre la mort pour la mort à ces tigres conventionnels qui ont guillotiné mon père, fusillé mon frère, je vous ordonne, aîi nom de vos femmes et de vos enfants, de ne pas commencer le feu I Mais, s'il y a uii seul coup de fdsil tiré dû côté de nos ennemis... vous le voyez, je suis à dix pas en avant de vous, le premier qui tirera dans leurs rangs périra de ma inain.

ues mots avaient été prononcés au milieu du plus profond silence; car, avant de les prononcer, Morgan avait levé son épôe en signe qu'il voulait parler. De sorte que ni les sectionnaires ni les patriotes n'en perdirent une syllabe*

Rien n'était plus facile que de répondre à ces paroles, qui alors n'eussent plus été qu'une vaine bravade» par une triple

décharge, Tiinè du côlé droite Tautrè du côte gauche; là troisième de la rue Vitientié.

Bxposé aux coups comme iitïe ciblé, Mof gàû tôiïibait uôcessairement.

L'étoonement fut donc grâtid qùàii3, àtî liett dil mot jféu! que chacun s'attendait à entendre t)i>ononcer, suivi d'ùiie triple fdsillade, dn tlt lé reprësèntànt Laportè; après s'être consulté avec le général Menou, s'avètîicër véi-s Sîdrgan, tandis que le générait criSit à ses Uoliiiliëà ^lit àtaieni déjà apprêté leurs armés .'

— Arme au pied !

Cet ordre fut exécuté stussi pdiïètiîetienîenf U seconde fois que la première.

MaisTétonnéffient fut jilus grand encore quand, après quelques paroles échangées slvec le représentant Lâporte, Morgan s*écria :

— Je ne suis ici qiiê pdut là guerre; ëi parce que J^ài Cru que Ton se battrait. Du môméilt (jiië lès cboses ée p'àssënt en complinients et en côncessidris, cela regardé le vice-prêsl* dent : je me retire.

Et, temettant son épée au fourfeaii; il alla éë donfondrô avec les sectionnaires.

Le vice-président s'avança â sa filabè'.

Au bout d'une conférence de dix iriiiiulè^ entré les citoyens! de Lalail , LapOrtè et Menou, on tit iiri riiouveidéiit s'effectuer.

Une partie des troupes sectionnaires se init eu iriafche, contournant le couvent des Filles-Saint-ïhdflisls p6\xt riîgagner la rue Montmartre.

Tandis que les troupes républicaines, deluur côté- se reliraient sur le Palais-Roy al«

Mais à pciDc les troupes de la Convention avaient-elles disparu, que, ramenés par Morgan, les seclionnaires rentrèrent en scôQe, criant d'une seule voix :

— A bas les deux tiers! à bas la Convention !

Ce cri, parti celte fois du couvent des Filles-Saint-Thomas, gagna à Tiostant même tous les quartiers de Paris*

Deux ou trois églises qui avaient conservé leurs cloches, se mirent à sonner le tocsin.

Ce bruit sinistre, qu'on n'avait pas entendu depuis trois ou quatre ans, produisit un effet plus terrible que celui du canon.

C'était la réaction religieuse et politique qui arrivait sur Taile du vent.

Il était onze heures du soir, lorsqu'à ce bruit inaccoutumé la nouvelle de l'expédition du général Menou et du résultat qu'elle avait eu pénétra dans la salle de la Convention.

La séance, sans être suspendue, était inoccupée.

Tous les députés rentrèrent, s'interrogeant et ne voulant pas croire que CQjt ordre si positif d'entourer et de désarmer la section Le Peletier, se fût transformé en une conversation amicale, & la suite de laquelle chacun s'était retiré de son côté.

Mais, lorsqu'on sut qu'au lieu de rentrer chez eux, les sectionnaires étaient revenus sur leurs pas, et que, de leur couvent, comme d'une forteresse, ils défiaient et insultaient la Convention, Chénier s'élança à la tribune.

Aigri par la cruelle accusation qui Ta poursuivi jusqu'à la mort, et môme au delà, d'avoir laissé mourir par jalousie son frère André, Marie- Joseph était toujours pour les mesures les plus âpres et les plus expéditives.

- Citoyens! s'écria-t-il, je ne puis croire à ce qu'on nous

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rapporte! La retraite devant reûnemi est un malheur, la retraite devant les rebelles est une trahison. Je désire, avant de descendre de cette tribune, savoir si la majorité du peuple français est et sera respectée, ou s'il nous faut plier sous Tautoritédes sectionnaires, nous qui sommes Tautorité nationale. Je demande que le gouvernement soit tenu de rendre compte à l'instant môme à l'Assemblée de ce qui se passe dans Paris.

Des cris d'approbation répondent à cet appel énergique.

La motion de Ghénier est adoptée à l'unanimité.

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