IB CITOYEN GARAT
Sur quelques points, et particulièrement au pont Neuf, les
sentinelles des sections et celles de la Convention étaient si
rapprochées, qu'elles pouvaient causer les unes avec les
autres.
Quelques escarmouches sans importance eurent lieu daos
la matinée.
La section Poissonnière arrêta l'artillerie et les hommes dirigés vers la section des Quinze-Vingts.
Celle du Mont-Blanc enleva un convoi de subsistances envoyé pour les Tuileries.
Un détachement de la section Le Pcletier s'empara de la Banque.
Enfin Morgan, avec un corps de cinq cents hommes, presque tous émigrés ou chouans, tous portant le collet de l'habit et le pompon vert, s'avança vers le pont Neuf, tandis que la section de la Comédie-Française descendait par la rue Dauphine. ^
Vers quatre heures de Taprés-midi, cinquante mille hommes à peu près entouraient U Convention.
114 LES B^kfiCp ET XQS, ^f^US^
On sentait dans l*air. comme des ))0u9ées de chaudes batçinçs et de3 knehaces turieuses.
Pendant la journée^ ies çpnyeuUonneîs avaièiit eu plusieurs pourparlers avec les actionnaires. Ûes deju}^ jp^Mi ^^ s'était tâté.
Ainsi, vers midi, le représentant du peuple Garât avait été chargé de porter un arrêté du gouvernement à la section de rindivisibilité.
11 prit une escorte de trente cavaliers, moitié dragons, moitié chasseurs. — Lei tetuUws ia Haséum et des gardes françaises qui s'étaient réunis à la Convention, et qui stationnaient sur les terrains du Louvre» lui portèrent les anbes*
Quant au pont Nettf, 11 était gai'dé pàf tes i^pUblieitins, commandés par t^ même gétiei'al GaHëaut qui âftlH éti Bonaparte sous ses ordres à' Toulon, et qui était bien étonné de se trouver à son tour sotls les siënâ.
Au pont au Gbange, Garât trouva un bataillon de seclionnaires, qui l^arréta. Mais Garai était un homme d^exécution;
il prit un pistolet dans ses fontes, et commanda à ses trente cavaliers de tirer le sabre hors dufbiirreau.
A la vue du pistolet ei au cli(}ttçtis du fer« le9 ciectlonnaires le laissèrent passer.
Garât était chargé d'^otratp^ U^ 3f|QMoa de )*)a4^Ti^)^^liié au parti de la GçnvQOiiou. M^ls, mlgr^ #Qi ififitilUQWi ellP déclara étrQ décidée à garder JA ^eiltri^té»
U devait, de là, B'infbraar «B^xès ta bataillon de Mon* treuil et de Popincourt si leur intention était de souleiiit les sectiounaiMs m la GMVAQten;
En conséquence, U a'aobemioa vers le famtKmrg* A l'eatrée
LES BLANCS £T LKS DLEUS 113
de |a grande rue^ U trc^uT^ le l}^tdillQn de Hontrefiil soiis les armes.
D'une seule voix, 4 la vue du reprôsentaut du peuple, la bataillon cria :
— Yive la Convention !
Garât voulut Tejipmener avec lui,
ii^ig U d^tt^ndait le bataiUon de Popincourt, qui, lui âiisâi^ s'éudt iM^ P#UF )a Convention. Seulement, on lui aiiiioDcâ qiitt 4»m^ cesito bombes du bataillon ^es QuiDze-Viogis, rés« tés e» rnièi» j^emaudai^at à maxcber au secoi^^ du cbûteau.
Garât s'informe 4^ leur position, va à eu^, et les interrogea ;
•t^ Marcte à j^tre tôle, }ui di£ent-il3| et nous te suivon^.
Gaut BMt ft ieu? tête ^ qi^ozç dragons» à leur c^ueue ses quina» (dmseuret i^arcbe au i^v^iit de la petjte troupe, le pistolet au poingi et to# ^^\\^ cen^ ^^F!^^} ^9^^ cinquante seulement sont aroiôfi pf e^negt W f;hemin 4e lai, Qonyentipn/
On passa devant le bataillon de Mon treuil ; Popinco^rt ix'étaii pas entoce arrivé. !toutreail voulait iparçber seulj^ mais sou «ommaudant exigent m oi^e de Barras,^ , ,
De lelour aux IuUiii£Lei« ^m^ l^ \\^ MRvoya par uu aide de camp.
Le batailian ae mit amitM e^i uiarc)^e. et arfiva 4'assez bonue beuro pour pnmdrfn part à i'^^tlQp,
Fauiiant ce tem'pfi, CartoW)^ ^%mi uren^F^ \? pou^maA.de»i»^tdu âéta^hnaaiil fkvea )§a^l U devait gaf^eç ^ pont 9leuf. Il n'aVail qn» troj^ f^i^ «iWi^tl^ bom^ies et deux pièces de canon. ■ •
li Ut dire h Bouapart» qu'il o» pouyai) y^mv a^^c ce pf u deftiroeSé
11 reçut pour toute i^poQsp «^^ttg ]igna ^ritc ,ea çnmiù,} os presque illisibles ;
« Vous tiendrez cependant jusqu'à la dernière extréinHI»
A Bonaparte. »
Ge fut le premier ordre écrit donné par le jeune général : on peut y reconnaître son style et sa netteté.
Hais, Ters deux heures de l'après-midii une colonne de mille à douie cents hommes bien armés, composée des sections de rUnité et de la Fontaine-de-Grenelie, s'avança sur la partie du pont Neuf qui touche à la rue Dauphine. Là» elle fut arrêtée par les avant-postes de cayalerie.
Alars, un citoyen sectionnaire, porteur d'un magnifique bouquet noué avec un ruban tricolore, sortit des rangs.
Carteaux envoya son aide de camp pour défendre à la colonne d'avancer, à moins que son commandant ne fût porteur d'un ordre du comité de salut public ou du général en chef Barras.
L'aide de camp revint accompagné du chef de brigade de rUnité, lequel déclara, au nom des deux sections, qu'il apportait la branche d'olivier et voulait fraterniser avec le général et les troupes qu'il avait sous ses ordres.
— Allez dire à votre président» répondit Carteaux, que ce n'est point à moi, que c'est à la Convention nationale qu'il tukX offrir la branche d'olivier; qu'une députation de quatre citoyens sans armes se détache, et Je la ferai conduire à la Convention, qui seule peut recevoir ce symbole dé paix et de fraternité.
Ce n'était point là la réponse^u'attendait le chef de brigade; aussi Ol-il répondre de son côté qu'on allait délibérer, et qu'après a délibération, on se reverrait de plus prés et plus fraternellement.
LES fiLÀNCS BT LES BLEUS 117
Le chef de brigade se retira, et les deux sections se rangèrent en bataille le long du quai Gonti et du quai Malaquais.
Cette disposition annonçait des projets hostiles, qui furent bientôt confirmés.
Vers trois heures , Garteanx vit s'avancer par la rue de la Monnaie une colonne si forte, que le front en remplissait toute la rue, et que, quoique placé sur le point culminant du pont Neuf, le général ne put en voir la fin.
Une troisième colonne arrivait en même temps par le quai ue la Ferraille, tandis qu'une quatrième filait par les derrières pour couper le poste du pont Neuf par le quai de rËcole.
Halgré l'ordre reçu de tenir jusqu'à la. dernière extrémité, le général Garteanx cc«nprit qu'il n*y avait pas une minute à perdre pour battre en retraite, et cela, sans laisser voir sa faiblesse à l'ennemi.
L'ordre fut donné immédiatement aux canonniers de mettre les avant-trains à leurs pièces.
Deux pelotons ouvrirent immédiatement le chemin jusqu'au jardin de l'Infante ; les deux pièces marchaient ensuite.^ Le reste de la troupe était divisé en quatre pelotons :
Un qui fiiisait face aux sectionnaires venant par la rue de la Monnaie;
Un autre qui menaçait la colonne du quai de la Ferraille;
Les derniers autres enfin 4ui protégeaient la retraite de l'artillerie. '-
La cavalerie resta formée au milieu du pont Neuf pour arrêter la colonne de l'Unité et masquer la manœuvre.
A peine le général eut-il pris position au jardin de llafante,
qu'il rappela à lui les deux pelotons faisant face à la rue de
la Monnaie et au quai de la Ferraille, ainsi que la cavalerie
118 LES BLÂ!fGS IT LES BLEUS
Le mouvement se fit dans le plus grand ordre, mais le poste abandonné fut aussitôt occâpé par les ité^^è sdëtitatoifès. ^ Pendant ce temps, (jËi*îlt retendit àteë Ètê «fÉfinè irdgoQÉ« ses quinze ctiassetirs et sëé deux tfîKÉi KëiUtËëë é% Ut BêêHkÊn des Quinze-Vingts, dont cinquante seulement €tidMC ëMMi
Le pont Neuf était IiéHsse debaiottnettëft. Il trot im Grêlaient celles des t'ét^ublicaiÉis qu'il y avait Iftifisé^i Maië) toKhque sa colonne fût ëtigàgéë, il fëixmtiiiti «ttx ëoli«lë et in pompons verts, qti'U 6e ti'bbvàit, Hdtl-sëiiiëfflëUI an lâiliiti d*uii corpë de sectiôtlnaires, iuai^ d^itt létif^ et mmànêé
Au même instant, le cbmmandant dé \t trOu^i (^i tt*élait autre que Môi^gan, s*aVaïi^a tei^ l«i, eii le l^ec%mii«ttlrt pour ravoir vu à la Convention.
— Parddn, monsieur Oâraf^ Itti dtMl m MMait li ebapeau à la fllaiti et ed liil faisait un dàlËtf il fil» éeubte que Vous êteé datië i'ëMljâf l'as, ]e VoùdHIié VMi «Iri In«i àqa^l^ que chose ; que désirez-vous ?
Garât le reconnut de ibn côté, èi icoinpâl la |rtainMërle. Mais, désirant le prendra sûr tiii èutrë i^h. :
— Je désire, tntmsieur te président, dil^i! im iMiaail un pistolet, que voue me livriez patiisâgei ft vMi et ft ftiii iMfafttdi»
Mais Morgan dèàtintlà dé prelid^é là dhcfse ^n plrtisalitcint.
— Rien de plus jUâte, dit*'!!, et n6ti§ t^é le éérùQ$ bien, quand ce ne serait que pour répondre à i'hounételé éH général Garteaux, Qui vient de tiOUft Uvi^r^ Bêm «oup Ui^^ le poste que nous occupons. ^
^ » Seulement, désarmez votre pistolet. Un malheur e^ A mie arrivé. Supposez que le t-bup jiètrte par accident, on croirait que vous avez tiré sur inoi, et mes honimes vous hietli*aiet!t en morceaux, vous et votre petite troupe, qui est à moitié désarmée, comme vous voye»; ce qui me ierait irèe-désa-
LES BLANCS BT LES BLBUS 119
gréable» attendu que Ton dirait que nous avons abusé de la mpériotiié à\L mmbmi - «
' Garât 4é8ariDÀ SOr J^iêlëlel.
- Mais eoftfij d^ifienéâ^il) dlàni ^M hni ites<t(Hte Idf
- Vous le ^oyeA bien^ dit e& Maiit Mdl^», ft(M Veuona au secours d0 la Gontefltiofl. ^
^ Ctomiâaiidâbt, dit GHM t^l^feattMut ft iioh (M)', il ft)h eonveniF que feuâ ttvea Hué singaUél'e faëoti de BëeMtHl* tes
- Allons, je vois bien que vous ne me ct^)tt t)aK, (ih MergAti, et je »i%pefÇoiri <}u1lflBiai "Mds dii^ tdtltë tt irérlté. Uh bien , neoè sètomës éëtlt ttiille * Pérli^^ et Utt iidilotl fib France, n'est-ce pas, Gosier?
Le jeuM muAcaditi auquel il fiTMl^stil et qttl èUit kfmô jusqu'aux dente, se eottlefiia de fairi» ith ilg&e gi^gtteâaM db la létU) at dt laUser ôGlia(){wr d'aa« toi& flûtéo 16 fiit^f !
-Plus!
-Vous f of 81, dottiiida Morgàfi, voilà ffldn âmi iàlM^Vi^dl^, qui est un homme d'h»aneut$ et qui affirme ce que je Viens de dire. Eh bieb, noua Mmdied fdtis de eedt ttililé & Htië^ et ^aa d'un oiilUon an Prauce^ qui avons iûîé Télciél^minalion des conventionnels, et l'anéantissement du monument Ofi li jugement contre le toi a été rendu, ^ d'oti eûUt parties, comme des vols d'oiseaux funèbres, tant de condamnations à mort. Il faut non-seulement que les hommes soient punis, mais encore que Texpiation s'étende jusqu'aux pierres.
« Demain, pas unconvenlionnelne sera vivant; demain, le palais où siège la Convention sera rasé. Nous sèmerons du sel à la place où il s'élevait, et le terrain sur lequel il était Dûti sera voué à rexécratlon de la postérité.
«- Si vous êtes si sûr du résultat de la journée, comman*
daut» dit Garât reprenant le ton de la plaisanterie que Morgan avait quitté, il doit vous être indifférent d*aYoir à com* battre deux cents bommes de plus ou de moins. ^
•^ Complètement indifférent, répondit Morgan.
— En ce cas, pour la seconde fois, laissez-moi passer ; Je désire mourir avec mes collègues et avoir poul* tombeau cette Convention que vous devez renverser sur eux.
«- Alorsi descendez de cbeval, donnez-moi le bras et marchons en tête.
— Messieurs, dit Morgan avec cette inflexion de voix qui, sans désigner l'incroyable, dénonçait l'aristocrate, soyons beaux joueurs*
»Le citoyen Carat demande à aller défendre avec ses deux cents hommes, dont dnquante seulement sont armés, la Gon« vention nationale. Sa demande me parait si Juste, et la pau*. vre Convention me semble si malade, que je ne crois pas que nous devions nous opposer à ce bon sentiment.
Des éclats de nre ironiques accueillirent cette motion, cmi n'eut pas même besoin, pour être adoptée, d'être mise aux voix. Chacun s'écarta, et, Morgan et Garât entête, la colonne passa.
— Bon voyage! leur cria Saint*Victor.
L£S AVANT*POSTCS
Morgan fit semblant de ne pas s'apercevoir qu'il dépassait les ayant-postes des sectionnaîres. Seul des siens, tout en causant, donnant toujours le bras à Garât» il s'avaoça Jusqu'à la colonnade.
Horgau était un de ces hommes de loyauté sincère qui ont confiance même dans leurs ennemis, et qui sont convaincus qu'en France surtout, ce qu'il y a de plus prudent, c'est le courage.
Arrivé à la colonnade du Louvre, Morgan se trouvait à vingt pas du front des conventionnels et à dix pas du général Garteaux, qui, magnifiquement vêtu et coiffé d'un chapeau orné d'un panache tricolore, dont les plumes en retombant venaient lui tourmenter l'œil, se tenait debout, appuyé sur son sabre.
— Vous avez là un bien beau tambour-major, dit Morgan à Garât, et je vous en fiaûs mon compliment.
Garât sourit.*
Ce n'était pas la preûiiére fois que, volontairement ou in« volontairement, la méprise était faite.
-. Ce n'est point notre tambour-major, reprit«il, c'est notre commandant, le général Garieaux.
— Ahl diable 1 c'est lui qui aurait pu prendre Toulon, et qui a préféré le laisser prendre à un petit officier d'artille- Icrie, nommé... comment Tappelez-vous donc?... nommé Buonaparte, je crois... Ah! présentez- moi donc à cet honnête citoyen; j'adore les beaul hommes et surtout les beaux uniformes. ^
— Volontiers, dit Garât. * Et tous deux s*avaneèrent véri Oa)rte&tix.
— Général, dit Garât au colosse en uniforme, j'ai l'honneur de te présenter le citoyen président de la section Le Peletier, qui non-seulement vient de me livrer galamment passage au mli^u 4^ f^ ïu^VfïîAWf Vkw qi^t, enporii, 4# pewr qu'il ne m'arrivât iqalheiir, m you1<i m'accgmpQ^Qjer i^sq4'lci.
— Citoyen, dit Garteaiix epi sq redr^sj^at P^ur J^ P^ I^f * dre un pouce de sa taille^ je me joins au citoyei^ çp|[iyi^Qtioanel Garât pour te foire mes r&mV(Ams^\Sf
— Il n'y a pas de qvoi^ généra], r^PQm;}!; MQ^e^l^ %veç sa courtoisie acci^gitiimëe. J« vpHS yoy^is deJ^ii))j'épr(HiTai0ip besoin de faire votre connaissance; puis je Voulais yoi^^ demander «'il n^ Toof plaif $4t pa^ de SHHIfk ^^ s^uf «9j|-
sion de sang le poste qm nfmê ws^m^ f PHi mm ^¥9^ q^
l'autre. A
— Est-ce un raiUerie w «od prepiMâtion t deioanâa Q^r« teaux en grossis^aut eûcoro «a grosse voix*
— C'est une proposition, répondit Morgan, et mémeaao des plus sérieusep. ^
— Vous me pantiSB«a IropHiittinid de gtt0rr6, citoyetl, reprit Garteaux, pour ne pas comprendre la difféi'enoe tftt'il y a entre cette position et l'autre, i/aiitre Itait «tta<}tiâb]o de quatre côtés, et celle-ci n'est abordAtâé 4^ ^ ^^^ seulement. Or, vous voyez, citoyen, deux piéeeâ de canon prêtes
LES BLAHGS St 1.6» fiL£US i23
à teceVôil* Ceux (fui vtondfonl par ta gniMi «t ^jhui fiMr^ pièces en mesure â^ëcott^iUic cwx qui Yi0A«i4rj(H^l (^ li^ r^o Saiat-Honoi*.
e — Mais pourquoi M raBQfflflÉQeir^ttf j^ le ^iiy gâiuU'al ? détnanèt iiiâëtlâiliMMRil i| ton fj^ésiià§n\f ]\ti^ )iiffi^II^ portée 0ë ewièNSr ëës }arâlM do VlnliiWl^ m P9Pl Ili^^f, u^e centaine ié pas i peine.
— Le généra}, qui veut laisser toute la responsabilité du
sang Tersé aux seclionnaimei ÏÏQm i jpQfétîlfW^'t^ ^^^i!^ de tli^ lés prêtâtes.
— Quel «êtiéral ? Borias t
— Hdfli L« eéaéjrf 1 tonapsrte»
— Tiens! tiens! tiens! votre petit offici^ de Toulon? lia doûô fiût son cittfDi&i f | le TPÂi4 géj^^rf^ CCMDuie v(»us?
— Plus général que moi, dit f|^t^^^^f pujis(^e je suis sou9 ses (Hrdm*.
— Ah! comme ça doit vous être désagréable, citoyen, et quelle ifilusiiqit yç^B qui avez^ pré^ 4^ §ix pieds, obéir à un jeune homme de vingt-quatre an^^ et qui n'a, à ce qu^oa dit, qu^einq pie4f lui pouc^l
•— Vous »e le connaissez pas? demanda Garleaux.
— ^oUf. je n'ai pas cet honneur.
* Ëh bien, commencez le fèu, et, ce soir...
— Ce soir?
- Ce soir, vous aurez fait connaissance âVeC lai, je ne vous dis que cela.
En ce moment» on entendit battre aux champs, et, pa? la porte du Louvre, on vit sortli* un êlégaût état-major ^ m ittilieu duquel Barras se distidguaît i^al* une éiéganoe plus grande et Bonaparte par tine eltréme simplicité.
U était maigre, petit, compote ^ousl'avog^ ^t, et, comme dQ
lî'4 LES BLAMGS BT LES BLEUH
Tendroit d'où le voyait Morgan, on ne pouvait distinguer les admirables lignes de son visage» il paraissait sans importinoe, marchant, d'ailleurs, le second après Barras.
— Abl ah! fit Morgan, voilàda nouveau!
— Oui, dit Garât. Tenez I c'est justement le général Barras et le général Bonaparte qui vont visiter les avant-postes.
— Et lequel des deux est le général Buooaparte? demanda Morgan.
— Celui qui mcmte le cheval noir.
— Mais c'est un enfant qui n'a pas eu encore le temps de grandir, ilit Morgan avec un haussement d'épaules.
— Sois tranquille, dit Carteaux en lui posant la main sur Tépaule : il grandira.
Barras, Bonaparte et le reste de Tétat-maior s'avancèrent alors vers le général Carteaux.
— Je reste, dit Morgan à Garât, je veux voir ce Buonaparte de plus près.
— * Alors, cachez-vous derrière moi, répliqua Garât, ou derrière Carteaux, il y a plus de place.
Morgan s'effaça et la cavalcade s'approcha du général.
Barras s'arrêta à la hauteur du général Carteaux , mais Bonaparte fit faire trois pas de plus à son cheval et se trouva seul au milieu du quai.
U était à demi- portée de mousquet.
Quelques fusils s'abaissèrent vers lui dans les rangs des sectionnaires.
Morgan se jeta aussitôt en avant, et d'un bond se trouva on avant du cheval sur lequel Bonaparte était monté.
Puis, d'un geste de son chapeau, il fit relever les mous^^ quels.
Bonaparte se haussa sur ses étriers sans paraître avoir re« marqué ce qui venait de se passer devant lui.
Le pont Neuf, la rue de la Monnaie , le quai de là Vallée, la. rue de Thionville et le quai Conti Jusqu'à Tlnstitnt, regorgeaient d'honunes armés ; aussi loin que la vue pouvait 8'étendre, sur le quai de l'École, le quai de la Mégisserie, le quai des Morfondus, on ne voyait que fusils reluisant au soleil, pressés comme des épis dans un champ de hlé*
— Combien estimez-vous qUe vous avez d'hommes devant vous, citoyen Carteaux ? demanda Bonaparte.
-* Je ne saurais trop dire, général, répondit Carteaux. En rase campagne, je ne me tromperais pas de mille hommes; mais, au milieu de ces rues, de ces quais, de ces carrefours, je ne saurais apprécier sûrement.
— Général, si tu veux avoir un chiffre juste, dit en riant Garât, demande au citoyen qui vient d'empêcher qu'on nç tire sur toi. Il pourra te répondre pertinemment.
Bonaparte abaissa les yeux sur le jeune homme, et, comme s'il l'apercevait pour la première fois :
— Citoyen, dit-il en faisant un léger salut de la tête, te] plait-il de me donner le renseignement que je désire?
' — Je crois que vous avez demandé, monsieur, dit Morgan affectant de donner cette qualité au général républicain, je crois que vous avez demandé le chiffre des homoies qui vous sont opposés?
—Oui, dit Bonaparte en fixant un œil incisif sur son interlocuteur. «^
— Devant vous, monsieur, reprit Morgan, vous pouvez avoir, visibles ou invisibles, de Irente-deox à trente-quatre mille hommes; du côté de la rue Samt-Roch, dix mille hommes; de la place des Filles-Saint-Thomas jusqu'à la bar-
riére des Sergents, dix autres mille hommes: cinquante-six mille hommes enviroQ.
•^ G'iest t(Hit? demanda Bonaparte, ^ — - Trouvez-Yous que ce ne soit point assez liôiii: faire fdce à vos cinq mille combattants?
— Et tu dis que tu es sûr du obiiïre i répondit Bohàfiartd ^ps répondre à la quesiion.
— Parfaiteipent sûr. h suis un de leurs principaux chefs. Un éclaif jaillft de rœil du jeune générai , qui r^ardâ
fixement Carteaux,
*- G^oinient le citoyen sectionnaire est-il ici? deihàiidd-l-il; ^itril ton priSQnuier?
•-* Nou, citQyen général, répondit Garteaux.
— Est-il venu en parlementeirç ?
-rr Pw iltvantage.
Bonaparte fronça le sourcil,
— Mais il est dans vos rangs pour une cause quelconque cependaiit? pi^ur^vivit-il.
— Citoyen général, dit Garât s'avançant, Je suis tombé avec cei)( c^iquapte bo^imes saus armes , que j'étais allé recruter au laubourg Saint-Antoine, au milieu de la troupe du citoyen Horgaa. Pour qn'ilne m'arrivàt içalheur^ ni 4 moi ni à mes cent cinquante hommes, il m'A accompagné jusqu^ci, avec une loyi^uté et jome générosité qui méritent nos remerciments. Citoyen Morgan, je te remercie donc du service qu$ t^ m^as rendUi et je déclare que non-seiilèmen sous aucun prétexte nous n'avons le droit de te retenir, mais t^nc^re qu'^)^ te retenant nous ferions une 9Ption contraire à la loyauté ejt 9U droit des gens. Citoyen général Bonaparte, je te den^ande donc pour le citoyen la pcrajission de so retirer*
Et Garât, s'avançant verç Morgan, lui donna une poignée de main, tandis que le général Bonaparte, étendant le bras vers les ayant-postës seçlionnaires, tUsait signe ft Mbl'gàn de rç^agner les siens.
^ Ce que celui-ci, après dvoi^ salué courtoîseaiètit Sôtiâparte, fit en marcbaat i petits pas et en sifilunt Tuif de Id Bélte Gabrieile.
LES MâftfilM P« Hl%Trii9Qn
Lorsque Morgan eut rejoint les sectionnaires et fait face au général, qui le salua oette fois en tirant son épée du tour* reau, Bonaparto se retourna yers Garteaux et lui dit :
* Tu as bien fait, général; malgré i^ordre que j^avais 4onné, d^abandonner le pont Neyf. Tu ne pouvais pas, avec trois cents hommes, tenir contre trente-quatre mille; mais, i£i, tu as plus de tnille boinmes; ici, ce sont les ïhermopyles de la Gonveotion^ et il s'agit de t'y faire tuer, toi et tes mille bommes, plutôt que de reculer d'un pas. ^ Venez, Sarras. ^3urras salua le général Garteaux, et suivit Ëonaparte, comme s'il était déjii accouïtiiné ^ recevoir des ordres de
Saivaat alors le quai, le jeune général ordonna de mettre, cin peu au-dessous du balcon de Charles IX, deux autres pià- J3S de canon en batterie pour fouetter le flanc du quai Gonti. Puis, continuant de suivre le quai, il rentra dans la cour lu Carrousel.
11 était sorti par le pont tournant, situé à l'extrémité des ruileries, avait traversé la place de la Révolution où se trouvait une forte réserve d'hommes et d'artillerie, avait suivi la ligne des Feuillants, de la place Vendôme, du cul-de-sac du Dauphin, de la rue Saint-Honoré, puis il était ressorti par le Louvre et était rentré par le Carrousel.
Au moment où Bonaparte et Barras disparaissaient dans le Carrousel par la porte du quai, on leur amenait, avec tout le cérémonial des villes de guerre, un parlementaire par la porte opposée, c'est^-dire par le guichet 4e l'Échelle*
Le parlementaire marchait précédé d'un tro,mpette.
Interrogé sur sa mission, il déclara être porteur des propositions du citoyen Danican, général en chef des sectionnaires.
Le parlementaire fut conduit par les deux généraux à la salle de la Convention.
On lui enleva le bandeau qui lui couvrait les yeux« et alors, d'une voix pleine de menaces, il offt'it la paix» mais à condition qu'on désarmerait le bataillon des patriotes, et que les décrets de fructidor seraient rapportés.
 ce moment, ou vit s'opérer à la Convention une de ces défaillances comme en éprouvent parfois, à leur honte, les grandes assemblées. ^
Bt la chose étrange fut que la faiblesse éclata justement chez ceux où l'on croyait trouver la force.
Boissy d'Âoglas, si grand, si ferme^ si antique au i«' prai-
LES BLANCS ET LES BLEUS l!2i9
rla], monta à la tribune et proposa d^accorder à Danican, non pas ce qa'il demandait, mais une conférence où Ton pourrait s'entendre. ^
Un autre proposa de désarmer tous les patriotes de 89 dont la conduite, dans le cours de la Révolution, aurait été répréhensible.
Enfin, un troisième proposa, ce qui était bien pis, de se livrer à la loyauté des sections,
Lanjuinais, Thomme qui avait si résolument lutté contre les jacobins, Lanjuinais, qui avait osé s'élever contre le» massacres de septembre, Lanjuinais eut peur et fut d'avis d'accueillir les réclamations des bons citoyens.
Les bons citoyens, c'étaient les sectionnaires.
Un conventionnel alla plus loin encore, il s'écria )
— On m'a dit que, dans le bataillon des patriotes de 89, il B^êtait glissé des assassins. Je demande qu'on les décime.
Nais alors Ghénier s'élance à la tribune.
Le poëte, au milieu de toutes ces têtes, lève son front, inspiré, cette fois, non plus par la musé du théâtre, mais par le génie de la patrie.
— En vérité, dit-il, je suis émerveillé, qu'on ose vous entretenir de ce que demandent les sections en révolte. Il n'y a point de milieu pour la Convention. La victoire ou la mort! Quand elle aura vaincu, elle saura séparer les gens égarés des coupables. On parle d'assassins, s'écrie Ghénier, les as* sassins sont parmi les révoltés. ^*
Lanjuinais monte à la tribune, en disant : ^
— Je vois d'ici la guerre civile. ' Yin^t voix répondent en môme temps :
— La guerre civile, c'est toi qui la fais!
Lanjuinais veut répliquer.
|:^s cris « A 1)9§ I ^ b^is 1 » partent ^e tous les coins de la salle. ^
U çst vri^l qu*PQ yient de voir apporter an général BopftBirte de? f^sc09W^ 4e fpsils.
— Pour qui ces armes 1 crie line voix.
-^ Pq197 li GonyepUon, si elle en est digae, répond Bonaparte.
Le ^9pi9p 4)^ je^ne général passe dans toi^s ks. cœurs.
— D^s armes 1 4ounez-npus des atmes! priept les conVentipnQel^^NQiis mourrons en comt^itai^t.
La GonventiQPi i|a instapt abaissée, se relève. La vie n'ç§t psts sauve encore , mais rhonneur est sauf.
POQ^part^ profitvê de cet éplç^ir d'ent]iousias[pe quit ii attu-
Chaque député re^pU HU fusil et m paquet de cartoticlicâf. Barr^ S'éprjg :
— r{pu9 fdlpps D^o^rir d^ns la rue pour défendre ta tïônvention; c'est à vous, au besoin, de mourir Ici pour défendre la liberté!
ÇJiéniep, qi^ ^ été le ))érP3 4^ 1^ séaùce, monte à fa tribune» 6^ avjsc ciette emphase q^i Q'est pas exeinpte d'une certaine gr^dei^r, les \>Tm li^vés ^^ ciel :
-rrO toi 1 4iM(| qui depuis si^ ans, au milieu des plus alTreuses tempêtes, as conduit le vaisseau de la Révolution à travers les écuei|s de tous les partis!... toi, par qui nous avons vaincu TEurope avec un gouvernement sans gouvernants^ des armées sans généraux, des soldats ^ans paye, génie de la Liberté, veille sur ijous^ (es derniers défenseurs î
En cet instant, coQ^e si tes vœux de Clfénfer étaient exaucés, les premiers coups de feu se font entendre.
CInquo député saisit son fusil, et, deboj^t à sa pjace, déchire 1^ certoiiçHe et Iq cftdrgg,
00 f^t ua momqi}) aQl^nuel que pelui où Ton n^entçndit plus qu0 )e froi^^emôQt 4^ la baguette de fer dans le ca< iMUl du fflQpsquQt,
^ Pepîlis le »alio, Je» r^pfelicains, proyoqi^ép p^r les injures 1^^ plRSgrps^iëreSi el fig temp3 eu t^mpsinême p^r quelques coups de fusil isolés, obdis^j^ieQt avec une héroïque patience t^ rordrp qui défea^^t dç faire feu.
jtfdi»! aKaqués cette fojs p$ir ^es coups de feu qui étaient partis d'une epur dout les sectiopn^ires s'étaient en^paré?, voyant un républicain tomber mort dans leurs rangs, voyant plusieurs blessés, chanceler en demandant vengeance, ils avaient répondu par une décharge de peloton.
Bonaparte, aux premiers coups de fusil, s^était élancé dans la cour des Tuileries.
— Qui a commencé le feu? s'écria- t-il.
— Les sectionnaires! lui répondit-on de tous côtés.
— Alors, tout va bien l âît^il. Et c^ ne sera pas ma faute si nos uniformes sont rougis de sang français
Il écoute.
Il lui semble alors que c'est vers Saint-Roch que le feu est le plus vif.
1 met son cheval au galop, trouve aux ('euillàuts deux pièces, qu'il a ordonné d*y mettre en batterie, et^rrive avec ailes au haut de la rue du Dauphin.
L^ r|ie du Dauphin est une fournaiée.
I>es républicains tiennent la rue et s'y défenâiônt.* Mais les seclionpaires, maîtres de toutes les fenêtres, groupés en amphithéâtre sur les marches de rég]i:;e Saint-Roch, les sectionnaires les couvrent d'une gréle de balles
132 LES BtANGS ET LSS BLfîDS
C'est alors que Bonaparte arrive, précédé de ses deux pièces et suivi du bataillou de 89.
Il donne Tordre aux deux commandants de déboucher dans la rue Saint-Bonoré, sous la fusillade et malgré la fusillade, par un demi-tour, Fun à droite» l*autre à gauche.
Ceux-ci enlèvent leurs hommes, opèrent la manœuvre commandée, font feu dans la direction, l'un, du Palais-Royal» l'autre, de la place Vendôme, et au même instant entendent passer derrière eux un ouragan de fer.
Ce sont les deux pièces du général Bonaparte qui tonnent à la fois et qui couvrent de mitraille les marches de Tégliae Saint-Roch encombrées de cadavres, inondées de sang!
LA DÉROUTB
Quand la fumée des canons fut dissipée, ce qui était resté debout des sectionnaires sur les marches de Téglise Saint- Bocii put voir, à cinquante pas d'eux, Bonaparte à cheval au milieu des canonniers qui rechargeaient. -^
Ils répondirent à la mitraille par une fusillade ardente.
Sept ou huit canonniers tombèrent; le cheval noir de Bonaparte s'affaissa, tué roide d'une balle au front.
•"• Feu l cria Bonaparte en tombant.
Les canons tonnèrent une seconde fois.
Bonaparte avait en le temps de se relever.
Il avait embusqué le bataillon de 89 dans le cul-de-sac du Dauphin, où celuî-d avait pénétré par les écuries..
— À moi les volontaires! cria-*t-il en tirant son épée.
Et le bataillon des volontaires arriva la baïonnette en avant. •
C'étaient des hommes éprouvés , qui avaient vu toutes les premières batailles de la Révolution.
Bonaparte avise un vieux tambour qui se tenait dam un coin.
— Arrive ici, lui dit-il, et bats la charge.
— La charge, mon fiston ! dit le vieux tambour qui voit qu'r a affaire à un jeune homme de vingt-dnq ans , tu veux If charge? Tu vas ravoir, mais ça sera chaud.
Et il se met à la tète du régiment de 89 et bat la charge.
Le régiment marche droit aux degrés de Saint-Roch, et cloue de ses baïonnettes contre les portes de l'église tout ce qui reste de sectionnaires encore debout.
— Au galop, et à la rue Saint- Honoré I crie Bonaparte. Les pièces obéissent comme si elles comprenaient le com
mandement.
Pendant que le bataillon des volontaires marchait sur Saint-Roch, elles ont rechargé.
— Tourne à droite ! crie Bonaparte à l'une de ses pièces.
— Tourne à gauche! crie-t-il à l'autre.
Et à toutes deux en même temps :
-Feul
Et dans toute sa longueur il balaye, avec deux coups de canon à mitraille, la rue Saint-Honoré.
Les sectionnaires, foudroyés avant de pouvoir se rendre U 8
'Î3i LES BtANGS ET LES BLEUS
compte de quel côté leur vient iafoiJ\(lre, se réfugient dans l'église Saint-Roch, dans Je théâtre de |a République^, aujourd'hui le Tliéâtre-f rançais, et dans le palais Égalité. . l! les ,1 mis en fuite, dispersés, brisés. Aux autres à lesdébuscjqer de leurs derniers retrs^nçhements.
Il monte sur un cheval qu'on lui amène, et crie au régirapnt des patriotes de 89 :
— Patriotes de 89, l^hônheurde f^Jpufnéeest à vous! Acheve2^ ce que vous avez si bien commencé.
Ces hommes, qui ne le connaissent pas, s'étonnent d'être commandés par un enfant, l^ïajs ils. viennent de le voir à rpeuyre, et ils sont éblouis de son calïpe au milieu du feu.
À peine savent-ils comment, on rappelle; & coup sur, ils ne savent pas qui il est.
Ils nl^tte^t ^ejir^ chapeaux {lu bout de leurs fusils et crient ; '
-r Vive la Cpnyentjoti !
Les blessés couchés Iq long des maisons se soulèvent sur les marches ijps por(cs, se soutiennent ^ux grilles des fenêtres, en criant :
— Vive la République!
Les rues sont jonchées de paorls. Le sang coule dans les rues comme d*un abattoir, mais Tentljousiasme plane audessus des cadavres.
— Je n'^i plus rien à faire ;ci, dit le jeune général.
Il enfonce les éperons dans le ventre de son cheval, et, par la place Vendôme devenue libre, presqu'au milieu dos fuyards qu'il aTair de poursuivre, il arrive à la rue Saint-Florentin et, de là, à la place de la Révolution.
Là, il donne.au génén)l Montchoisy, qui commande la nS serve. Tordre de former une colonne, de prendre deux lâiVes
de 12, de se porter par le boulevard à la Porle-Saint-Honorô pour tourner là place Yendômei d'opérer sa Jonciiôu avec lo piquet qui est à rétat-majbr, fûe des Capucines, et, avec ce pi(lûet, de redefecdndre la place Vendôme et d'en cbassor tout ce qu'il y trouvera de sectiomiâîrdé.
En même letiips, le gênerai Bl'unc, stîlon l^drdre qtfil en a reçu de Bonapàfte, déboiiche pai* les i^es Saint-Ritàlse et Saint-Honoi-ê.
Tout ce qtafil y a dé sëctionnâires, dé la barrière des Sergents à )a place Vendôme , attaqué par trois endrcÀts diirérents, est tué ou fait prisonni^.
Ceux qui se sautèrent pdr 1* r U0 de lu Loi > anoltntie rud de Richelieu, ëleTërent une ban*ieftde à la hauteur éè Di »Ué Saint-Marc.
C'était le général Danican qui avait fait eel eflP»rtavee uue dizaine de mille hommeâ qû'û «mit péunie sur le yoint le plus proche de la Gonveution , espérant qu^il n'aurait que le guichet de l'Échelle à forcer pour arriver jusqu'à FÂssem'- Mêe.
Voulant se réservât twit llKAatn^ de It jouraée) il «vail défendu à Morgan, qui commindait «u |ioat Httttfi et i Cûlter de Saint^Vietori qui owinjmdail 4u qiw Qm^à ^ fyw un seul pas.
Tout à coup, Morgan le vit redescendra, ^vcie le» débfi^ 4^ ses dix mille hommes, pa^p las Halles «t par }a (tlace du dUiiclet.
L'impulsion qu'il donne s'êteQd à la fQis au quai du Louvre et auquaiConti.
C'est ce mpuvement qu'a prévu Bonaparte, lorsqu'il a quitte Saint- Roch.
De la place de la Révolution, où il se trouve, il les voK
S'avancer en colonnes serrées, d'un côté, vers les jardins de de l'Infante; de Tautre, vers le quai Halaquais.
U envoie deux batteries prendre position sur le quai des Tuileries, et leur ordonne de commencer le feu en écharpe à rinstant même en traversant diagonalement IS rivière. Quant à lui, il zemonte au galop jusqu'à la rue du Bac, fait tourner trois pièces de canon toutes chargées vers le quai Voltaire, et crie : « Feul » au moment où la colonne débouche par rinstitut.
Obligés de se masser pour passer entre le monument et le parapet du quai , les sectionnaires présentent une masse Mroite mais profonde; c'est alors que Tartillerie éclate, que la mitraille fouille les rangs, et littéralement coupe les bataillons comme une faux.
Labatterieest de six canons, dont tipis seulement font feu, pendant que les trois autres sont rechargés et tonnent à leur iour.
C'est un double tiroir, qu'on ramène à soi et que l'on repousse, de sorte que le fea est incessant.
Les sections hésitent et reculent.
Coster de Saint-Victor se met à leur tête, les rallie, et, le oremier, franchit Fétroit passage.
Ses hommes le suivent.
Le canon retentit en flanc et en face.
Tout tombe autour de Ck)ster, qui reste debout à dix pas en «vaut de la colonne mutilée, dont le tronçon se relire en arrière. ♦
Le Jeune chef monte sur le parapet du pont, et, de là, cx« posé à tous les coups, appelle à lui ses l^opunçs, les eucou:; rage, les insulte»