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LES fiLAMCS ET LES BLEUS 137
Sensibles à ses sarcasmes, les sectionnaires tentent encore une fois le passage.
Coster descend du parapet et se remet à leur tête.
L'artillerie fait rage, la mitraille plonge dans les rangs, chaque biscaïen tue ou blesse trois ou quatre hommes ; le chapeau de Coster, qu'il tient à la main, est emporté. Mais Touragan de fer passe autour de lui sans le toucher.
Coster regarde autour de lui, se voit seul, reconnaît Timpossibilité de rendre le courage à ses hommes, jette les yeux sur le quai du Louvre^ voit que Morgan y livre un combat acharné à Garteaux, s'élance par la rue Mazarine, joint en courant la rue Guënégaud, par la rue Guénégaud se retrouve au sommet du quai Gonti, tout jonché de morts, exposé qu'il est aux pièces en batterie sur le quai des Tuileries, rallie sur sa route un millier d'hommes, traverse avec eux le pont Neuf et débouche, à leur tête, par le quai do rÉcole.
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LA VIGTOIRB
Et, en effet, de ce côté aussi le combat était terrible. Â peine Morgan, qui bouillait dUmpatience, eut-il entendu la voix de Danican^ qui, bien loin derriëfe lu| ^çore, crjait :
« En ayant! » qu'il se précipita avec la rapidité d'une avalanche sur les troupes de Garteaiix. ^
Le mouvement fut si rapide, que celles-ci n^eurent point le temps de porter l'arme à l'épaule et de faire teil. Elles lâcliôrent leurs coups de fusil au hasard, et rèçutetit Mofgan et ses hommes sur leurs baïonnettes.
La batterie du balcon de Charles IX faillit être prise, tant le mouvement fut inattendu.
Les sectionnalres n'étaient pas à dix pas de rembouchuic des pièces, lorsqjie les canonniers abaissèrent les mèches et tirent feu instinctivement.
11 est impossible de peindre la trouée horrible et sanglante que firent, au milieu de ces hommes pressés les uns par les autres, les trois pièces d'artillerie, éclatant à la fois.
Ce fut comme une brèche dans une muraille.
L'élan des seclionnaires était si rapide, que, malgré cette brèche, ils ne se fussent pas arrêtés. Mais, au même instant, la colonnade du Louvre se couvrit de tirailleurs, dont le feu plongea dans les rangs des sectionnaires.
Une lutte corps à corps avait lieu pendant ce temps-là sur toute la place du Louvre.
Les sectionnaires, en effet, étaient pris entre deux feux : toutes les maisons de la rue des Poulies, de la rue des Fossés-Saint-Germain-rAuxerrois et de la rue des Prêtres, donnant sur les jardins de ilufaûle, voâiissaient la mort.
Morgan s'était promis à lui-même de faire Garteaux prisonnier; il était arrivé jusqu'à lui, mais Garteaux s'était mis à l'abri derrière les baïonnettes de ses soldats.
Pendant un instant, ct^ fut comme un duel à mort sur toute la ligue.
Les seclionnaires, repoussés [varies baïonnettes, reculaient
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4'Mn pas, rechargeant leuris fusils, faLsaient feu k bout portaut, prenaient leur arme par le caooa et frappaient à cojip9 de qrosse pour ouvrir ç^te ceiQtijire 4§ p^ ^n4Ke ver^ eux. '^■
Rien ne pat la rompre..
Tout à coup Morgan sentit %^fi ^flQHQ fi^& fs^\j^i^^it derj ière lui.
L'artillerie, qui ç<H)tinuait ^e toçiier^ ^v^if cp^pé e^ deux fia colonne, qui éti^it o))lig6e d'iocjiiier i^ drgite j^iir 1^ soutenir place du liouvre.
Il s'était fait up graqci jQi^r entr^ U rue 4e (i^ M<^4P»ie et le pont Neuf, les seclionnaires i^'gsant pluf se ti»sarder i aborder le quai du LoHvr^, «t §'^riiaat 46i'fiëre )e^ n)aisons dans la ni» 4e 1» H^^Qpa^t derrière \^ p^r^pçt sur le pont Neuf,
Force fut alors à Morgan de reculer.
Mais, au moment ^i\ ftrriyait iHi-miq^ «l )a lu^fiteur du pont Neuf, Goster de Saint-Victor, à la tè^ de 3es miil^ hommes, acopurait au pa9 accéléré par la ri^ Quénégaud.
Les deui^ jeunes g^s se reconourepti poDss^rept du m de joie, et, entraînant leurs soldats par Texeoipl^, redescen* dirent avec une nouvelle furie cq .quai du Louvre qu'ils il valent été obligés d'abandonner*
Mais alors se renouvelle la môme boucherie.
Les mesures ont été si admirablement prises par Bonaparte, que le Louvre est inabordable,
L'arUUerie, la fusillade, les grenades» font pleuimr la mort de louS côtés. ^
La folie seule pourrait désorotais s'acb^aer à une pareille lutte.
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De son côté, Garteaux, qui voit Thésitation se mettre parmi les sectionnaires, lesquels ne sont , en réalité, soutenus que par le courage de deux hommes, ordonne à ses soldats de fsdre feu une dernière fois, de se former en colonne et de marcher au pas de charge sur les assaillants.
Les sectionnaires sont anéantis!
-* Plus de la moitié est couchée sur le pavé, et, au dernier rang, Morgan, n'ayant plus à la main qu'un tronçon de son épée brisée, Goster de Saint-Victor, bandant avec son mouchoir la blessure que vient de lui faire une balle en traversant les chairs de la cuisse, se retirent, comme deux lions forcés de reculer devant les chasseurs.
A six heures et demie, tout était finil
Toutes les colonnes étaient rompues, brisées, dispersées. Deux heures avaient suffi pour consommer cette immense défaite.
Des cinquante mille sectionnaires qui avaient pris part à Taction, mille à peine, disséminés dans Péglise Saiot-Roch, dans le palais Égalité, derrière la barricade de la rue de la Loi, aux fenêtres des maisons, tienneot encore, et, comme la nuit venue ne permet point de brusquer le dénoùment, Bonaparte ordonne, pour ne. pas frapper Tinnocent à la place du coupable, de poursuivre les sectionnaires jusqu'au pont au Change et jusqu'aux boulevards, mais avec des canons chargés à poudre seulementr
La terreur est si grande» que le bruit suffira à les faire fuir.
A sept heures , Barras et Bonaparte rentrent à la Gonven* lion, au milieu des députés, qui déposent leurs armes et leurs fusils pour battre des mains.
-— Pères conscrits» dit Barras, vos ennemis ne sont plus! vous êtes libres et la patrie est sauvée I
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Les cris de « Vive Barras 1 » éclatent de tous côtés. Hais lui, secouant la tête et commandant le silence :
— Ce n'est point à moi, citoyens représentants, dit-il, que la victoire est due : c'est aux dispositions promptes et savantes de mon jeune collègue Bonaparte.
^Et, comme toute la salle éclatait en hourras de reconnaissance, d'autant plus vive que la terreur avait été plus grande, on rayon du soleil couchant, glissant à travers la voûte de la chambre, vint, autour de la tête bronzée et impassible du jeune victorieux, faire une auréole de pourpre et d*or.
— Vois-tu T dit Chénier à Tallien en lui serrant le bras, et en attribuant cette lumière à un présage. Si Brutus était là !
Le même soir, Morgan, sain et sauf par miracle, passait la barrière sans être arrêté et prenait la route de Besançon, tandis que Goster de Saint- Victor, pensant que nulle part il ne pourrait être mieux caché que chez la maîtresse de Barras, allait demander un a^Ue à la beile ÂuréUe de Stjint-Âjnour.