‹ Les blancs et les bleus: 1.[-3.] sérChapitre 15 sur 29 · L'ÉPÉB DU VICOMTE DE BEAUHARNAIS · texte numérisé non relu

L'ÉPÉB DU VICOMTE DE BEAUHARNAIS

A la suite d'événements semblables àlceui que nous venons de raconter, quand le canon a tonne dans les carrefourSt

({uaod le sang a coulé dans les rues d'une capitale, il se (ait toujours dans les sociétés un grand trouble , dont elles ^pnt quelque temps à sd remetttô. '^

Quoique la Journée du 14 vendémiaire eût suffi â enlever les cadavres et à faire disparaître les traces les plus visibles du combat, ou contitiua, pendant quelques jours encore, à 8'entreteûir des détails de celte foudroyante journée, qui avait suffi pour rendre à la Convention menacée, c'est-à-dire à la Révolution et à ses auteurs, Talitorité dont ils avaient besoin pour l'établissement de ces institutions îiôùvelles dont la crainte avait produit rêvénemerit que nous avons raconté.

La Convention comprit si bien, dès le 14 au matin, qu'elle était rentrée dans là, plénitude de son pouvoir, qu'eilq s'inquiéta à peine de ce qu'étaient devenus les sectionnaires, qui, au reste, avaient disparu sans laisser d'autre trace de leur passage que ce ssing, qu^un jour avait suffi pour effacer, Aûoh. dans la mémoire des citoyens, du inoins sur les pavés des mes.

On se contenta de destituer Tétat-major de la garde nationale, de dissoudre les grenadiers et les chasseurs, qui étaient presque tous des jeunes gens à cadenettes, de mettre la garde nationale sous les ordres de Barras, ou plutôt de son collègue Bonaparte, auquel il avait a^d^é toute la partie active de la besogne » d'ordonner le désarmement de la section Le Peletier et de la section du Théâtre-Français, et de former enfin trois commissions pour juger les chefs des sectionnaires, qui presque tous avaient disparu.

On se raconta pendant quelque temps les anecdotes relatives à cette journée^ qui devait laisser dans l'esprit des Parisiens un si long et si sanglant souvenir. Ces mots splen* aidai qui serteut dé la bouche des blessés ou plutôt de la

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bouche des blessures, dans celte grande journée patriotique, étaient répétés et exaltés. On disait comment les blessés, transportés à lai Convention, dans la salle dite des Victoires, tratisformée en ambulance, y avaient été soignés par les douces mains des femmes et des tilles des conventionnels transformées en sœurs de charité.

On faisait la part de Barras, qui axpit si bien su choisir du premier coup d'oeil son second, et la part de ce second, qui, inconnu la veille, avait éclaté tout â coilp comme une majesté au milieu du tonnerre et des éclairs.

Descendu de ce piédestal enflammé , fionaparte était resté général de l*inférleur,et, pour être à iiortée de Pétat-major, situé boulevard des Capucines, où était Fancieh nàinislère des affaires étrangères, il avîiît pris deux chambres rue Neuve-des- Capucines, hôtel de la Concorde.

Ce fut dans celle de ces chambres qui lui servait de cabinet qu'un matiti on lui aùnonça la visite d'un jeune homme se présentant sous le nom d*Ëugéne Beauharnais.

Quoique déjà assiégé de solliciteurs, Bonaparte n'en était point encore à faire un choix sévère entre ceux qu'il recevait.

D'ailleurs, ce nom d'Eugène Beauharnais ne rappelait que des souvenirs sympathiques.

il ordonna donc de laisser entrer le jeune homme.

Pour ceux de nos lecteurs qui l'ont déjà vu apparaître, il y a trois ans, à Strasbourg, il n'est pas besoin de dire que c'était un beau et élégant jeune homme de seize à dixsept ans.

H avait de grands yeux , de grands cheveux noir.^, des iùvres rouges et charnues, des dents blanches, des mains et

des pieds aristocratiques , distiaction que remarqua immédiatement le jeune général, et, au milieu de rembarras inséparable d'une première entrevue, cette timidité sympathique

qui sied si bien à la jeunesse, surtout lorsqu'elle sollicite.

^ Depuis son entrée, Bonaparte l'avait suivi des yeux avec la plus grande attention , ce qui n'avait pas peu contribué à intimider Eugène.

Mais tout à coup, comme s'il -«ût secoué cette timiditô indigne de lui , il releva la tête, et, se redressant:

— Au bout du compte, dit-il, je ne vois pas pourquoi J'hésiterais à vous faire une demande qui est à la fois loyale et pieuse.

— J'écoute , dit Bonaparte,

-* Je suis le lîls du vicomte de Beauhamais.

— Du citoyen général, reprit doucement Bonaparte.

— Du citoyen général, si vous voulez, ou si tu veux-, reprit le jeune homme, dans le cas ou vous tiendriez absolument à la forme de langage adoptée par le gouvernement de la République...

— Je ne tiens à rien, répondit Bonaparte, qu'à ce qui est clair et précis.

— Eh bien, répliqua le jeune homme, je viens vous demander, citoyen général, l'épée de mon père, Alexandre de Beauhamais, général comme vous. J'ai seize ans, mon éducation de soldat est à peu près faite. C'est à mon tour de servir la patrie. J'espère porter un jour à mon côté cette épée que portait mon père. Voilà pourquoi je viens vous la demander. *» ^

'^ Bonaparte, qui désirait des réponses claires et précises, sîe* tait laissé prendre à ce langage ferme et intelligent*

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— Si je VOUS demandai?, citoyen, quelques détails plus complets sur vous et sur votre famille, dit-il au jeune homme, , allribueriez-vous cette demande à la curiosité ou à Tintérôt que vous m'iûspirez?

— J'aimerais mieux, répondit Eugène, croire que le bruit de nos aiallieurs est arrivé jusqu'à vous, et que c'est à l'inlérél que je dois la bienveillance avec laquelle vous m'accueillez.

—Votre mère n'a t-elle pas été prisonnière aussi? demanda Bonaparte.

— Oui, et c'est par miracle qu'elle a élé sauvée. Nous devons sa vie à la citoyenne Tallien et au citoyen Barras.

Bonaparte réfléchit un instant.

— Et comment l'épée de votre père se trouve-t-elle entre mes mains? demanda-t-il.

— Je ne dis pas précisément qu'elle soit entre vos mains, général, mais je dis que vous pouvez me la faire rendre. — La Convention a ordonné le désarmement de la section Le Pelelier. Nous habitons notre ancien hôtel de la rue Neuvedes-Mathurins, que le général Barras nous a fait rendre. Des hommes se sont présentés chez ma mère, pour qu'on leur remit toutes les armes que pouvait renfermer l'hôtel. Ha mère ordonna qu'on leur remit un fusil de chasse à deux coups, à moi, une carabine à un coup que j'avais achetée à Strasbourg et avec laquelle j'avais combattu contre les Prussiens, et enfîn Tépée de mon père. Je n'ai regretté ni le fusil à deux coups, ni la carabine, quoiqu'il s'y rattachât pour moi un souvenir d'orgueil; mais j'ai regretté et je regrette, je l'avoue, cette épée qui a combattu glorieusement en Amérique et en France.

— Si on vous mettait en face des objets qui vous ont appartenu , demanda Bonaparte, vousles reconnaîtriez probablement?

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