‹ Les blancs et les bleus: 1.[-3.] sérChapitre 23 sur 29 · DIANA DE FARGAS · texte numérisé non relu

DIANA DE FARGAS

Vers la môme heure où le malheureux Lucien de Fargas rendait le dernier soupir dans la chapelle souterraine de la chartreuse dje Seillon, une voiture de poste s'arrêtait devant l'auberte du Dauphin, à Nanluju.

Cette auberge du Dauphin avait une certaine réputation ii Nantua et dans les environs, réputation qu'elle tenait des opinions biea connues de maître Kené Servet, sou propriétaire.

Sans savoir pourquoi, maître René Servet était royaliste* Grâce à rélolgaement de Na&tua de tout grand centre populeux ; grâce surtout à la dotfee bumeur de ses habitants.

maître René Sertet avait pa traverser la Révolution sans être autrement inquiété pour ses opinions ^ si publiques ou'elles fussent.

Il faut dire cependant que le digne bomme avait bien fait tout ce qu'il avait pu pour être persécuté. Non-Seulement il avait conservé à son auberge le titre d'auberge du Dauphin^ mais enoorei dans la queue du poisson fantastique, queue qui sortait insolemment de la mer, il avait fait dessiner le proUl du pauvre petit prince qui était resté enfermé quatre ans à la prison du Temple et qui venait d'y mourir après la réaction thermidorienne.

Aussi, tous ceux qui, à vingt lieues à la ronde, — et le nombre de ceux-là était grand, — partageaient, dans le département ou hors du département de l'Ain, les opinions de René Servet, ne manquaient pas de venir loger chez lui, et, pour rien au monde n'eussent consenti à aller loger ailleurs.

H ne faut.donc pas s'étonner qu'une chaise de poste, ayant à s'arrêter à Nantua, déposât, en opposition avec l'auberge démocratique de la Boule d'or^ son contenu à l'hôtel aristocratique du Dauphin.

Au bruit de la chaise, quoiqu'il fût à peine cinq heures du matin, maître René Servet sauta à bas de son lit, passa un caleçon et des bas blancs, mit ses pantoufles de lisières, et, vêtu seulement, par-dessus, d'une grande robe de chambre de basin, tenant à la main son bonnet de coton, se trouva sur le seuil de sa porte en même temps que descendait de la voilure une jeune et belle personne de dix-huit à vingt ans.

Elle était vêtue de noir, et», malgré sa grande jeunesse et sa grande beauté, voyageait seule.

Elle répondit par une courte révérence au salut obséquieux que lui lit maître René Servet, et, sans attendre ses offres de service, elle lui demanda s'il avait dans son hôtel une bonne chambre et un cabinet d& toilette.

Maître René indiqua le numéro 7 au premier étage ; ce qu'il avait de mieux.

La jeune femme, impatiente, alla elle-même à la l[)laque de bois sur laquelle les clefs étaient pendues à des clous, et qui indiquait le numéro de la chambre qu'ouvrait chacune de ces clefs.

— Monsieur, dit-elle, seriez-vous assez bon pour m'accompagncr jusque chez moi? J'ai quelques questions à vous faire. Vous m'enverrez la femme de chambre en vous en allant.

René Servet s'inclina jusqu'à terre et* s'empressa d'obéir. Il marcha devant, la jeune femme le suivit. Lorsqu'ils furent arrivés dans la chambre, la voyageuse ferma la porte derrière elle, s'assit sur une chaise, et, s'adressant à l'aubergiste resté debout :

— Maître Servet, lui dit*elle avec fermeté, je vous connais de nom et de réputation. Vous êtes, resté, au milieu des années sanglantes que nous venons de traverser, sinon défenseur, du moins partisan de la bonne cause. Aussi suis-je descendue directement chez vous.

—Vous me faites honneur, madame, répondit l'aubergiste en s'ijDclinant.

Elle reprit q

-— Je négligerai donc tous les détours et tous les préambules que j'emploierais prés d'un homme dont l'opinion serait inconnue ou douteuse. Je suis royaliste : c'est un titre

£31 LBS BLAHaS BT &BS BLBOS

& votre lAté^ei* Y<>ti9 êtes royaliêté ? e*»!! afi Utre à ma eonliafice» iem eDh&dl^ fierioaâe ibi) p&9 nréibe lé prééldent 4i

tri&tttidl} pôtiy tequëlfàl tt&«]<ettrie de M» beoti^tttee d*Avi« gnon; il est donc tout simple t;t(e|6 tn'iidréase à ytms

-^ mt@»dè, t&Éâa&ei retenait ^m Servit, \[m véus me fassiez rhonneur de me dire en quoi je imiB totto ôtro egréabU»

^ Avëz-Vdti^ enténdtt dilre,-ttiODî»iét)r, ^hé l't^fl Mt ttî&èTY^^ il y a dëtii cil h^ôis JonfB^ datiiB fès t)i*i^tlë dé Kâlnttiti "M jeune homme nommé M. Lucien de Fargas?

^Hëlâsl oui, tûËdâMe; il ^ùix mé&e q\ie c*e«rt iéi, ou {)!otôt à Bourg', i)Ue Vùû ta lui faire boû pmcés. il fait partio, DbDii a^t-crn ttBdïtré, de tette associaifou intitulée lès com^ pagnons de Jéhu.

^ Voua «ayez te but de celte «Bdociatiod, moodieur? demanda la jeuiîe femoie.

-^ C'est, à ée que je crois, d*enlever Taisent du goover^ nement et de lé fàine pa^e^ ànoê amia de la Vendée et de la Bretagne.

-^ JtiKtement, fnon&iëur> et U gdùv^zîenleHt Voû^raii traiter Ces hdmmeaia cômnits dés voleurs ordindireat

— Je crois, madame, rôpotidlt ftené Sèrvet d*tane voiîè plaide de confiance, que liog Jugèé seront âsst*z ihtelllgenls pour reconnaître une diiléreiicc eutre eux et des malfaiteurs.

— Maintenant, arrivons au but de mon voyage. OA a cru que Taccusé, c'est-à-dire mon frère, courait quelque danger dans les prieofts d'Avignon et oH Ta transporté à Tatttrc bout de la France. Je voudrais le voir. A qui faut*il que jo m'adresse pour obtenir eotte favôuri

KJKS BtASQS BT tflS BJ.BUS ^S

^ jMii jQiteDletili iHadame^ tur irrénte&l pottf letp^ vo&? a<f« tihë lettre^

-i Ob^ rt^f â'MrAnM eBt»cet

•^ PilfdèiiCi M^i^ }é l'nliare, pen«tiil Inabi ki Yûttt ferai c&^ûitè disi» IM ddi 4to toi» le aMrareii

Mademoiselle de Fargatliffii «ilbOAMt ilétail à peine oio^ heures et demie fhi BoatiBf

. T- le ae puis cependant me présenter cliez lui à une pareille beure^ ouinnura-t^^ile. Ide coucher? Je n'ai aucune envie de dormir.

Puis, après un moment de réflexion :

- éôhSiêtU', tfèûîliiiîàit-glle, àJé qnà cSiè de ïi ville éôn«

leè trtôdns?

' - S! ibîïtlRttié \6ixM fallt itn ïoiii^ «é Cô Côfé. dit iiièdttë èefVét, îe f^écktùëraié Illôûiiétfî^ *ê l'àcHota^ûêtier.

- Èh ï)ièû, ûïoûiiéilr, feUës-Uibi àên^^ tinè ttsàê de lait, flë tafe, de thé, tôtit Cô (lue ^g toiidl^èi, et àchèVez dé Vous habllièK... Êh hlteiidaiit ([hé ^j puisse étitfér, Je vëUJt Volf lefe mttfs oû ë.*l eîlférlilè Ibbh it^tè. '

^ t4iôfélîéf ne m aucune olifetltVàtltm. lô dééli*, eb eîfét,ëlilit tout nâtutel; Il descendit, i\ ftidiller h là léuhe véfydgeuse iirid tàôèé de tait et de tîaft; Ah Bbiàt de dk tfiiûiitêS, èellè-ci llë^éehd&it éi trouvait Ihâltiîe Heilé àérvët, àVec sôti co^t^hlè M d'imàncbé», ptéi i là guider dàti^ les rues dé la petite tiïlè ïônaeé tJàl* te MUédiùtth Sâltlt-Àfflàild, et dans Wgli* de laquelle Charles le Chauve dort d'un sommeil piuà tràOr qâîlié {iiMrtiMédièà! épié Kè )« Ok p0»r lui edui ùê U vie.

Là Ville dé l!(ahtuà ii^ést pàîi grknde. Ail botit de cihq minuteà de inàrché, bh était arrive & la pTifeon, devatit laquelle se trouvait tlh& grtmttd fiyttlé ^\ 8(5 faisait une eMindetit!iimr«

Tout est pressentiment pour ceux cpii ont des amis dans le danger. Mademoiselle de Fargas avait, sous le coup de Taccu* sation mortelle, plus qu'un ami, un frère qu'elle adorsîit. Il lui sembla tout à coup que soti frère n'était point étranger à ce bruit et à la présence de celte foule, et, p&Ussant et saisis* sant le bras de son guide, elle s'écria : .

— Oh ! mon Dieu ! qu'est-11 donc arrivét

— C'est ce que nous allons savoir, mademoiselle, ré* pondit René Servet, beaucoup moins facile à émouvoir que sa belle compagne. ^

Ce qui était arrivé, personne ne le savait encore bien positivement. Lorsqu'on était venu, à deux heures du matin, pour relever la sentinelle, on l'avait trouvée bâillonsée, les bras et les jambes liés, dans sa guérite* Tout ce qu'elle avait pu dire, c'est que, surprise par quatre hommes, elle avait opposé une résistance désespérée, qui n'avait eu pour résultat que de la faire mettre dans l'état pCi on la trouvait. Ce qui s'était passé, une fois qu'elle avait été attachée dans la guérite, elle ne pouvait en rien dire. Elle croyait seulement que c'était à la prison que les malfaiteurs avaient affiaûre. On avait alors prévenu le maire, le conunissaire de police et le sergent des pompiers de ce qui venait d'arriver. Les trois autorités s'étaient réunies en conseil extraordinaire et avalent fait comparaître devant elles la sentinelle, qui avait renouvelé SQU récit.

Après une demi-heure de délibératioa et de suppositions plus invraisemblables et plus absurdes les unes que les autres, il avait été résolu de flair par où on eût dû commencer, c'est-à-dire d'aller frapper à la prison.

Malgré les heurts de plus en plus retenti3Sants, personne

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n'était venu ouvrir; mais les coups de marteau avaient réveillé les habitants des maisons situées dan» le voisinage. Ceux-ci s'étaient mis à la fenêtre dç leurs maisons, et des interpellations avaient commencé dont le résultat était qu'il fallait envoyer chercher le serrurier.

Pendant ce temps, le joar était venu, les chiens avaient aboyé, les rares passants s'étaient groupés curieusement autour du maire et du commissaire de police; et, quand le sergent des pompiers était revenu avec le serrurier, c'est-àdire vers quatre heures du matin, il avait déjà trouvé à la porte de la prison un rassemblement raisonnable. Le serrurier Ht observer que, si les portes étaient fermées en dedans et au verrou, tous ses rossignols seraient inutiles. Mais le maire, homme d'un grand sens, lui ordonna d'essayer d'abord, et que Ton verrait après. Or, comme les compagnons de Jéhu n'avaient pu à la fois sortir en dehors et tirer les verrous en dedans, comme ils s'étaient contentés de tirer la porte après eux, à la grande satisfaction delà foule qui allait croissant, la porte s'ouvrit.

Tout le monde alors essaya de se précipiter dans la prison; mais le maire plaça le sergent de pompiers en sentinelle à la porte, et lui défendit de laisser passer qui que ce fût au monde. Force fut d'obéir à la loi. La foule augmenta, mais la consigne donnée par le maire fut observée.

Les cachots ne sont point nombreux dans la prison de Nantua. Ils se composent de trois chambres souterraines de l'une desquelles on entendit sortir des gémissements. Ces gémissements attirèrent l'attention du maire, qui interrogea à travers la porte ceux qui les poussaient, et qui eut bientôt reconnu que les auteurs de ces gémissements n'étaient autres que le concierge et le geôlier lui-même*

On ea étûl là do l'ioyeftligrtlaii mnoldpale, ioMqna Diana d^ Fargaa et la ptopriétaire de Tbôtel du DùupMn itaieot armii sur la place de It priiOB«

CE QUI FUT L^QBJET, PEÎJDAIJJ fJ-Ç? DÇ I|\QIS |l|i|S, PK$ CONVERSATIONS OÇ LA PETITE ykif^^ 9f

NANXUA.

A îa première queslion de maître |lcné Servet :

— Que se passe-t-il donc, §;il you^ p)||)t, poj:Qpâ|'e Bidpu^ à la prison?

Celui auquel il g^a^resq^t. r^pplxclU ;

— Pes cb/^s çjii^mçdMi^û^ numsieiip. Servet, et gui ne se soatiajQQai^ yg^l O^a \tûwié eemetio, en la cele^anl^ la sentinelle dans Sfi| iO^dle} bftmoRni» et ficelée CQiiune an aauç^ss^ ; et, daps. oe meoientnei, il parait qu'oat vient de ^rouYç^ le p^e Re^sispol et son geèti^ enfermés dans un cachot. D^ns qviQl te9(U)4.ûiH)USrnoui^ men Dieu? dans qad temps yivopB-nQ\iftî

8ous la ferpie ^otesque ék)Bi l'^Bvetoppeit Pinterlocnteur de maltfB Reaé Bacfot, Diana avait leoonnu la vérité. I) était clair^ pour tout cspckt iatellige»!, que, du QHMQent que le toû*

clcrgc et le geôlier étaient dai^s les cachots, les prisonniers devaient être dehors.

Diana quitta le bras de maître Renéi s'élança vers la prH son, perça la foule et péaétra jus(}u^4 Ist porte»

Lu, ^lle entendit dire :

— Le prisonnier s'est évadé 1

En même temps apparaissaient dans la gçôle Iç père Rossignol et le guichetier, tiré^ de leu|: cachot p^r le serrurier d'abord, qui leur en avait ouvert 1^ porte, puis ensuite par le n^airç et le commissaire de policé.

— Onpe passe pas! dit le sergent de pompiers ^ Diana.

— Cette consigne, donnée pour tout le monde, n'est pas donnée ppur mçi, répondit Diana. Je suis la sœur du prisonnier qui s'est évadé.

Cette raisop n'était peut-ôtçe pas bien concluante en matière de justice, mais çHe portait avec elle cçttç logique du coeur à lac[uelle rbom^ne nfsisje si difficilement^

— En ce cas, c'est autre cjiose, dit le sergent de pompiers en levant son sabre. Passez, mademoisçllç.

Et Diana passa, au grand ébahissement de la foule, qui voyait commencer une nouvelle péripétie du drame, et qui murmujrait tout bas :

— G'tîst )a soeur du prisonnier.

Or, to\it le pionde savait à Kantua ce que c'était que le prisonnier, et; pour quelle cause il était détenu.

Le ^ère Rossignol çt son guichetier étaient d'abord dans un tel état de prostration et de terreur, que ni le maire .ni le commissaire de police n'en pouvaient tirçr une parole. Pur bonheur, ce dernier eut l'idée de leur faire boire à chacun un verre de vin, ce qui donna au père Rossignol la force de raconter que six hommes masqués s'étaient intro-

duits de force dans sa prison, Tairaient forcé de descendre ab cachot, lui et son geôlier Rigobert, et qu'après s'être emparés du prisonnier qu'on avait amené deux jours auparavant, ils les avaient^enfermés tous les deux à sa place. l)epuis ce temps-là, ils ignoraient ce qui s'était passé.

C'était tout ce que voulait savoir momentanément Diana, qui, convaincue que son frère avait été enlevé par les compagnons de lébu, d'après cette désignation d'hommes masqués qu'avait donnée le père Rossignol sur les envahisseurs de la prison, s'élança hors de la geôle. Mais, là, elle fut entourée par toute la population, qui, ayant entendu dire qu'elle était la sœur du prisonnier, voulait apprendre d'elle quelques détails sur sa fuite.

Diana dît en deux mots tout ce qu^elle en savait elle-même, rejoignit à grand'peine maître René Servet, et elle allait lui donner Tordre de demander des chevaux de poste pour repartir à l'instant même, lorsqu'elle entendit un homme annoncer tout haut que le feu avait été mis au greffe, nôuvelle qui eut le privilège de partager avec l'évasion du prisonnier Tattention de la foule.

En effet, sur la place de la prison, on venait d'apprendre à peu près tout ce que Ton pouvait savoir, tandis qu'à coup sûr cet é[)isode inattendu ouvrait une voie nouvelle aux conjectures. Il était à peu près certain qu'il y avait collusion entre Tincendie du greffe et l'enlèvement du frère de Diana. C'est ce que pensa aussi la jeune fille. L'ordre de mettre les chevaux à la voilure s'arrêta sur ses lèvres, et elle comprit que Tincendie du greffe allait lui fournir de nouveaux détails qui ne seraient peut-être pas pour elle sans utilité

Le temps s'était passé. II était huit heures du matin. C'était l'heure de se présenter chez le magistrat pour lequel elle

avait une lettre. D'ailleurs, les événements extraordinaires dont la petite ville deNantua venait d*ôtre le théâtre expliquaient, de la part d'une sœur surtout, cette visite un peu matinale. Diana pria donc son hôte de la conduire chez M. Pérignon : c'était le nom du président du tribunal. •

M. Pérignon avait été éveillé un des premiers par 1^ double nouvelle qui tenait en émoi toute la ville de Nantua. Seulement, il s'était porté sur le point qui, comme juge, Plntéressait avant tout, c'est-à-dire au greffe.

11 venait justement de rentrer, au moment où on lui annonça:

— Mademoiselle Diana de Fargas !

En arrivant au greffe, il avait trouvé l'incendie éteint; mais le feu avait déjà consumé une portion des dossiers qu'on lui avait donnés en pâture, il avait interrogé le concierge, qui lui avait raconté que le greffier était entré dans son bureau vers onze heures et demie du soir avec deux messieurs; que lui, concierge, n'avait pas cru devoir s'inquiéter de ce qu'ils faisaient, le grefSer tenant quelquefois, pendant la soirée, chercher des jugements qu'il grossoyait chez lui.

Mais à peine le greffier était-il parti, qu'il avait vu une grande lueur à travers les jalousies du greffe. Ne comprenant rien à cette lueur, il s'était levé et avait trouvé un grand foyer allumé, de manière à communiquer avec les casiers de bois placés le long de la muraille et contenant les cartons. Alors, il n'avait point perdu la tête, avait séparé les papiers brûlants de ceux qui n'étaient point encore atteints par la flamme, et, puisant avec un pot dans un bac plein d'eau qu'il y avait dans la cave, it avait fini par éteindre Tincendie.

Le brave homme de concierge n'avait pas été plus loin H 14

dans SCS soupçons qu^ de penser à un accident; mais, comnxa la flamme av^it causé différents dommages; qu'il avait, par ça^ présence d'esprit, empêché probablement un'^grand malheur, il avait, en se réveillant, raconté révénement k tout la monde» et, comna^ 30n iatérét était plutôt de r^^agércr que de Tatténueri à sept heures du matin on disait pa^: toute la ville quç, sj^n^ le çqnciQrge qui av^it manqué périj: dans rincendie et dû{)t Içs l^abit9 s^y^iient $Lé cpmplétj^meilt brûlé?. j^on-«eu|epie^ le gi^eÇf^, mftis pi;Qh^blpmept tput le tribunal, eût été là proie des flammes.

M. Pérignon, après avoir recj^n^u de «(eç Y^}f^7^ Wt^ dans k^uet étaU te bureijiw du ^eJper* pç»^a judiciçuseipeint que ç'ômt i çelpi-çj (ju'il U\MS ?'îi<Jrç3ser çoij r avoii; d^js r^asçjgnçpaiçnta e^açt^, Ea c9nçéqtuence, il se rendit ^ sç» dorpicilç, ^ ^jçpi^iidfi à^. l« Ypir. l[ ïmM répou^u que te greffier avait été attpiut pendant la np\ d'ime fièvrç^ cérébraJe et (1%'U A^ Ypjaif qp'l^opw^ ïî}a§q^^9n dpssteîe brûlés çt prpcO^-?er^^^x eiUeyé?,

En aperceiçaati M.; Péri^^çp^ ^ tf^Tf çur du grever avait

été à son comble ; mais, pensant quMi valait mieux tqut dire

que de 9'QPgai?Qr dan? ui^e Jffipte qui p'a^rait d'auti^e résultat gjj5 d.e 1^ f^ire acoi^sj^r d^ cipropliçité avec tes ipceodiairçs, i\ se. jeta j^ujf pieds dje M. Pérignon et lui avp^ia te vOrite- G^tte. coïncidence entre tes événements ne lai^a pas de doutes au ^nagistrat qulte »e fussent liés Tun à Vautre. Çt apçpHi.|)ii§ dans te dQubte tot d'ÇQtever à la fois te coupable e^ la preuve de sa culpabilisé.

^î^ présence cbea lui de te sçeur du çrisonnteE, le récit qu'elle lui fît de ce qui a'^ta^* F^^^ ^ 1* priagn, ne lui laissèrent plus a^c^^ dQjute^ quand même il en aurait eu, Ces honyqjies masqués étaient venus h Nautua (Uns rin^

tcntion bien positive d'enjever Lucien de Fargas et riBslruo tioa commencée contre lui.. Maintenant, dans qu6l but le prisonnier avait-il été enlevé?

Dans la sincérité de son cœur, Giana ne doutait poÎQt que, kûs d'un sentiment généreux, les compagnon^ de son.frôçe né ge fussent réunis et n'eussent risqué leur tête poi;ir eauv^ celle de leur jeune ami.

Mais M. Pérignon, esprit froid ^t positif^ n'était point di cet avis. IL connaissait les véritables causes du tra^iport du prisonnier; il savait <}u'ayant dénoncé quelques-uns d« se» complices, il était en bu^tç à la y^ogçanei^ des compagixoQ» de Jéliu. Aussi son avis à lui étaitill que» loin de le faire évader pour jui rendra Ja Jibçrté, ils n^ Tavaiept Uré dQ prison que pour le punir plus cri:^Ueinent que ne Teût (ai-l la justice. Le tout était donc de savoir «1 Jte» r^viaMurs avaient pris la route de Genève ou étaient rentrôa dam ViUi^ térieur du département» .

S'ils avaient pris la route de Condy^ et^ par coo^^q^eoti ga* gné l'étranger^ c'est qu'ils avsûeal ^'intention d^ «aaver bu-» cien de Fargas^et de mettre leur ¥ie en sûreté ea méoie temt^s que la sienne. Si, au contraire, ils étaient rentrés daûs Tinté* rieur du départ^oçken^ .c'est qu'ils se s^tqlent asses forts pour braver deux Inis la j^stic^ BOQ-^euleoi^nt comio^ éé-^ trousseurs de graiids chemins, mais aussi comme meurtriers*

A ce sou))çon qui lui venait pour la preqiière fois, ûiaita pâlit, et, saisissant la main de tl. Pérignou : ^

— Monsieur I monsieur! s'écria- t-elle, est-ce que vous croyez qu'ils oseraient commettre un pareil crime?

— Les compagnons^ de Jéhu osent tout, mademoiselle, répondit le juge, et surtout ce que Ton croit qu'ils n'oseront Doint oser.

241 lES fiLAMCS £T LES BLEUS

— Mais, fit Diana tremblaQte de terreur, par quel moyen savoir 3*ils ont gagné la frontière ou s'ils sont rentrés dans rintérieur de la France?

— Oh! quant à cela, rien de plus facile, mademoiselle^ répondit le juge. C'est aujourd'hui Jour de marché; depuis minuit, tous les chemins qui arrivent à Nantua sont couverts de paysans qui, avec des charrettes et des ânes, apportent leurs denrées à la ville. Dix hommes à cheval, emmenant un prisonnier avec eux, ne passent pas inaperçus. Il s'agit de trouver des gens venant de Saint-Germain et de Ghéri^y et de s'informer d'eux s'ils ont vu des cavaliers allant du c6té du pays dé Gex, et d'en trouver d'autres venant de Vollongnat et de Peyriat et de s'informer d'eux si, au contraire, ils ont vu des cavaliers allant du côté de Bourg.

Diana insista si fort prés de M. Pérlgnon, elle fit sonner si haut la lettre de recommandation de son beau-frère, sa situation, au reste, comme sœur de celui dont la vie était en jeu présentait un si grand intérêt, que H. Pérignon consentit à descendre avec elle sur la place.

Informations prises, les cavaliers avaient été vus allant du côté de Bourg.

Diana remercia H. Pérignon^ rentra à l'hôtel du Dauphin^ demanda des chevaux et repartit à l'instant même pour Bourg.

Bile descendit place de la Préfecture, à l'hôtel des Grottes de Çeyzeriat, qui lui avait été indiqué par maître René Servet.

Vil!

ou UN NOUVEAU COMPAGNON EST REÇU DANS LA SOCIÉTÉ DE JÉHU> SOUS LE NOM D*ALCIBIAOE.

Au moment où Lucien de Fargas subissait la peine à laquelle lui-môme s'était condamné d'avance, lorsqu'en en^ trant dans la compagnie de Jéhu^il avait juré sur sa vie de ue jamais trahir ses complices, le jour était déjà venu. Il était donc impossible que, ce jour-là du moins, le corps du supplicié subit l'exposition publique à laquelle il était destiné.' Son transport sur la place de la préfecture de Bourg fut donc remis à la nuit suivante.

Avant de quitter ie caveau, Morgan s'était retourné vers le messager.

— Monsieur, lui dit-il, vous venez de voir ce qui s'es! passé, vous savez avec qui vous êtes, et nous vous avons traité en frère. Vous plait-il, tout faligués que nous sommes, que nous. prolongions cette séance, et, daiis le cas où vous seriez pressé de prendre congé de nous, que nous vous rendions votre liberté prompte et entière. Si vous ne comptiez nous quitter que la nuit prochaine, et que l'affaire qui vous amène soit de quelque importance, accordez-nous quelques heures de repos. Prenez-les vous-même, car vous ne paraissez pas avoir dormi beaucoup plus que nous. Â midi, si vou9

246 LES BIANCS ET LES BLETJ»

ne partez point, le conseil vous entendra, et, si ma mémoire ne m'abuse, nous étant quittés la dernière fois que nous nous vîmes compagnons d'armes, nous nous quitterons cette fois

amis.

-Messieurs, répondit le messager, j'étais des vôtres par le cœur avant d'avoir mis le pied sur vos domaines. Le serment que je vouç prêterai n'ajouterait rien, je l'espère, à la confiance que vous m'avez fait l'honneur de m'accorder. A midi, si vous le voulez bien, je vous présenterai mes lettres ^e créatLce.

Morgan échangea une poignée de main avec le messager. Puis, reprenant le chemin qu'ils avaient suivi, léô h\x% ûiDi. nés repassèrent par ia citerne, qui fut scellëé, et dont l'anueau fut caché avec le même soin, ils traversèrent le jâi^din . longèrent le cloître, rentrèrent dans là chartreuse, où chacun disparut silencieusement par des portes différentes.

Le plus jeune des deux moines qui avaient reçu le voyageur, resta seul avec lui et le conduisit à sa chambre, puis il s'inclina et sortit. L'hôle des compagnons de Mu vit avec plaisir que le Jeune moine s'éloignait sans fermer sa perle à laclet. Il alla à la teuôlte, la i'enêtris s'ouvfûll ch dedans, n^avait point de barreaux et donhôiit presque dé piain-pied sur le jardin. Donc, les compagnons se liaient à sa parole et ne prenaient aucune prêcaulion contre lui. Il lira leà rideaux tie la fenêtre, se jeta sur son lit tout habillé et s'endormit. A midi , il entendit , au milieu de son sommeil, sa porte s^ou-

- rir; le jeune moine entra,

-. U eét midi, (TèT%\ dit-iL Mais, tà vous êtes fatigué et s tous mim dorialr encQre, le coBieiUttendra.

LBS BLANCS ET LIS filSHS 247

Le messager sauta à bas cle son lit, ouvrit ses rideaux, tiia de sa valise une brosse et un peigne, brossa ses cheveux, peigna ses moustaches, passa en i^tue ie rëôté é% su toilette et fît signe au moine qu'il était prêt à le suivre. ^

Geîtti^oi le eottéibifiit Oâflfêisi %k\\é^ i\ &MI #6%i{)é. ' '

Qea^'lfeunei gerts mtehôsî^fit] W«r« mârîettt ttémâScittëjf.'

Il ôtaif facile m l^C!fr,&1â gtim^ld ififtpeetfM dé lëurë hmtisj au soiti qhii» avaient dantiê à leur' toilcfttei à mégtttice'dâ sftltiit àvèo lequel il«i i<eçfiiiêkit fétràbget, t(a^î\ê afpamemiiënl tôt» if 8 quatre à ràrip\(k;rëitie de naUsànoe »ti de'fdrtUfle.

Ld oiâssag^k' n'eût pia0> fait de M^médid oet«^ rem&rqfie^ qu'il ne fût pas resté longtemps dans le doute.

'^ ^dtisiettri M dit Mt^i'giiûij'sd Tbooin^rde vt)m présenter les q»^tre i^efs de Tasisodtttioâ. Mi de Valene^^UeSi M^ dd Jayat, Mi deliiMer et moi, le oimite 6aihl4iêrminëi Maneieur de RiMor^ monsieur de Jayat. mobsimir de ValensdlleB^ f ai rhQnnetir dt voua pi:é86nt6r M. GoBler de Saitit*yit}tor^ âiessager du général OeorgeeCàdôuduk

Les cîtiq jéiities ^eiÈê m 6aluèil^t et ldhaiigi(^réat les poil-' tesses d'uségOi

-^ Mfesaieurs, dit t6BUv de Sannt-Victor, il iQ'ëst point ôtdn* nant que M. lAorgân m6 coiinaiiiÉe,«t qu^il n'uit pas hésité àme direlDs noms; noud AYOnâ combattu le 13 Vendémiaire dans les mâmefi rangs^. Au^si toud dtedlH*^ 4Q^ iious étions déjà compagnons avant d'être amis.Comttie vous Ta dit M. le comte de Saiète^Herniine , je viens de la p«irt du gétiérai Qadotidal, avec lequel je lers en BretagneiVoM id lettre qui m'accrédite près de vous.

A ces mofs^ Coûter tita de fia pdfcbè une lettre portant «n cachet fledwlelisé, et la présenta au comte dfe Sainte-Hermine. Ge1ui->-cr la décacheta et lut t^t Haiit:

243 LES BLANCS BT LBS BLEU.»

« MoQ cher Horgan,

• Vous vous rappelez qu'à la réunion de la rue des Postes, Top m'offrîtes le premier, dans le cas où je poursuivrais la guerre seul et sans secours de rintérieur ou de Tétranger, d'être mon caissier. Tous nos défenseurs sont morts les armes à la main ou ont été fusillés. StofElet et Gbaf;* e ont été fusillés. D'Âutichamp s'est soumis à la République. Seul je reste debout, inébranlable dans ma croyance, inattaquable dans mon Morbihan.

• Une armée de deux ou trois mille hommes me suffit pour tenir la campagne; maïs à cette armée, qui ne réclame rien comme solde, il faut fournir des vivres » des armes, des munitions. Depuis Quiberon, les Anglais n*ont rien envoyé.

» Fournissez l'argent, nous fournirons le sang ! Non pas que je veuille dire, Dieu m'en garde ! que le moment venu vous ménagerez le vôtrel Non, votre dévouement est le plus grand de tous, et fait pâlir notre, dévouement. Si nous sommes pris, nous autres, nous ne sommes que fusillés; si vous êtes pris, vous, vous mourez sur l'échafaud. Vous m'écrivez que vous avez à ma disposition des sommes considérables. Que jb sois ^ûr de recevoir tous les mois de trente-cinq à quarante mille francs, cela me suffira.

» Je vous envoie notre ami commun, Goster de Saint-Victor; son nom seul vous dit que vous pouvez avoir toute confiance wU lui. Je lui donne à étudier le petit cathéchisme à Taîde duquel il parviendra jusqu'à vous. Donnez-lui les quarante premiers mille francs, si vous les avez, et gardez-moi le reste de l'argent, qui est beaucoup mieux entre vos maios qu'entre les miennes. Si vous êtes par trop persécuté là-bas

IXS BLANCS ET lES BLEUS 249

et que vous ne puissiez y rester, traversez la France ut venez me rejoindre.

» De loin ou de près, je vous aime, et je vous remercie.

» Georges Gâdoupal,

t Général en chef de Tarmée de Bretagne.

« P.»S. —Vous avez, m'assure-t-ou, mon cher Morgan, un jeune frère de dix-neuf à vingt ans; si vous ne mé jugez pas indigne de lui faire faire ses premières armes, en voyez4e-moj| il sera mon aide de camp. »

Morgan cessa la lecture, et regarda interrogativement ses compagnons. Chacun fit, de la tète, un signe affîrmatif .

— Me chargez-vous de la réponse, messieurs? demanda Morgan.

La question fut accueillie par un oui unanime. Morgan prit la plume, et, tandis que Goster de Saint- Victor^ M. de VaiensoUes, M. de Jayat et M. de Ribier causaient dans reffll)rasure d'une fenêtre, il écrivit. Cinq minutes après, il rappelait Goster et ses trois compagnons, et leur lisait la lettre suivante :

tt Mon cher général,

» Nous avons reçu votre brave et bonne lettre par votre brave et bon messager. Nous avons à peu près cent cinquante mille francs en caisse, nous sommes donc en mesure de faire ce que vous désirez. Notre nouvel associé, à qui, de mon autorité privée, j'impose le surnom d'Âlcibiade, partira ce soir, emportant les quarante premiers mille francs.

8dO IiBS BliÀNCS ET tiÇS DLBUS

» Tous les mpis, Touappvy^.fair^ iottcber à^a ipôAie waL- 6on de banque, les quarante mille francs dont yous aurais besoijQ. Dans le cas de mort ou de dispersip^f Targent sera enterré en autant d^endroits différents que nous aurons de fois quarante â^lè fKûf^ %i«-jointe la liste des noms de tous ceux q«i ladrc^it 911 1#8 jQOWQ^i aç^iH^ seront déposées.

» Le frère Âlcibiade est venu tout juste pour assister à une taLéeatioo{ il â va commetil aeiii puBiwoaBiOBtraKresà

p Je Tout remerciV) axon clier géftémli de l'offre §moieu«e 4ae T4>ud me ftiilee pour Mcm ieaike fr^e^ mais lUQa inteiir tlon est de le sauvegarder de tout danger jusqu'il ce m% ' soit appelé à me remplacer. Mon frère aine est mort fusillé, OU têguamt sa T^HIëaflbik l« nl^uniit pifebàbleorenti coïKme vous te dite% sur HtlàhîAtû, Je meUrral Wguatii ma fefi^ ^nce k mon ftèrei A eea tfmr^ il entrera da^a le route que nous avons suivie, et il contribuera, comme nous y avoft? «eutribuéi au triomphe de la boaae cause^ ou U lupu^rra c€Mnmme ngus aérons moi^te^

» U faut un motif aussi puismpt que eeloii^li four que îe prenne sur moJ< tout ea veve ilemanda&t votre amitié pour luit de le priver de votre petronage»

» Renvoyez-nous, autant que la chose sera possible, notre bien-aimé frère Alcibiade, nous aurons un double bonheur à vous envoyer le message par ud tel ine^â^geh

•» Morgan. •

La lettre fut approuvée unanimement, pliée, cacbetée 'et remise à Goster de Saint-Victor.

A minuit, la porte de la chartreuse s'ouvrait pour deux cavaliers; TuiH porteur de le lettre de Mor^sin et de la somme

LES BtANGS ST LES BLBVS 9Sl

demandée, prenait le chemin de Mâcon et alteii rejoindre Georges Gadoudat; Tautre porteur da cadayre de Luei^ de Fargas, allait déposer ce cadavre sur la place de la préfecture de Boui^.

Le cadavre avait dans la poitrine te ootiteau avec lequel il avait été tué, et au manche du couteau pendait par un 61 la lettre que le condamné avait écrite avant qm ds oio^ip*

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