‹ Les blancs et les bleus: 1.[-3.] sérChapitre 27 sur 29 · CONNAISSANCES · texte numérisé non relu

CONNAISSANCES

^ 11 faut maintenant que nos lecteurs nous suivent à Milan, où, comme nous Pavons dit, Bonaparte^ qui ne s'appeiie plus Buonaparté, a son quartier général.

Le jour môme et à Theure même où Diana de Fargas retrouvait son frère d'une façon si tragique et si doulouj'euse, trois hommes sortaient des casernes de l'armée d'Italie, tandis que trois autres sortaient d'une caserne voisine affectée à l'armée dii Rhin. Le général Bonaparte ayant demandé à la suite de ses premières victoires un renfort, deux mille hommes avaient été détachés de Tarmée de Moreau, et envoyés, sous la conduite de Bernadette, à l'armée d'Italie.

Ces hommes s'acheminaient en deux groupes, marchant à quelque distance l'un de l'autre, vers la porte Orientale. Celte porte, la^lus proche des casernes, était celle derrière laquelle se passaient en général les duels nombreux que la rivalité de bravoure et la différence d'opinion faisaient naître entre les soldats venus du Nord et ceux qui avaient constamment combattu dans le Midi.

Une armée est toujours faite k Timage de son général ; lo

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génie de celui-ci se répand sur ses officiers, et, de ses officiers, se communique aux soldats. Cette division de l'armée du Rhin, commandée par Moreau, qui était venue rejoindre Tarmée d'Italie, était modelée sur Moreau.

* C'était sur lui et sur Pichegru que la faction royaliste avait jeté les yeux. Pichegru avait été tout près de céder. Seulement, las des hésitations du prince de Condé» ne voulant pas introduire Tennemi en France, sans avoir fixé par des conditions préalables les droits du prince qu'il amènerait et ceux du peuple qui le recevrait, tout s'était borné entre lui et le prince de Condé à des correspondances sans résultat, et il avait résolu de faire sa révolution, à Taide non plus de son influence militaire, mais de la haute position que ses concitoyens venaient de lui créer en le nommant président des Cinq-Cents.

Moreau était resté inébranlable dans son républicanisme. Insouciant, modéré, froid, n'ayant pour la politique, qu'un gdût égal à sa capacité, il se tenait sur la réserve, suffisamment flatté par les éloges que ses amis et les royalistes don* Baient à sa belle retraite du Danube, quUls comparaient h celle de Xénophon.

Son armée était donc froide comme lui, pleine de sobriété comme lui, soumise à la discipline par lui.

L'armée d'Italie, au contraire, était composée de nos révolutionnaires du Midi, cœurs aussi impétueux dans leurs opinions que dans leur courage.

En vue depuis plus d'un an et demi, et à Pendroit le plus éclatant de notre gloire française, les yeux de l'Europe tout entière étaient fixés sur elle. Eux n'avaient pas à s'enorgueillir de leur retraite, mais de leurs victoires. Au lieu d'être oubliés du gouvernement comme les armées du Rhin et de

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Sambre-et-Meuse, généraux, oifîciers, soldats étaient comblés d'honneurs, gorgés d'argent, repus de plaisirs. Servant sous le général Bonaparte d'abord, c'est-à-dire sous Tastro duquel s'échappait depuis un an et demi toute la glorieuse lumièro qui éblouissait le monde; puis sous les généraux Massé^>.wr, Joubert et Âugereau, qui donnaient l'exemple du républicanisme le plus ardent, ils étaient initiés, par l'ordre de Bonaparte, qui leur faisait distribuer tous les journaux qu'il animait de son esprit, aux événements qui se passaient à Paris, c'est-à-dire à une réaction qui ne menaçait pas d'être moindre que celle de vendémiaire. Pour ces hommes qui ne discutaient pas leurs opinions, mais qui les recevaient toutes faites, le Directoire, succédant à la Convention et béri* tant d'elle, était toujours le gouvernement révolutionnaire auquel ils s'étaient dévoués en 1792. Ils ne demandaient qu'une chose, maintenant qu'ils avaient vaincu les Autrichiens et qu'ils croyaient n'avoir plus rieu à faire eu Italie, c'était de repasser les Alpes et d'aller sabrer lei aristocrates à Paris*

Un échantillon de chacune de ces armées était représenté par les deux groupes que nous avons vus s'acheminant vers la porte Orientale.

L'un, que Ton reconnaissait à son uniforme pour apparte* nir à ces infatigables fantassins partis du pied de la Bastille pour faire le tour du monde, se composait du sergent-majOr Faraud, qui avait épousé la déesse Raison, et de ses deux inséparables compagnons» Groseiller et Vincent, arrivés tous deux au grade éminent de sergent.

® L'autre groupe» qui appartenait à la cavalerie» se composait du chasseur Falou» nommé» on se le rappelle, maréchal

des logis chef, par Pichegru, et de deux de ses comi agnons, l'an maréchal des logis et Tautre brigadier.

Falou, faisant partie de l'armée du Rhin, n'avait pas fait un pas depuis le jour où Pichegru lui avait conféré son grade.

Faraud, étant à l'armée d'Italie, en était resté, il est vrai, à ce même grade qu'il avait reçu aux lignes de Weissembourg, et où s'arrêtent les pauvres diables que leur éducation ne met point à même de passer officier; niais il avait ^été mis deux fois à l'ordre du jour dans son régiment; mais 6ona« parte se Tétait fait présenter et lui avait dit :

— Faraud, tu es un brave I

Il en résultait que Faraud était aussi satisfait de ces deux ordres du jour, et des paroles de Bonaparte, qu'il l'eût été de sa promotion au grade de sous-lieutenant.

Or, le maréchal des logis chef Falou et le sergent-major Faraud s'étaient pris, la veille, de paroles qui avaient para aux camarades mériter l'honneur d'une promenade à la porte Orientale. Ce qui veut dire que les deux amis, pour nous servir des termes usités en pareille circonstance, al« laient éQ rafraîchir d'un coup de sabre.

Et, en effet, à peine furent-ils sortis de la porte Orientale, que les témoins des deux côtés se mirent en quête d'un endroit convenable où chacun aurait une part égale de terrain et de soleil. Le terrain trouvé, on fit part de la découverte aux deux combattants, qui suivirent leurs témoins," parurent satisfaits du choix fait par eux et se mirent immédiatement en devoir de l'utiliser en jetant à terre leur bonnet de police, leur habit et leur gilet. Puis tous deux retroussèrent la manche droite de leur chemise jusqu'au-dessus du coude.

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Faraud portait, gravé sur ce bras, un cœur enflammé, avec ces mots pour légende : Tout pour la déesse Raison!

Falou, moins absolu dans ses affections, portait cette devise épicurienne : Vive le vint vive Vamourt ^

Le combat devait avoir lieu avec des sabres d'infanterie appelés briquets, —probablement parce qu'ils font feu en frappant Tun contre l'autre. Chacun d'eux reçut son sabre des mains d'un de ses témoins et s^élança vers son adversaire.

— Que diable peut-on faire avec un pareil couteau de cuisine ? demanda le chasseur Falou habitué à son grand sabre de cavalerie, et maniant le briquet comme il eût fait d'une plume. — C'est bon à couper des choux et à gratter des carottes.

— Ça sert aussi, répondit Faraud avec ce mouvement de cou qui lui était habituel, et que nous avons signalé chez lui, ça sert aussi à couper les moustaches à leurs adversaires, aux gens qui n'ont pas peur de regarder de près.

Et, faisant feinte de porter un coup de cuisse, le sergent* major porta un coup de tête à son adversaire, lequel arriva à temps à la parade.

— Oh! oh! dit Falou; tout beau, sergent! les moustaches sont dans Tordonnance; il est défendu dans le régiment de les couper et surtout de se les laisser couper ; et, en généra^ ceux qui se permettent une pareille inconvenance en sont punis... en sont punis!... répéta le chasseur Falou en cherchant sa belle; en sont punis par un coup de manchette!

Et, avec une rapidité telle que Faraud ne put arriver à la parade, son adversaire lui lança le coup qui porte avec luimême la désignation de l'endroit auquel il est adressé.^

Le bras de Faraud laissa échapper à rinstant même ua Jet de sang.

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Cependant, furieux d'être blessé, il s'écria:

— Ce n'est rien 1 ce n'est rien ! continuons ! ^ Et il se remit en garde.

Mais les deux témoins se jetèrent entre les combattanis et déclarèrent que l'honneur était satisfait.

Sur cette déclaration, Faraud jeta son sabre et tendit le bras. Un des témoins tira de sa poche un mouchoir, et, avec une dextérité qui prouvait l'habitude qu'il avait de ces sortes d'affaires, il se mit à bander la blessure. Il en était au milieu de Topération quand tout à coup, à vingt pas des combattants, apparut, sortant de derrière un massif d^arbres, une cavalcade de sept ou huit hommes.

— Ouf l le général en chef ! dit Falou.

Les soldats cherchèrent s'il y avait un moyen de se dissimuler aux regards de leur chef; mais son oeil était déjà fixé sur eux, et, de la main et des jambes, il avait dirigé son cheval de leur côté. Les soldats restèrent immobiles, la main droite au salut militaire, la gauche à la couture du pantalon. Le sang coulait du bras de Faraud,,

CITOYENS ET MESSIfiUBS

Bonaparte s'arrêta à quatre pas d'eux, faisant signe à son état-majorder^gter oix il était. louaobUe aux fida SbeBl itxh

mobile comme lui, .légèrement affaissé sur lui-même, d cause de la chaleur et de la maladie dont 11 était atteint, l'œil lixe, à moitié recouvert par la paupière supérieure, et laissant filtrer, à travers ses cils^ un rayon de lumière, il semblait une statue de bronze.

^ — Il parait» dit-il de sa voix sèche, que Ton se bat en duel Ici? On sait pourtant que je n'aime pas les duels. Le sang des Français appartient à la France, et c'est pour la Franco seule qu'il doit couler.

Puis, portant son regard sur l'un et l'autre des adversaires, et finissant par Tarrôter sur le sergent-major :

— Gomment se fait-il, continua le général, qu'un bravo comme toi, Faraud... ?

Bonaparte avait, dès cette époque, pour principe, ou plutôt pour calcul, de retenir dans sa mémoire le visage des hommes qui se distinguaient, afin de pouvoir, l'occasion venue, les appeler par leur nom. C'était une distinction qui ne manquait jamais son effet.

Faraud tressaillit de joie en s'entendant nommer par le général en chef et se haussa sur la pointe des pieds

Bonaparte vit ce mouvement, en sourit en lui-même et continua ;

— Gomment se fait-il qu'un brave comme toi, qui a été mis deux fois à l'ordre du jour de ton régiment, une fois à Lodi, Tau tre à Rivoli, contrevienne à mes ordres? Quant & ton adversaire, que je ne .connais pas...

Le général en chef appuyait exprès sur ces mots* Falou fronça le sourcil ils étaient entrés dans ses flancs comme un aiguillon.

— Pardon, excuse, mon général! interrompit-il. Si vous &e me connaissez pa9, c'est que vous êtes encore trop jcuna

pour m'avoir connu; c'est que vous n'étiez pas à l'armée du Rhin, au combat de Dawendorff, à la bataille de Frœschwillers et à la reprise des lignes de Weissembourg. Si vous y aviez été... - .

— J'étais à Toulon, interrompit sèchement Bonaparte. Et si, à Weissembourg, vous chassiez les Prussiens de la France, moi, à Toulon, j'en chassais les Anglais; ce qui était biei^ aussi important.

— C'est vrai, dit Falou. Nous avons même mis votre nom à Tordre du jour, mon général. J'ai donc eu tort de vous dire que vous étiez trop jeune, je le reconnais et je vous en fais mes excuses. Mais j'ai eu raison de dire que vous n'y étiez pas, puisque vous avouez vous-même que vous étiez à Toulom

— Continue, dit Bonaparte, Âs-tu encore quelque chose à dire?

— Oui, mon général, répondit Falou.

— Ëh bien, dis, continua Bonaparte. Mais, comme nous sommes des républicains, fais-moi le plaisir de m'appeler citoyen général et de me dire tu.

— Bravo, citoyen général! s'écria Faraud.

Les citoyens Vincent et Groseiller, témoins de Faraud, approuvèrent de la tête.

Les témoins de Falou restèrent immobiles, sans donner aucun signe d'approbation ni d'improbation.

>- Ëh bien, citoyen général, reprit Falou avec cette liberté de parole que le principe d'égalité avait introduit dans les rangs de l'armée, si tu avais été à Dawendorff, par exemple, tu aurais vu que, dans une charge de cavalerie, je sauvai la vie au général Abbatucci, qui en vaut bien un autre.

. — Ah I ah ! dit Bonaparte, je te remercie ; je crois qu'Abbatucci est tant soit peu moa cousin.

Falou ramassa son sabre de cavalier, et, le présentant à Bonaparte, étonné de voir à un simple maréchal des logis chef un sabre de général.

— C'est à cette occasion, continua-t-il, que le générai Plchegru, qui en vaut bien un autre,— et il appuya sur cette appréciation du général Plchegru,— voyant Tétat où j'avais mis mon pauvre sabre, m'a fait cadeau du sien, qui n'est pas tout à fait d'ordonnance, comme vous voyez.

— Encore! fit Bonaparte en fronçant le sourcil.

— Pardon, citoyen général! Comme tu vois^ je me trompe toujours ; mais, que veux-tu ! le citoyen général Moreau ne nous avait pas habitués au tu.

— Gomment! dit Bonaparte, le républicain Fabius n'est pas plus sévère que cela sur le vocabulaire républicain? Continue, car je vois que tu as encore quelque chose n me dire.

— J'ai à te dire, citoyen général, que, si tu avais été à Frœschwillers, le jour oh le général Hoche, qui, lui aussi, en vaut bien un autre, a mis à six cents francs les canons prussiens, tu aurais vu que j'ai pris un de ces canons et que c'est à cette occasion que j'ai été fait maréchal des logis.

— Et que tu as touché les six cents francs?

Falou secoua la tête.

— Nous en avons fait l'abandon aux veuves des braves morts dans la journée de Dawendorff, et je n'ai rien touché que ma paye, qui était dans un caisson du prince de Gondé.

— Brave et désintéressé I Continue, dit le général; j'aime

& voir les hommes comme toii qui n'ont pas de *'^"* u <«

278 LES filANGS BT LES BLEUS

iK lislcs pour faire leur éloge, mais qui n'en ont pas non plus pour les calomnier, faire leur panégyrique eux-mêmes.

— Enfin, situ avais été, poursuivit Falou, à la reprise des lignes de Weissembourg, tu aurais su que, attaqué par trois Prussiens, j'en ai tué deux ; Il est vrai qu'avec le troisième je suis arrivé trop tard à la parade de prime, de là la balafre que vous voyez,., que tu vois, je veux dire, et à laquelle j'ai répondu par un coup de pointe, qui a envoyé mon adversaire rejoindre ses deux camarades. J'en ai été nommô maréchal des logis chef.

— Et c'est vrai, tout cela? dit Bonaparte;

— Oh! quant à cela, citoyen général, s'il était besoin d'un témoin, dit Faraud en s'approcbant et en portant sa main, ornée d'un bandage» à son sourcil droit, je suis témoin que le maréchal des logis n'a dit que la vérité et qu'il est plutôt resté au-dessous que d'aller au delà. 11 était connu à l'armée du Rhin.

— C'est bien, dit Bonaparte regardant avec un œil tout paternel ces deux hommes qui venaient d'échanger des coups de sabre, et dont l'un faisait l'éloge de l'autre. Enchanté de faire ta connaissance, citoyen Falou. J'espère que tu ne feras pas moins hien à l'armée d'Italie que ta n'as fait à l'armée du Rhin. Mais d'où vient que deux braves comme vous sont ennemis?

— Nous? citoyen général, dit Falou. Nous ne sommes pas ennemis.

— Pourquoi diable vous êtes-vous battus alors, si vous n'êtes pas ennemis?

—Ah! ceci, dit Faraud avec le mouvement de cou qui lui était habituel, nous nous sommes battus pour nous ballre.

— Et si je vous disais que je veux savoir pourquoi vous vous êtes battus?

Faraud regarda Falou, comme pour lui demander permission.

— Puisque le citoyen général veut le savoir, dit celui-ci, je ne vois pas pourquoi on le lui cacherait.

—Eh bien, nous nous sommes battus... Nous nous sommes battus.. . parce qu^il m^a appelé monsieur,

— Et tu veux qu'on t'appelle?...

— Citoyen, mordieu! dit Faraud; c'est un titre qui nous coûte assez cher pour que nous y tenions. Je ne suis pas aristocrate comme ces messieurs de Tannée du Rhin, moi.

— Tu l'entends, citoyen général, dit Falou en frappant du pied d'impatience et en mettant la main à la poignée de son sabre , il nous appelle aristocrates.

— Il a tort, et, toi, tu as eu tort de l'appeler monsieur, répondit le général en chef. Nous sommes tous des enfants de la même famille, des llls de la même mère, des citoyens de la même patrie; nous combattons pour la République, et ce n'est pas au moment où tous les rois la reconnaissent que des braves comme vous doivent la renier. A quelle division appartiens-tu? continua-t-il en s'adressant au maréchal des logis Falou. ..

—À la division Bernadette, répondit Falou.

^ Bernadotte? répéta Bonaparte. Bernadette, un engagé volontaire, qui n'était encore que sergent-major en 89, un brave proclamé, par Kléber, général de brigade sur le champ de bataille, nommé général de division après les victoires de Fleurus et de Juliers, qui a fait capituler Maestrich et pris Altdorf. Bernadotte encourageant les aristocrate» cinnfi

son armée! Je le croyais jacobin, moi. El toi, Faraud, à quel corps appartiens-tu î i.

-* À celui du citoyen général Augereau. On ne l'accusera pas d'être aristocrate, celui-là! Il est comme tous, c'est-à-dire comme toi, citoyen général, il veut qu'oa le tutoie. Si bien qu'en voyant ceux qui arrivent de Sambreet-Meuse nous traiter de monsieur ^ nous nous sommes dit entre nous : « Â chaque mmsieur^ un coup de sabre. Est-ce convenu? —Convenu.» El, depuis ce temps-là, voilà peut-être douze fois que nous nous alignons, la division Augereau avec la division Bemadotte. Aajourd'hui, c'est moi qui paye les pots cassés. Demain, ce sera un monsieur.

-* Demain, ce ne sera personne, dit impérativement Bonaparte. Je ne veux pas de duel dans l'armée, je l'ai déjà dit, et je le répète.

-o Mais cependant..., murmura Faraud.

— G*e8t bien, je causerai de cette affaire avec Bernadette. En attendant, il vous plaira de conserver intactes les traditions républicaines, et, Sambre-et-Meuse ou Italie, vous vous tutoierez et vous vous appellerez citoyens. Vous ferez chacun vingt-quatre heures de salle de police pour l'exemple. Et, maintenant, qu'on se donne la main, et qu'on s'en aille, bras dessus, bras dessous, en bons camarades.

Les deux soldats s'approchèrent Tun de l'autre, se donnèrent une franche et loyale poignée de main; cuis Faraud jeta sa veste sur son épaule gauche, passa sa main sous le bras de Falou ; les témoind en firent autant, et tous six rentrèrent dans l'enceinte des murs par la porte Orientale et s'acheminèrent tranquillement vers la caserne. ^

Le général Bonaparte les regarda s'éloigner avec au sou: rire et en murmurant ; r i

— Braves gens! c'est avec des hommes comme vous que César a passé le Rubicon; mais il n'est pas encore temps de faire comme César.

— Murât! cria -t-il.

On jeune homme de vingt-quatre ans , à la moustache et aux cheveux noirs, à l'œil vif et intelligent , lit faire ud bond à son cheval et se trouva en un instant près du géai^-^ rai en chef.

— Hurat, lui dit celui-ci, tu vas partir à l'instaot même pour Vicence, où se trouve Àugereau ; tu me Tamèoeras au palais Serbeiioni. Tu lui diras que le rez-de-chaussée du palais est vide et qu'il peut y descendre.

— Diable! murmurèrent ceux qui avaient vu seulement, mais qui n'avaient pas entendu. On dirait que le général Bo* naparte est de mauvaise humeur.

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