PROLOGUE
Au souffle de ce spleen immonde Se pourrissent empoisonnés; Même avant la première goutte Tout breuvage offert nous dégoûte.
Nous dont l'oreille absurde écoute L'ancien rêve en le regrettant ; Toutes voluptés sont amères A nous qui cherchons ces chimères :
L'absolu dans les éphémères Et l'éternité dans l'instant.
Donc, ô mes frères, pauvres hommes,
En vérité je vous le dis,
La fin de siècle que nous sommes
N'est pas encor le paradis.
Les religions disparues
Ne font plus déjeunes recrues;
On ne voit plus d'âmes férues
Pour les croyances d'autrefois ;
D'autre part, nul ne se révèle
Qui plante dans notre cervelle
La fleur de quelque Foi nouvelle
Sur le fumier des vieilles Fois.
Peut-être il valait mieux encore Vivre dans ces temps bienheureux
Que leur ignorance décore
Et qui croient tout créé pour eus.
Où les Ames endolories
S'endorment dans des menteries
Pleines d'illusions fleuries
Qui font les jours délicieux.
Mais hélas I qu'y pouvons-nous faire ?
Quoi qu'on désire ou qu'on préfère,
Nous vivons dans une atmosphère
Où tout dit le néant des cieux.
Aussi sur nos fronts une ride Creuse-t-elle un funèbre pli, Quand nous sentons la cendre aride Dont notre cœur froid est rempli.
Car malgré tout, au fond du i'âme.
Je ne sais quoi toujours réclame Un peu de lumière et de Ilamme, Du jour, de l'air, quelques rayons.
Non, rien 1 L'ombre épaissit ses ondes Aussi noires, aussi profondes.
Et nous jetons en vain des sondes Dans ce goufl're où nous nous noyons.
Jetons-les quand même, n'importe!
Cherchons, espérons du nouveau.