‹ Les blasphèmesChapitre 58 sur 64 · HALLALI · texte numérisé non relu

HALLALI

gouttes de mon sang, voilà donc votre histoire Et les chansons que vous chantez!

Va, sang de mes aïeux, vieux sang blasphématoire, Sang des gueux, sang des révoltés,

Tes leçons dans mon cœur ne resteront pas vaines,. Brave sang toujours en éveil

Dont le flot vagabond aime à jaillir des veines

Pour montrer sa pourpre au soleil!

Je veux aussi, je veux comme vous, mes ancêtres,

Vivre debout sur l'étrier.

Pousser ma charge, et dans la bataille des êtres

Ouvrir mon sillon meurtrier.

En ce temps où le vent des folles aventures

Ne souffle plus dans nos poumons.

Je n'irai pas chercher les victoires futures

A travers les vaux et les monts.

Mais dans l'intelligence humaine, ensemencée

D'un tas de mots intimidants, Je lancerai les noirs chevaux de ma pensée,

Ventre à terre et le mors aux dents; Et malgré les fourrés obscurs pleins de racines,

Les fondis où Ton disparaît, Les étangs croupissants aux plantes assassines,

Malgré tout, fouillant la forêt, J*y donnerai la chasse à la bête hagarde

Qu'elle cache en ses antres verts, Afin de lui plonger au cœur jusqu'à la garde

Le clair yatagan de mes vers.

O Dieu, jusqu'à présent, dans les mythologies,

Parmi tes avatars passés, A te mettre en lambeaux mes mains se sont rougîes;

Mais pour moi ce n'est pas assez.

Ce qu'il faut à ma haine, à ma vengeance entière,

A mes blasphèmes triomphants, Ce n'est pas seulement ton corps fait de matière

Par les hommes encore enfants; C'est la chair de ta chair, c'est l'âme de ton âme,

Ton concept enfin dégrossi, Moins palpable que l'air, plus subtil que la flamme,

Et que je veux tuer aussi.

Par le respect des lois, l'amour de la nature,

Le culte de notre raison.

C'est toi, c'est toujours toi qui dans notre pâture

Mets l'Absolu comme un poison.

En vain les Dieux sont morts, le dernier agonise;

Toi, tu demeures immortel.

En se divinisant l'homme te divinise

Et son orgueil te sert d'autel.

Mais moi, je ne sais pas ces lâches défaillances.

Suivant ma route jusqu'au bout.

Ces cultes, ces respects, ces amours, ces croyances

Qui dans nos cœurs restent debout, J'éteindrai leurs lueurs, suprêmes girandoles

Des vieux temples abandonnés.

Hurrah! pour l'hallali des dernières Idoles,

Fanfares des aïeux, sonnez I sang des Touraniens qui bous dans mes artères,

Sang des révoltés, sang des gueux,

Sn

Gomme à travers les champs, à travers les mystères

On peut prendre un galop fougueux.

Taïaut! taïaut! Voici le troupeau des Idées

Qui fuit effaré devant nous.

Taïaut! taïaut! Que nos montures débridées

Aient la tête entre leurs genoux!

Hardi! Traversons tout, le taillis, la clairière;

Sautons les rus, les chemins creux!

Plus vite, et sans jamais regarder en arrière!

Ceux qui tombent, tant pis pour eux !

Hallali ! hallali î Quand la bête forcée

Sera morte, le ventre ouvert.

Alors enfin, ô noirs chevaux de ma pensée.

Je pourrai vous remettre au vert; Alors, à ciseler des bijoux de vitrine

J'emploierai mon clair yatagan; Alors, 6 sang cruel qui fis dans ma poitrine

Passer ce souffle d'ouragan, vieux sang des aïeux, du sang de la curée

Je serai pour toi l'échanson, Et je t'en ferai boire une pleine verrée

Pour te payer de ta chanson.

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