RAISON
Et d'abord, toi, Raison, à nous deux! Viens ça! Laisse
Tes airs superbes, s'il te plaît.
Tu ne m'imposes point, impudente drôlesse
Dont l'homme se croit le valet.
Tes prétendus présents, ta grandeur mensongère,
Tes outrecuidantes leçons.
Les faux espoirs que ta vanité nous suggère.
Les rêves dont nous t'engrossons, J'ai tout pesé. J'ai mis face à face en balance
Tes promesses et mon désir,
(ue la proie où notre raim s'élance
u ne pouvais pas la saisir.
orient tfis mota subtils, tes phrases
on retentisaant tympanon?
nés en deuil, nous voulons être heureuses
ttis-lu nous rendre heureuses? Non.
,nt, la Vie est-elle si mal faite puisse sortir comme on sort d'une fôte?
donc cette fièvre, hélas ! dont nous soultrons, up de marteau bat toujours sous nos fronts, lont nul remède ne délivre?
>nc cet obscur et lâche empoisonneur iffle corrompt jusqu'au simple bonheur le respirer, d'aller, de vivre?
LES DERNIERES IDOLES 27i
Pourquoi n'avons-nous pas la paix, ]a douce paix. Comme toi, notre sœur, brute qui te repais
Aux mamelles de la Matière, Brute contente, brute aux beaux grands yeux ravis, Brute dont les désirs sont toujours assouvis,
Dont la joie est toujours entière?
D'où vient que Thomme seul, ton seigneur et ton roi, Ne peut rien contempler sans un mystique effroi,
Ni rien goûter sans amertume.
Ni jouir de ses biens sans un secret tourment? D'où vient qu'à savourer les choses bonnement
Jamais son cœur ne s'accoutume?
Pourtant, comme il serait heureux, s'il le voulait! Gomme il pourrait aussi se soûler de ce lait
Que te fait téter la Nature î N'a-t-il pas le soleil et ses riches bontés, Les arbres, les prés verts, les animaux domptés,
Pour subvenir à sa pâture?
N'a-t-il pas l'ordre sûr des mobiles saisons, Et, ce que tu n'as pas, des foyers, des maisons Plus tranquilles que tes tanières?
Z7Z LSS BLASPHEMES
N'a-t-il pas le bon vin saignant dans
Et qui, mâme en hiver, sait parfume:
De chaudes odeurs printanit
N'a-t-il pas le suave amour, les longs baisers. Pour rafralcbir le feu de ses sens embrasés
Quand le rut aux reins vient le mordre? N'a-t-it pas des parents, des enfants, des amis, Et, parmi tes pareils, des esclaves soumis
Pour qui son caprice est un ordre?
Voici les fleurs, les fruits, l'or virant des moissons, Les gibiers, ruminants, coureurs, oiseaux, poissons.
Dont sa large faim se régale.
Voici les durs métaux et les clairs diamants. Quels que soient ses désirs, terribles ou charmants,
Tout s'offre à calmer sa fringale.
Voici, pour le distraire au retour des travaux, Des passe-temps divins incessamment nouveaux.
Les arts, les jeux et la musique.
11 n'a qu'à se donner la peine de choisir Pour cueillir une joie et goûter un plaisir
Dans ce beau paradis physique.
Ses jours sont assurés, aussi ses lendemains. Il peut, tant qu'il le veut, puiser à pleines mains
Et selon les besoins de l'heure A cet inépuisable et magique trésor.
La terre est toute à lui. Que faut-il donc encor
A ce maître absolu qui pleure ?
Ah I bien loin d'être triste, il devrait j* le vieux fou, Étant gorgé de biens sans nombre jusqu'au cou,
Éclater d'une joie immense.
Et craindre seulement le risible danger De n'avoir pas assez d'appétit pour manger
Ce plat qui toujours recommence.
Il devrait être heureux comme toi, satisfait, Et même infiniment plus heureux en effet,
Puisque son cerveau qui raisonne Des plaisirs dégustés peut juger mieux le prix Et trouver, dans l'effort de les avoir compris,
Un orgueil qui les assaisonne.
Hélas I c'est justement ce pouvoir merveilleux. De sentir plus à fond et de connaître mieux, Qui pèse à sa tête sensée.
374 LES BLASPHÙMBS
Voili le mal qu'il souffre et que tu ne sais pas. ('e qui flétrit pour lui le monde et ses appas, C'est ce tourment de la pensée.
Oh t le mystérieux et terrible tourment !
En place de jouir de tout naïvement,
L'homme, analysant tout, se torture lui-même.
Il ne lui suffit pas de tenir ce qu'il aime;
Il recherche pourquoi ce qu'il aime lui plaît,
D'où vient que tel objet est beau, tel autre laid.
En quoi consiste au fond le bien ou son contraire,
Ce qu'il doit en conclure, imaginer, abstraire; ■
Et de tous ces travaux son esprit obstiné
A la fin comme un miel amer n'a butiné
Que science incertaine au vénéneux délice,
Au lieu de respirer les fleurs à plein calice.
Même quand il éprouve une joie, h l'instant
Le voil qui l'arrête an vol, la discutant :
« D'où sors-tu ? Que veux- tu ? Quelle est ta raison d'être?
( Dans quel but es-tu née et vas-tu disparaître?
LES DBRNIÈRBS IDOLES 275
« Est-ce bien moi qui t'ai, d'ailleurs ? Ne suis-je pas
€ Le jouet d'un mirage aux décevants appas ?
« Je ne puis te connaître, ô monde qui m'enserres,
« Que par mes sens; et qui me dit qu'ils soient sincères?
c Ce qu'il me faut toucher, c'est la Cause. Voyons! »
Et piquant d'une épingle au cœur ces papillons,
Ces légers et brillants papillons de la joie,
Il écrase l'or fin de leurs ailes de soie,
Et ne trouve dessous qu'un pauvre ver mourant
Qui laisse entre ses doigts un peu de poudre. Il prend
Dans le creux de sa main ce cadavre en guenille.
Et dit : « joie, adieu! tu n'es qu'une chenille. »
Ainsi de tout. Pour qui cherche l'essence au fond
Des choses, chaque chose en un néant se fond.
Mais pourquoi donc, ô fous, tentez-vous l'impossible ?
C'est l'Être en soi que vous visez comme une cible;
Vous ne l'atteignez pas, et vous vous étonnez I
La cible est infinie et vous êtes bornés.
N'importe! Et de nouveau l'homme absurde s'entête,
Oubliant tout, la vie en fleurs, la terre en fête,
Pour s'abîmer dans sa pensée à corps perdu.
« Je suis. Donc le secret de mon être m'est dû. »
Tel qu'un imperceptible atome d'une goutte,
Qui, noyé dans la mer, voudrait l'embrasser toute,
Depuis que l'homme existe il a toujours voulu
Dans son cœur contingent absorber l'Absolu.
Lui, grain de l'univers, il ne peut se résoudre A ne voir dans ce Tout qu'un tourbillon de poudre Qui s'agite au hasard et dont nul n'a l'emploi. Il a soif d'y trouver une Cause, une Loi, Une Raison qui parle à son moi qui raisonne.
Comme en dernier ressort il ne trouve personne, Puisque le Tout ne peut se centrer en un lieu. Alors il croit que cet inconnu, nommé Dieu, S'enveloppe à dessein dans l'ombre et le, mystère, Et se moque de nous, et nous a mis sur terre Non pour vivre et jouir ainsi que l'animal.
Mais pour philosopher sur le bien et le mal.
Pour rendre des devoirs à la Cause des causes. Pour nous mortifier, pour nous priver des choses, Pour mériter enfin d'aller revivre ailleurs.
Sous un destin plus noble et sous des cieux meilleurs Où, purs et délivrés de cette terre immonde.
Nos esprits entreront dans le secret du monde. Et désormais voici de nouvelles raisons De n'aimer pas les biens auxquels nous nous plaisons. De vivre malheureux, de dénigrer la joie.
A présent, dès qu'en nous quelque désir rougeoie Nous promettant la fraîche aurore d'un plaisir, Avant qu'à son amorce il ait pu nous saisir ^ Vite il faut l'étouffer comme une impure flamme.
4 SacrifioQS le corps afin de sauver l'âme !
Fuyons ces voluptés menteuses! Méprisons Ces sens grossiers qui pour l'esprit sont des prisons I Revêtons un ciliée et coiffons-nous de cendre! Plutôt que de céder, même de condescendre A ces tentations vers de sales péchés, Que nos cœurs pantelants, saignants, soient arrachés ; Que tous nos appétits fougueux soient mis à l'ordre. Muselés comme un las de chiens qui veulent mordre ; Et faisons pénitence; et pleurons à genoux; Et, mieux encor, pour êtçe en repos, châtrons-nous ! Ainsi, des deux côtés, que l'homme doute ou croie, Au dégoût de son sort terrestre il reste en proie, Et triste, à tous les biens offerts montrant le poing, Du simple et doux bonheur de vivre il ne veut point. Et tout cela, c'est pour avoir mis dans sa tête Qu'il a droit de penser autrement que la bête, Que l'Absolu réside au fond du contingent.
Et que lui, l'Homme, libre, actif, -intelligent, boit dans cet Absolu rencontrer le principe Éternel, infini, duquel il participe !
Tout cela, c'est pour s'être un jour grisé l'esprit De ce raisonnement : qu'il fallait qu'il comprît, Puisqu'il portait en soi le désir de comprendre. Il s'est dit : « Dieu m'a fait, si je puis le lui rendre. « Je pense; donc il est quelqu'un qui m'a pensé. » De ce jour la douleur pour l'homme a commencé.
Voilà le mal secret dont rhumanité souffre, Incrusté dans sa chair comme un moxa de soufre! Voilà l'obscur virus, le lâche empoisonneur Par lequel dans nos mains crève notre bonheur!
Mais je t'humilierai, coureuse de chimères,
Faiseuse de vœux clandestins, Toi qui parles si haut de nos corps éphémères
Et de tes immortels destins, Raison! J'armerai mes mains endolories.
Tes crimes seront expiés.
Déjà j'ai su crever tes fantasmagories
A coups de poings, à coups de pieds.
Tous ces mots ambigus au mensonge sonore,
Oh ton fol orgueil s'est complu.
Tous ces vocables creux dont ton rêve s'honore,
L'Ame, l'Idéal, l'Absolu, Les Principes, l'Abstrait, l'Ordre infini, la Cause,
Le Vrai, le Beau, le Bien, la Loi, Et tes espoirs de ciel et de métempsycose.
Et tes prières, et ta foi,
Et tes Dieux, tous ces Dieux en qui ces mots eux-mêmes
A la fin se sont incarnés, Je les vus tout nus, dégonflés, vidés, blêmes.
Et leur ai fait des pieds dé nez.
.l'ai sans peur insulté ces stupides images
En haut de qui tu te perchas.
Tous ces pantins en qui tu te fais rendre hommages,
Je les ai couverts de crachats.
L'idole que je hais maintenant, c'est toi-même,
Puisque toi seule me trompais.
Contre mon propre esprit je me rue au blasphème.
Je veux la paix ! Je veux la paix!
Je veux goûter les biens que m'offre la Nature,
Tranquillement, d'un cerveau coi.
Sans qu'un sourd désespoir aussitôt me torture
De n'en pas savoir le pourquoi.
Au soleil radieux, parmi les grasses plaines, Dans les fleurs, sous un ciel léger.
Je veux jouir du Temps qui passe les mains pleines,
Et prendre sans l'interroger.
Je veux ouvrir mes bras aux humaines tendresses
Et n'en pas craindre les regrets, Et boire des baisers et manger des caresses.
Quoi que ce soit qui vienne après.
Je veux être joyeux, content, aimer les choses,
Chanter, rire, m'extasier,
Respirer librement Tair pur, cueillir les roses
En laissant Fépine au rosier, M'épanouir parmi les enfants de la Terre I
Bonne pour moi comme pour eux, Et ne pas demeurer sinistre et solitaire
Au milieu de ce tas d'heureux.
Je veux que mon bonheur me pénètre les moelles.
Dans ce monde où je suis le roi.
Je veux enfin pouvoir contempler les étoiles
Et mon propre cœur sans effroi.
Donc, à nous deux, Raison I Je ne suis plus ta dupe,
Et jusqu'au dernier oripeau Je vais te dévêtir de ta royale jupe
Pour te fouailler à pleine peau.
vieille commère bavarde, Qui t'a dit que ça te regarde De voir le fond de l'Être en soi?
Qui t'a dit, ô rêveuse triste, Que dans les choses il existe Un principe, un but, un pourquoi?
LES DBRNIÈRBS IDOLES 281
Qui? C*est ton orgueil téméraire.
Du corps mortel tu veux t' abstraire, Te distinguer, te délier.
Comme à tes sottes entreprises Il s'oppose, tu le méprises Et tu rappelles ton geôlier.
Tu veux trouver une Substance Où raccrocher ton existence A Tabri du temps qui la mord.
Une autre Substance éternelle Qui renferme la tienne en elle Et t'assure contre la mort.
De là cette soif insensée Que tu mets dans notre pensée, Soif que rien ne rafraîchira Et qui nous fait après une onde Chimérique courir le monde Ainsi qu'un morne Sahara.
Et nous allons, fouillant le sable De ce désert infranchissable, Ne buvant que lorsqu'il a plu,
■"•■«^-jw^
Fuyant loin des sources humaines, Dans le sable des phénomènes Cherchant le puits de l'Absolu.
Mais c'en est trop I Tirons vengeance De cette folle Intelligence Qui fait tant souffrir notre chair, Et qu'en nous la bête délivre Notre pauvre corps qui veut vivre, Notre bon corps qui nous est cher!
toi qu'enfin j'ai su connaître, Qui te crois l'être de mon être, Le mieux dans ce t]u'il a de bon, toi qui t'intitules l'Ame Et sors.de moi comme la flamme Sort des entrailles du charbon,
Tais-toi ! ne cherche pas encore Par la lueur qui te décore A me jeter la poudre aux yeux!
flamme qui deviendras cendre, Ne te vante pas de descendre Dans les gouflres mystérieux !
Cesse tes airs d'impératrice!
Ne prétends plus que ton caprice A tous mes vœux serve de loi !
Surtout ne tiens plus en tutelle Cette chair, à coup sûr mortelle, Mais qui ne Test pas plus que toi !
Pour forcer son obéissance, Tu te proclames d'une essence Autre que celle de la chair.
Mais que serais-tu donc au monde Si ce corps que tu dis immonde Te refusait son regard clair?
C'est par lui seul, grâce à son aide.
Grâce aux sens, aux nerfs qu'il possède, Au. sang chaud qui lui sert d'engrais, Que tu peu:x cueillir les idées Et lirer des choses vidées La moelle obscure des secrets.
11 voit, il flaire, il goûte, il touche, Il entend; et c'est par sa bouche Qu'aux objets tu donnes des noms.
Tu n'es que la bulle légère Du gaz formé quand il digère Les empreintes que nous prenons.
De la bulle qui vient d'éclore Le prisme au feu muticolore Fait un chatoyant arc-en-ciel; Mais cette enveloppe qui crève Ne cache dans sa splendeur brève Que l'affreux vide essentiel.
Toi donc, qui tires tout ton être De ce corps qui seul te fait naître, De ce corps avec qui tu meurs, Allons, ô reine fanfaronne, A bas ton sceptre et ta couronne Et tes insolentes clameurs !
Servante du corps qui t'exhale, Redeviens son humble vassale, Rentre avec lui sous le niveau.
Toi non plus tu n'es que matière, Raison, 6 Pensée altière, borborygme du cerveau I
H ■^Tf - ^JM^
NxVTURE
Nature, je te hais pour l'avoir trop aimée!
soupirs langoureux épars sous la ramée, Confus chuchotements où Ton entend c^es voix Comme si les buissons et les feuilles des bois Se racontaient tout bas des histoires de fée; propos amoureux que la brise étouffée Vient bourdonner le soir au passant tout songeur; troublante fraîcheur du matin; ô rougeur De Taurore, par qui la nuée est pareille A quelque joue en fleur de vierge qu'on éveille Sous un baiser; ô pourpre étrange des couchants; parfums capiteux qui rôdez par les champs; souffles vagabonds qui vous mouillez les ailes En vous pâmant d'amour sur les roses nouvelles; consolations endormeuses des flots, Qui semblent des amis répétant nos sanglots, Tandis que pour calmer notre peine éphémère
La mer nous berce ainsi qu'une bonne grand'mère;
profonds, ô lointains regards du firmament,
Où les étoiles sont des pleurs de diamant
Que l'on croirait versés par des sœurs immortelles
Quand nous levons nos yeux, nos tristes yeux, vers elles ;
chansons, ô regards, ô parfums, ô couleurs,
bruits mystérieux, appels ensorceleurs,
J'ai cru comme un enfant à vos promesses vagues;
Et les bois, les matins, les soirs, les vents, les vagues,
Les étoiles, tous ceux qui m'ont dit un beau jour
Que l'homme peut aimer d'un éternel amour.
Tous ceux qui m'ont juré de finir ma torture.
Toutes ces voix qui sont les voix de la Nature,
Tous ces spectres fuyards qui m*ont fait les yeux doux.
Tout m'a trahi, tout m'a menti... Malheur à vousl
Malheur à vousl malheur à toi, Nature infâme!
Je secouerai mes vers à la langue de flamme.
Ces vers que je forgeais pour toi naguère encor
Afin d'orner ton front avec leurs rayons d'or;
Je les prendrai sans peur dans mes deux mains crispées.
Faisant de ces rayons des lances, des épées,
Des flèches, dont la pointe entrera dans ta chair.
Sifflant comme un serpent, brûlant comme un éclair;
Et je te criblerai d'invectives, d'outrages;
Je t'envelopperai d'un tourbillon de rages;
Je lâcherai sur toi tous les noirs bataillons
De mes haines mettant ta poitrine en haillons;
Et je saurai viser les places les plus sûres
Pour te planter les plus déchirantes blessures;
Et je te crèverai les yeux, et je ferai
Saigner par tous les bouts tout ton corps lacéré
Tant et tant qu'il sera troué comme une cible,
Et nous verrons alors si tu l'es, l'Impassible!
Et d'abord jette bas ton masque de beauté,
Ce masque que les mains du poète ont sculpté,
Enluminé, verni, maquillé pour la foule.
Ce masque sous lequel est ta face de goule.
Nous avons fait de toi la déesse aux beaux flancs
Qui porte deux rubis aux bouts de ses seins blancs,
Deux astres dans ses yeux plus miroitants que Tonde,
Tout le soleil fondu d^ns sa crinière blonde,
Toutes les voluptés au creux de son nombril.
Nous avons célébré les fleurs de ton Avril
Humide, les moissons de ton Juin monotone,
Le ciel sale et brouillé de ton fiévreux Automne,
Et même les frimas de l'Hiver. Nous plaçons
Le los de ta beauté dans toutes nos chansons.
Pour te parer toujours d'une splendeur nouvelle
Nous nous vidons depuis six mille ans la cervelle.
Mais il est temps qu'on sache enfin la vérité.
De tous tes beaux renoms, pas un n'est mérité.
Venez! je vais ouvrir à deux battants l'alcôve.
288 LBS BLASPHÈMES
Regardez la déesse au litl Son front est chauve;
Car ses cheveux n'étaient qu'une perruque. Elle a
Non pas deux astres dans les yeux, mais deux trous là.
Les seins ne sont pas vrais. La peau du ventre est fausse.
Le creux de son nomhril est creux comme une fosse.
On y enterrerait des peuples tout entiers.
couleurs de la vie, ô formes, vous mentiez !
Voici que la chair tombe ainsi qu'une toilette.
La déesse aux beaux flancs n'est qu'un hideux squelette.
Vieux monstre, avec ton nez camard en triolet,
carcasse qui n'as ni cœur, ni sang, ni lait.
Que viens-tu nous parler de tes larges mamelles?
Mais tu n'as même plus ce qui fait les femelles.
Ton corps est une cage ouverte à tous les vents.
Nature, avec quoi fais-tu donc des enfants?
Aussi n'est-ce pas toi qui les fais. Tu les tues.
Mais, pour qu'il y en ait toujours, tu prostitues
Tout le monde, tu mets dans tout être animé
Le désir frénétique, aveugle, d'être aimé.
Ne pouvant éprouver ces désirs qui sont nôtres,
Tu pousses l'aiguillon du rut aux flancs des autres.
Tu nous excites par tes voix, par tes senteurs,
Par les souffles errants dans tes arbres chanteurs,
Et par tout ce qui peut troubler la chair vivante.
Ainsi qu'une sorcière aux noirs philtres savante,
Tu rajeunis toujours notre soif de baisers.
Tout te sert à nourrir nos vœux inapaisés.
Tu fais qu'à certains jours, le plus froid, le plus sage
Sent une âpre chaleur lui monter au visage,
Un frisson lui fouiller les moelles brusquement,
Si bien que, s'il regarde au ciel en ce moment,
Les étoiles ont l'air d'un vol de cantharides.
Toi, tu restes toujours la vieille aux flancs arides.
Tu ne t'enflammes pas à ce feu que tes mains
Attisent. Tu ne mets l'amour dans nos chemins
Que pour faire engendrer plus d'êtres, plus de races,
Afin d'en avoir plus à tuer. Tes voraces
Et sombres appétits ne sont jamais lassés.
Même, quand quelque mâle ose enfin dire assez,
Quand il veut le repos, ayant fait sa besogne,
Tu lui donnes du pied au cul de sa charogne.
Ëttudis : « Qu'on m'en fasse un autre III est trop vieux. »
C'est qu'avant tout, terrible enterreuse, tu veux
Que l'on croisse sans cesse et que l'on multiplie :
Car plus nous augmentons, plus ta fosse est remplie.
Nature, c'est pourquoi je te hais sans remord.
Toi qui fais des vivants pour amuser la Mort,
Toi qui nous donnes ton soleil, ton air^ tes ondes.
Et les vierges forêts, et les terres fécondes,
Et la vigne et les fruits, et les moissons, afin
De nous mieux engraisser pour la Mort qui a faim,
Toi qui nous fais aimer et pulluler pour elle,
marchande de chair humaine, ô maquerelle !
Et maintenant qu'on sait le métier que tu fais,
Reprends, si tu le veux, ce dont tu t'attifais;
Reprends ton linge frais brodé de pierreries,
Tes bas d'azur et tes jarretières fleuries,
Ta collerette aux plis' tuyautés par les vents,
Ton corsage d'écorce, et tes jupons bouffants
Dont la fine dentelle a pour fils les nuées
Et dont les volants sont les vagues remuées;
Reprends ton diadème et tes bandeaux vermeils
Pleins d'aurore, de feux, d'épis et de soleils ;
Reprends ta robe verte, et jaune, et rouge, et bleue,
Élargissant la traîne énorme de sa queue
Dont la soie est tissue avec l'herbe des prés.
Les bois, les fleurs, les fruits, les pampres empourprés;
Reprends ton noir manteau de velours, où scintille
Le semis précieux des astres, ta mantille
Que fich.e à ton chignon la lune en s'y plongeant
Comme une riche épingle à la tête d'argent ;
Reprends aussi ta chair dont je t'ai dépouillée;
Et qu'elle nous paraisse encor belle, mouillée
Par les avrils, dorée au baiser des chaleurs,
Fardée et parfumée aux corolles des fleurs.
Et toute blanche à la poudre de riz du givre ;
Reprends ce corps superbe où nous te faisons vivre,
Où nous t'imaginons adorable; reprends
Ces seins gonflés, ces bouts de tétins fulgurants, Ge ventre ferme et blanc ainsi qu'un bloc d'ivoire, Ce ventre incendiant l'univers de sa gloire, Ce ventre de Cybèle ensemble et de Vénus, Où fleurit le secret d'un étrange lotus; Telle que te voilà, telle qu'on te décore, Sous ce tas de splendeurs, vieille, tu mens encore î Non, non, tu n'es point belle. On me répète en vain Que ton œuvre est parfait, que ton ordre est divin. Que tout cela compose une immense harmonie, Que nous devons tomber à tes pieds. Je le nie. Ton ensemble n'est rien qu'un mélange sans art : Car celui qui le crée a pour nom le Hasard.
Lui seul se trouve au fond de l'être et de la chose. Ses caprices n'ont point de but et point de cause. Par zigzags, ainsi qu'un ivrogne, ainsi qu'un fou, Il marche, et ne sait pas pourquoi, comment, par où ; Il marche, il pousse, il tombe, il roule, il gesticule; Il chante quelque bout de chanson ridicuje Dont il ne peut jamais trouver le dernier vers; Et dans tout ce que dit sa cervelle à l'envers Je n'entends pas de quoi former une pensée.
La vie, incessamment éparse et dépensée, Ne suit pas un chemin qui mène quelque part ; Mais, sans point d'arrivée et sans point de départ. Palpite, s'enfle, gronde, et bouillonne sur place,
Les effets, comme un nœud de serpents qui s'enlace,
S'enchevétrant au sein d'un tumulte profond :
Telle une mer sans bords dans un goufTre sans fond.
Comment tout ce chaos serait-il harmonie?
Comment de celle lulle élernelle, infinie,
Peut-il sortir un mot que l'on érige en loi?
L'ordre que je crois voir en tout, il n'est qu'en moi.
Perdu dans celle mer dont j'habite une goutte.
Je regarde à deux pas autour de moi, j'écoute,
Et je raisonne; et c'est pour calmer mon désir
De comprendre ce tout que je ne puis saisir,
C'est par orgueil, que dans mon esprit j'imagine
Des ressorts, une idée, une âme à la machine.
Mais rien de tout cela n'existe hors de moi.
La matière ne peut connaître ni l'émoi,
Ni l'espoir, ni le but, ni le vouloir. En elle
Ne peut se condenser de forme personnelle.
Elle n'obéit point et ne commande point.
Elle est. Elle n'a pas dans son orbe un seul point
Où tous ses autres points doivent chercher leur centre.
EUen'est pas comme un cerveau, maiscomme un ventre
Qui serait à la fois et matrice et tombeau.
Rien n'est bien, rien n'est mal, rien n'est laid, rien n'est beau, onde n'est qu'un las confus de phénomènes bul. Ce n'est pas toi, fantôme, qui le mènes, est pas Dieu. Ce n'est personne. Il porte en soi
Son être inconscient : la Force, et non la Loi. Que veux-tu maintenant. Nature, que je fasse Des menteuses beautés qui brillent sur ta face? Que m'importent ton ordre apparent, et tes lois, Ces lois que Ton croyait divines autrefois.
Et qui sont simplement une habitude prise?
Elles pourront changer un jour. Je les méprise. Mais, telles qu'elles sont, puisque j'y suis soumis, Je saurais les aimer, si leurs décrets amis Ordonnaient mon bonheur et me doraient mes rêves. Loin de là I Me courbant sous des peines sans trêves, Me chargeant de soucis, m'écrasant de fardeaux, Elles pèsent d'un poids terrible sur mon dos. Si la Force est quelqu'un, je me la représente Non pas comme une femme aimante et bienfaisante, Mais comme une catin tuant son nouveau-né.
Car, pour nous rendre heureux, que nous as-tu donné, Nature? S'il est vrai que tu nous mets au monde Sachant ce que tu fais, réponds, mégère immonde. Pourquoi condamnes-tu tes enfants au malheur? S'ils naissent, c'est ta faute et ce n'est point la leur. Alors d'où vient contre eux ta haine? farce amère! Quel est donc l'insensé qui t'appelle sa mère? Non, non, ce n'est pas vrai, Nature, tu n'es pas La bonne ménagère apprêtant nos repas, La nourrice pressant à deux mains ses mamelles
Pour abreuver le monde à ces sources jumelles,
La mère qui chérit, la mère qui défend.
L'homme ne te doit rien. Il n'est pas ton enfant.
Tu gardes tes bontés pour les petits des bêtes.
C'est pour eux,poureux seuls, que tes herbes sont faites,
Que tes fruits odorants ont des larmes de miel,
Que ton soleil fleurit dans le jardin du ciel.
Quand ils naissent, avant que leur regard s'allume.
Ils sont déjà vêtus ou de poil ou de plume;
Tu leur as pro<figué des duvets, des toisons.
Pour abriter leur corps des changeantes saisons.
Ils grandissent, choyés par ta main qui tes berce,
Sur la terre féconde où la semence perce.
Dans les prés pleins de sucs toujours frais et nouveaux.
Dans les bois opulents qui poussent sans travaux.
Pour avoir à foison ce que chacun préfère,
Ds n'ont qu'à se baisser, à prendre, et rien à faire.
Heureux! Car tu n'as pas voulu leur dispenser,
Comme à nous, tes maudits, le besoin de penser.
De tous tes faux présents c'est là le plus funeste!
Mais nous avons encor d'autres malheurs du reste.
Lorsque l'enfant paraît dans ce monde inconnu.
Cependant que sa mère agonise, il est nu.
Bleui, couvert de sang et d'ordure, il arrive
Comme un marin noyé rejeté sur la rive.
Où sont donc tes bontés pour lui dans ce moment ?
Aussi, son premier cri, c'est un vagissement
Lugubre, comme si dans les choses futures
Jl voyait ce qu'il doit endurer de tortures.
Ah ! qu'il pleure, qu'il pleure encor, l'infortuné !
On ne peut trop gémir du malheur d'être né.
Le voilà qui grandit lentement, laid^ débile,
Acre de sang, rongé d'humeurs, pétri de bile,
Plein de gourme au dehors et de fièvre au dedans.
Souffrant comme un damné rien qu'à faire ses dents.
Il faut l'entortiller de maillots et de langes
Ainsi qu'une momie. Il a des maux étranges :
La rougeole qui met son sang à fleur de peau,
Le croup qui dans sa voix fait râler un crapaud.
Et les convulsions qui tordent sa carcasse
Gomme des branches d'arbre au vent fou qui les casse.
Un rien le rend mourant. Pour peu qu'il ait été
Ou cinglé par l'hiver ou mordu par l'été,
il faut le rétablir à coups de médecines.
Les moindres voluptés pour lui sont assassines :
Le plaisir de courir les membres découverts,
De barboter dans l'eau, de manger des fruits verts,
De jouer, c'en est plus qu'il ne faut, pour le mettre *
Sur le flanc. Malgré tout, il vit. Alors un maître
S'empare de sa vie. Un supplice nouveau
Commence. Sans relâche on meurtrit son cerveau ;
On laboure en tous sens sa mémoire obsédée
De sillons douloureux où doit germer l'idée.
On use à ce travail ses jours d'adolescent.
Puis la jeunesse arrive et le tourmente. Il sent
Mille désirs confus s'éveiller dans son âme.
Des espoirs insensés, des passions de flamme,
D'inextinguibles soifs qu il ne peut étancher,
Comme un martyr brûlé vivant sur un bûcher.
Son sang fiévreux, qui bout comme une lave épaisse,
Roule l'âpre besoin de propager l'espèce,
Et le fait se ruer aux grifl'es de l'amour
Qui roucoule en colombe et dévore en vautour.
Il est jaloux, trompé, torturé. Plus il aime
Et plus il souffre. Aimé, son cœur gémit quand môme;
Dans son bonheur présent il songe au lendemain,
Et ses plus belles fleurs se fanent dans sa main.
Car, pour ronger sa joie à peine commencée,
Il porte en son cerveau le ver de la pensée.
Il pense. Il veut savoir. Il fouille au fond de tout.
Et pour trouver le doute abominable au bout.
Comme un enfant perdu dans une forêt sombre,
II chemine à tâtons, pleurant, les yeux pleins d'ombre,
Le front meurtri par les arbres aux rudes nœuds,
Les doigts ensanglantés aux buissons épineux.
Parmi Jes hurlements des loups, les bruits funèbres,
Dans le fourmillement des profondes ténèbres
Où ricanent des voix, où partout l'on se sent «
Frôlé par les cheveux d'un spectre grimaçant. terreur ! Et c'est toi, Nature, qui lui causes Ces épouvantements dans la forêt des choses; C'est toi qui Tas perdu dans ce carrefour noir, En lui donnant des yeux qui n'y peuvent rien voir. Écrasé sous le poids de l'ombre qui l'accable, Il cherche à s'expliquer ce monde inexplicable ; Et plus il cherche, moins il trouve. Et cependant Il n'y renonce pas. Car dans son cœur ardent, A mesure qu'il va, ta main cruelle enfonce Ainsi qu'un aiguillon l'espoir d'une réponse. Quand tu l'as bien piqué de cet espoir trompeur, Alors avec tes yeux de Sphinx tu lui fais peur En ramenant sur toi ta robe de mystère.
Il reste anéanti, la face contre terre, Affamé de comprendre encor, mais voyant bien Qu'il aura beau penser, il ne comprendra rien. Il songe à l'Infini troublant que tu lui voiles. 11 ne peut sans pâlir regarder les étoiles.
Il imagine un Dieu terrible et tout-puissant Et donne à ce bourreau le meilleur de son sang. Ah! s'il avait du moins les loisirs de la béte, S'il pouvait, sans porter d'autres soucis en tête, Se livrer tout entier au besoin de savoir, Peut-être, malgré tout, qu'il finirait par voir I Mais non. Pour le frustrer de sa dernière joie,
Au labeur incessant tu veux qu'il soit en proie.
Tu ne lui donnes pas à manger dans ta main,
A lui ! Tu ne mets pas le long de son chemin
De quoi lui composer sans peine sa pâture.
Tu ne Taimes pas, lui! Mère avare, ô Nature,
Le pain qu'il doit manger et que ses doigts feront,
Tu veux qu'il soit trempé des sueurs de son front ;
Et, dure jusqu'au bout, pour que ta main le lâche
Il faut qu'il te l'arrache en crevant à la tâche.
Crever est doux encor, quand on crève d'un coup.
Qu'un beau matin mon chef aille choir de mon cou,
C'est la mort qu'il me faut, et je vote pour elle.
Mais tu nous fais mourir à petit feu, bourrelle !
Après avoir été martyrs, nous voici vieux.
La flamme et la chaleur s'éteignent dans nos yeux.
Le coton sourd des ans s'amasse en nos oreilles.
Notre goût, notre nez, se font veules. Pareilles
Aux échalas fouettés par le vent, aux fuseaux,
Vont nos jambes. Le froid nous grimpe au fond des os.
Goutte à goutte le sang sèche dans nos artères.
Nos poils sont englués au pus blanc des cautères.
Notre crâne est tout nu. Notre peau flasque pend.
Nos doigts paralysés, aux choses s'agrippant,
Ne savent plus porter les mets à notre bouche
Que la toux fait vomir et que la morve bouche.
Nous bavons, nous allons pissant sur nos genoux
Et laissant s'évader notre fiente sous nous, Jusqu'à rheure où, la mort râlant dans nos poitrines, Nous retombions en toi comme on tombe aux latrines. Non, non, qui que ce soit qui t'ait donné ce nom , De mère, il a menti. Non, ce n'est pas vrai, non, Tu ne mérites pas que l'homme t'idolâtre.
L'homme ne te doit rien. Tu n'es que. sa marâtre. Mais nous nous vengerons de tant de cruautés. Déjà les animaux, tes chéris, sont domptés.
On leur a mis le joug, les brides, les entraves. Nous en faisons, de ces fainéants, nos esclaves. Ah ! tu les nourrissais, bercés dans ton giron ! Tu travaillais pour eux! Pour nouis ils trimeront! Mais ce n'est pas assez de vaincre cette engeance. C'est de toi-même aussi qu'il faut tirer vengeance, Misérable ! Ah ! tu ris de nous avoir donné, Pour que notre bonheur en fût assassiné, La raison ; et cela te distrait et t'enchante De voir nos doigts coupés par cette arme tranchante Quand nous la manions dans les ténèbres ! Oui, Notre sang a longtemps coulé ; mais aujourd'hui Nous savons nous servir du glaive à lame torse, Et nous Tavons saisi par la poignée; à force De le frapper aux murs du noir cachot, le fer Jette tant de lueurs que nous y voyons clair ; Et le rire a cessé sur ta face hagarde;
Car c^est contre ton cœur que nous tombons en garde.
Et nous avons alors étudié tes lois
Monstrueuses, qui nous effaraient autrefois ;
Nous avons à son tour torturé la matière;
Nous avons mis le front de cette reine altière
Sous nos pieds ; nous avons forcé tes éléments
A s'accoupler pour nous dans nos creusets fumants ;
Nous t'avons dit sanspeur que nous n'étions plus dupes,
Et notre main profane a relevé tes jupes.
Et ce n'est pas fini, vieille gueuse 1 Nos yeux
Veulent se promener, lascifs et curieux.
Dans les mille replis de ta chair inconnue.
Nous te mettrons un jour, Nature, toute nue.
Nous te déchirerons ta chemise et tes bas
Pour voir ce que tu vaux du haut jusques en bas.
Nous sommes des petits, des riens, de la vermine
Que la peste détruit, que la guerre extermine ;
Et toi, la toute-grande au sourire outrageux.
Tu crois que nos clameurs terribles sont des jeux!
Mais la vermine est forte et travaille dans l'ombre.
Elle a la patience, et le temps, et le nombre;
Elle livre à ta chair d'insensibles assauts;
Elle envahira tout, ton sol, ton air, tes eaux ;
Et pour ces poux grouillant dans les poils de la Terre
Tes plus secrets appas n'auront plus de mystère.
Et ce ne sera pas encor tout I Quand nos yeux
LES BBRNIBRES IDOLES 301
Se seront bien repus de toi, nous ferons mieux ; Car nous te rongerons fibre à fibre, vivante. Ton corps mis en morceaux connaîtra répouvante D'être broyé, mâcbé, trituré, digéré.
Et d'aller se dissoudre en nous. Ton corps sacré, Ton corps divin, ainsi qu'une infecte matière Après nos estomacs aura pour cimetière Nos intestins. Alors tous nos anciens affronts Seront enfin vengés, et c'est nous qui rirons A pleine gorge; et l'on verra ce qu'il faut croire De ta grandeur, de ta majesté, de ta gloire.
Déesse dont les yeux étaient des firmaments, Quand tu ne seras plus qu'un paquet d^excréments .
, riijjaiv