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LES ÉTOILES

€ Homme, larve, avorton, qu'est-ce que tu ronronnes, Blotti près du soleil comme un chat près d'un feu? Crois-tu nous effrayer de clameurs fanfaronnes? Crois-tu que ton haleine ait terni le ciel bleu?

Parce que ta raison sait combiner des chiffres, Tu veux que l'Univers te vénère à genoux.

Parce que de mots creux et d'orgueil tu t'empiffres. Tu penses blasphémer en rotant contre nous.

Donc tu cambres tes reins et tu raidis ta force Pour embrasser le Monde entre tes maigres bras. Toi qui n'es rien qu'Un ver dans le trou d'une écorce, Tu dis que nous mourons et que toi tu vivras.

Donc avec la pitié d'une victoire altière Tu veux bien nous laisser encor quelques répits, Après quoi tu prendras dans tes doigts la Matière. Pour créer à nouveau les êtres décrépits.

Eh bien ! quoique tes mains aient déchiré nos voiles

Et touché les portants du céleste décor,

Ta science de nain fait rire les étoiles.

Sous tout ce que tu sais, tu ne sais rien encor.

Tu juges un ensemble aux mystères sans nombre A travers un regard de ton œil obscurci.

Si tu pouvais sortir un moment de ton ombre, Tu verrais le secret des choses, que voici.

Ni toi, ni nous, ni qui que ce soit, n'est le maître De changer ce qui est, qui n'est ni mal ni bien. Tout roule où le Hasard sans but veut le permettre. Pauvre éphémère, pauvre atome, pauvre rien.

La nature ne vit que de métamorphoses.

Elle marche toujours et ne s'arrête pas

Dans le chemin fatal des effets et des causes,

Où la naissance, ainsi que la mort, n'est qu'un pas.

Chaque chose paraît. quand elle forme un être

Et s'en va quand le sort de l'être est révolu.

Mais tout naît pour mourir et tout meurt pour renaître.

Rien de ce qui devient ne devient absolu.

Certe, il faut que la Terre à son tour passe et meure. Elle n'est pas sans fin puisqu'elle n'est qu'un corps. Sous la neige des ans sa flamme intérieure Ou s'éteindra dedans ou coulera dehors.

Ses forces décroîtront d'heure en heure, une à une. Elle perdra ses. bois, ses fruits, son eau, son air. Et deviendra pareille à la lugubre Lune, Un cadavre d'étoile, un squelette sans chair.

Elle ne verra plus si le ciel la regarde.

Elle n'entendra plus Fexistence et son bruit. Elle conservera sur sa face hagarde Le silence étemel dans l'éternelle nuit.

Le Soleil usera son foyer solitaire.

Ses rayons pâlissant, il pâlira comme eux.

Sa carcasse assombrie aura Tair d'une terre.

Il sera triste et noir comme un charbon fumeux.

Peut-être qu'il ira, planète vagabonde,

Tourner alors lui-môme autour d'un autre point.

Entraînant avec lui tout votre petit monde

Vers ce Soleil nouveau que vos yeux ne voient point,

Jusqu'au jour où, cessant d'être une forme entière, Tombant on ne sait où, partout et nulle part, Tout cela flotte, au sein de T obscure Matière Où dorment les Chaos qu'éveille le Hasard.

Si ces corps merveilleux, dont la durée est telle Qu'ils semblent infinis à tes regards béants, Ne sont pas assurés d'une vie immortelle.

Si la destruction mine tous ces géants,

Comment peux-tu te croire une autre destinéei Toi dont le jour s'éteint aussitôt qu'il paraît? Pourquoi redresses-tu ta tête mutinée Et veux-tu fuir tout seul Tinévitable arrêt ?

Sois donc moins orgueilleux, étant plus éphémère. Ne vois pas l'Univers dans le creux de ta main. Parce que tu te sens maître et roi chez ta mère, La Terre, qui t'a fait son petit Benjamin.

Songe que tu n'es rien auprès d'elle, ô fantôme. Et qu'elle-même auprès de nous n'est rien non plus, Et que le Tout ne peut tenir dans un atome, Et qu'il n'existe pas de concrets absolus.

Il faudrait arrêter le Temps, borner l'Espace, Pour qu'un être absorbât tout l'être dans son moi. Or l'Espace à jamais court sous le Temps qui passe. Ainsi, ne te mets pas la cervelle en émoi t

Tu n'y peux rien changer; tes deslins sont les nôtres. Seule la Matière est, sans bords et sans milieu. Tu ne seras pas Dieu, pas plus toi que les autres. Le Monde n'a point d'Ame et personne n'est Dieu. »

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