TROISIÈME PARTIE
La fréquence des complications, lem- rôle comme facteurs de gravité dans les grands traumatismes de la moelle, sont des notions classiques connues de tous.
L’observation neurologique des grands blessés de la moelle par blessiue de guerre n’est pas venue purement et simplement confirmer ce qu’on savait antérieurement ; elle nous a appris beaucoup de choses, et notamment que le pronostic dépend souvent plus des compbcations que de la lésion médullaire ellemême. Nous avons vu que des récupérations anatomo-cliniques parfois surprenantes, que des retours' de la motilité chez les gi-ands paralytiques ou quadriplégiques n’étaient pas exceptionnels, contrairement à ce qu’on pouvait attendre. En 1915, Pierre Marie et Roussy ont insisté sur ce que, dans les paraplégies par blessure de guerre, le pronostic quoique grave est loin d’être désespéré. « Il faut se garder, écrivions-nous, de cette sorte de fatalisme néfaste qui consisterait à dire que, lorsque là moelle est touchée par le traumatisme, le malade est perdu. Bien au contraire, de très notables améliorations sont possibles, à condition d’éviter des complications gravés.' »
Les faits que nous avons pu observer depms trois ans sont venus confirmer cette notion que, chez les blessés de guerre de la moelle épinière, les complications devaient être mises au premier rang, comme cause de mortalité. Aussi déceler et prévenir les complications dans les prernières semaines ou les
premiers mois qui suivent la blessure, c’est permettre souvent au malade de franchir cette période dangereuse et augmenter chez lui les chances d’amélioration ou même de guérison. Il est nécessaire d’insister sirr l’importance pratique de cette notion malheureusement encore trop peu répandue.
Enfin pour terminer ces considérations d’ordre général, nous signalerons que, de nos observations personnelles, il ressort les faits nouveaux suivants : \°Larweié exceptionnelle des méningomyélites ; — 2° La possibilité et la nécessité d’éviter les escarres; — 3° La présence et la fréquence des complications pleuro-pulmonaires.
Pour reprendre la division que nous avons adoptée-aux cha pitres consacrés à l’étude clinique des plaies de la moelle, nous devrions passer en revue successivement les complications survenant à la phase immédiate, c’est-à-dire dans les premiers jours ou les premières, semaines, alors que le blessé est profondément shocké, et celles de la phase tardive, au moment oü, comme nous l’avons vu, se révèlent en clinique les signes de vitalité du segment inférieur dans les sections complètes, ou que s’estompent les signes de diffusion du shock initial dans les lésions incomplètes.
Mais ce mode de faire nous entraînerait à des redites, les diverses complications étant très sensiblement les mêmes à ces différents stades. La plupart des complications apparaissent, en effet, dès le début, très tôt après la blessure et ne font que se prolonger dans la phase tardive. Rares sont celles qu’on ne voit éclore que plusieurs semaines après le traumatisme. A ce stade, elles sont moins graves, le blessé pouvant mieux en faire les frais.