‹ Les blessures de la moelle et de la queue de chevalChapitre 31 sur 63 · SYMPTOMES GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

SYMPTOMES GÉNÉRAUX

A côté des compMcations trophiques, urinaires et pulmonaires, dont nous avons montré dans les paragraphes précédents toute l’importance, il nous reste pour terminer ce chapitre à mentionner quelques complications viscérales de second plan. Elles font, en effet, plutôt partie de la symptomatologie générale des plaies de la moelle et arrivent rarement à dominer à elles seules le tableau clinique. Guillainet Barré ont récemment, et à juste

titre, insisté sur l’importancè des symptômes généraux chez les blessés médullaires.

Du côté de l’appareil digestif, nous avons vu combien la constipation ou la diarrhée était fréquente, diarrhée pouvant s’accompagner parfois de mélœna. Le météorisme abdominal, surtout dans les lésions hautes, cervicales, n’est pas exceptionnel, surtout au début ; il en est de même des vomissements, bilieux ou alimentaires ou encore du hoquet.

L’inappétence est de règle au coizrs de la phase immédiate , d’ajjrès notre expérience persoimelle, elle disparaît rapidement et complètement, si bien que l’immense majorité des blesses de la moelle s’alimentent normalement une fois la période de début franchie.

Une place à part doit être réservée au syndrome péritonéal de Guillain et Barré, caractérisé non seulement par le météorisme, la constipation, l’arrêt des gaz, mais encore par du hoquet, des nausées, des vomissements verdâtres. D’après ces auteurs, de petites hémorragies périvésicales ou intra-péritonéales seraient à l’origine de ce s5mdTOme assez dramatique pour, dans certains cas, inciter le chiriu-gien à pratiquer une laparotomie. Si l’évacuation des matières et des urines n’est jamais perçue non plus que les cathétérismes ou les manœuvres opératoires que l’on peut exécuter sur le rectum ou l’appareil urinaire inférieur, il ne faudrait pas croire que la sensibilité des viscères abdominaux soit complètement supprimée. La pression de l’abdomen complètement anesthésique est vaguement sentie, ainsi que parfois les énergiques contractions intestinales ou même la distension excessive de la vessie.

Le foie et la rate ne sont guère modifiés, ou à peine un peu congestioimés et h5q3ertrophiés.

Quant aux fonctions des viscères thoraciques, elles ne sont guère troublées que dans les sections très haut situées dans la ’ moelle cervicale, mais n’attaquant pas cependant les origines du nerf phrénique (3® et 4^ segments cervicaux). En raison probablement du retentissement du traumatisme sur le tronçon supérieur, Leyden et Goldscheider ont constate de la tachycardie, de la dyspnée avec difficulté de l’expectoration, voire même de l’œdème pulmcfnaire avec bronchite paralytique. Nous savons aujourd’hui que la plupart de ces phénomènes sont liés aux complications pulmonaires d’ordre infectieux qui, trop souvent, frappent le blessé atteint de section complète de la moelle dorsale.

La température des grands blessés de la moelle et a fortiori des blessés dont l’axe spinal est complètement sectionné, mérite de nous arrêter davantage.

Au début, pendant la période de shock, elle est ordinairement très élevée, atteignant 40°, 40«5, et décrivant des oscillations assez étendues. Cette hyperthermie du début, qui s accompagne d’une accélération proportionnelle du pouls, apparaît d une interprétation difficile car,' à ce moment, elle ne semble pas en rapport avec une infection manifeste, mais bien liée directement à la lésion médullaire. Et nous serions tentés d’admettre, au moins pour im certain nombre de cas, qu’il s’agit ici d un trouble de la régulation thermique secondaire à la lésion médullaire. Plus fréquente dans les sections hautes que dans les blessures lombaires, elle semble bien être en rapport avec la vasoparalysie des viscères abdominaux et les phénomènes de dénutrition que celle-ci entraîne à sar suite. Rappelons que, dans certains cas d’intervention chirurgicale sur la moelle épinière, nécessitée par la présence de néoplames intra-duremériens, la terminaison fatale s’accomplit avec une hyperthermie excessive (41°, 42°) accompagnée d’une vaso-dilatation intense de l’abdomen et de la moelle elle-même, sans qu’on puisse trouver trace de la moindre infection, soit de la plaie opératoire, soit d’un viscère quelconque.

De même chez l’animal, chien ou singe par exemple, la section de la moelle détermine dans les premiers jours une forte élévation thermique.

Cette fièvre du début des blessés de la moelle s’atténue progressivement et la température revient à la normale dans la plupart des cas, au bout de deux ou trois semaines, à moins bien entendu qu’il existe des complications viscérales.

A la phase tardive, nous avons vu que l’élévation de la température était la signature de complications diverses et nous avons suffisamment insisté sur l’importance séméiologique de cette élévation thermique pour qu’il soit inutile d’y revenir ici.

L’accélération du pouls suit ordinairement l’élévation thermique qu’elle peut quelquefois précéder. D’autres fois, il existe une véritable dissociation du pouls et de la température ; enfin tout à fait exceptionnellement, on note de la bradycardie.

La septicémie est encore imo de ces complications qu’avant cette guerre les auteurs classiques considéraient comme une

des causes les plus fréquentes de la mort chez les blessés de la moelle. Et, combien de fois, aujourd’hui encore, n’avons-nous pas entendu dire, au lit d’im grand blessé médullaire, qu’il moiu-ait de septicémie ! — Or, de telles assertions ne tiennent pas lorsqu’on les soumet à une enquête sévère, enquête à la fois bactériologique et anatomo-pathologique.

Nous avons pratiqué, à plusieurs reprises, conanie Guillain et Barré du reste, des hémocultures en pareils cas ; toutes sont restées négatives. De même, au corus de nos autopsies, nous n’avons jamais décelé de signes d’infection générale pyémique ou septicémique.

Par contre, on sait combien la cachexie est souvent précoce ; certains sujets présentent une fonte musculaire suraiguë, tràs particulière dans son évolution, et qui ne trouve son analogue, au point de vue de la rapidité, dans aucune maladie générale ou nerveuse.

Cette cachexie précoce est souvent le prélude d’une mort rapide.

Enfin rappelons en terminant, combien les causes de la mort chez les blessés récents de la moelle restent souvent mystérieuses.

' Poiu l’expliquer, Guillain et Barré invoquent une perturbation du système sympathique portant sur le tube digestif, les viscères abdominaux et les glandes vasculaires sanguines. Ils font remarquer, avec raison, que beaucoup de blessés médullaires ont une vaso-dilatation considérable de tout l’abdomen, tandis qu’à la partie supérieure du tronc, il existe une véritable anémie et que le système nerveux central participe à cette anémie.

Etat mental des grands paraplégiques. — Les ouvrages classiques n’y font point allusion, aussi croyons-nous devoir en dire- im mot. Contrairement à ce que l’on aurait pu supposer a priori, les grands paraplégiques supportent les multiples misères de leur situation avec le plus grand calme et la plus admirable patience. Bien rarement nous les avons entendus se plaindre,, gémir ou encore moins récriminer. Certains mêmes, assez nombreux, présentent un état d’euphorie vraiment frappant. Malgré l’absence d’amélioration de leur état, ils gardent l’espoir, même après plusieurs mois, d’une guérison complète. Ils forment des projets d’avenir et envisagent la vie avec un optimisme un peu déconcertant. Nous n’avons jamais observé

de manifestations délirantes, même au cours des infections les plus avérées.

A la phase de cachexie ultime, le grand paraplégique accepte son sort avec résignation et semble bien rarement se douter de la terminaison qui l’attend.

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