VII. — LES ŒDEMES
L’œdème des membres inférieurs est un phénomène pour ainsi dire constant des paraplégies consécutives aux graves lésions traumatiques de la moelle. A ce titre, il doit donc être considéré moins comme une complication que comme un symptôme ; mais parfois son intensité est telle qu’elle dépasse, et de beaucoup, l’infiltration œdémateuse qu’il est courant d’observer. Il s’agit réellement d’une complication qu’il faut particulièrement traiter.
L’œdème géant des membres inférieurs du paraplégique apparaît le plus souvent à une phase déjà un peu tardive, à la fin du premier mois. Déformant les membres dont tous les reliefs disparaissent, il détermine très vite des vergetures cutanées et parfois envahit le scrotum et la partie inférieme de l’abdomen. Dépressible au début de sa formation, cette infiltration séreuse détermine un épaississement progressif de l’hypoderme et la formation du godet caractéristique devient plus difficile. Néanmoins, il fut toujours possible, dans les cas que nous avons observés, de faire régresser ou même disparaître cet œdème par l’application de mouchetures. Au contraire, l’infiltration séreuse est constamment demeurée rebelle aux traitements diététiques ou médicamenteux (déchloruration, diurétiques).
Cet œdème ni dans sa précocité, ni dans son intensité, ne nous a semblé en rapport avec le siège de la lésion. C’est là, assurément, im fait un peu paradoxal et qui montre combien est mystérieuse la pathogénie de l’infiltration séreuse géante de la paraplégie. Un de nos cas d’œdème, le plus formidable que nous ayons vu, a évolué consécutivement à une section
du 3« segment sacré de la moelle (épioône) vérifiée par l’autopsie et l’examen histologique.
Par lui-même, l’œdème, si prononcé qu’il soit, ne détermine pas de gêne spéciale, puisqu’il affecte seulement de grands paraplégiques incapables de se mouvoir, mais il peut devenir l’origine de plusieurs complications. Outre la distension mécanique des téguments, cette infiltration œdémateuse prédispose, du fait de la stase dont les voies lymphatiques sont le siège, aux infections locales des tissus mous, cellvlites, ou générales de nature streptococcique ou staphylococcique, dont l’évolution peut devenir rapidement mortelle. L’érysipèle migrateur Ou généralisé peut être, en effet, une des causes qui précipitent la terminaison fatale du grand paraplégique. Ajoutons que, prenant leur origine dans les escarres sacrées ou trochantériennes, ces infections sont évitables par une rigoureuse asepsie.
Enfin, sur ces membres œdématiés évoluent souvent des' poussées de lymphangite banale (lymphangite réticulaire diffuse), de même origine probablement que les précédentes, mais essentiellement bénignes et récidivantes.