‹ Les blessures de la moelle et de la queue de chevalChapitre 9 sur 63 · ANATOMIE PATHOLOGIQUE DES LÉSIONS DIRECTES DE LA MOELLE · texte numérisé non relu

ANATOMIE PATHOLOGIQUE DES LÉSIONS DIRECTES DE LA MOELLE

Enserrée de toute part par l’étui osseux rachidien, il est tout à fait exceptionnel que la moelle soit lésée directement par une balle ou par un fragment d’obus, sans que les vertèbres aient été atteintes. Toutefois, il fairt savoir que certains éclats d’obus minuscules peuvent pénétrer à travers l’espace intervertébral postérieur dans le canal rachidien, sans déterminer de fracture. Mais, somme toute, c’est là une éventualité assez rare.

Anatomie macroscopique. — Les faits que nous avons pu étudier, depuis le début de la guerre, viennent sur la plupart des points confirmer ceux exposés récemment par Latarjet, Guillain et Barré. Ils les complètent par certains points relatifs surtout à la cicatrisation des plaies médullaires.

I. — Plaies de la moelle. — La porte d’entrée, qui, nous l’avons vu, siège le plus souvent dans la région dorsale ou dorsolombaire, peut être minime, rapidement cicatrisée, ou, au contraire, importante, s’il s’agit d’une plaie par im large éclat d’obus. Lorsqu’à l’autopsie, ou au cours d’une intervention chirurgicale, on pénètre dans im foyer vertébral récent, on constate toujoius l’existence d’un épanchement sanguin plus ou moins important, lié à l’hémorragie résultant de la lésion des vaisseaux péri-rachidiens (artères intercostales, vertébrales, plexus veineux intra-rachidien, etc.), et aussi du suintement prolongé du tissu spongieux des corps vertébraux, lorsque ceuxci ont été fracturés. Toutefois, il pst à remarquer que cet hématorachis est très exceptionnellement assez développé pour agir sur la moelle et la comprimer.

Les fractures des pédicules et des arcs vertébraux sont d’une fréquence extrême ; dans de nombreux cas, le foyer apparaît

souiUé d’esqiiilles osseuses, de débris de vêtements entourant un ou plusieirrs fragments d’obus. Il n’est pas rare, surtout dans les blessures par balle, que le rachis soit traversé de part en part sans qu’il y ait aucun déplacement des éléments osseux vertébraux.

Dans les cas où la baUe de fusil a été tirée de très près, l’arc osseux peut être réduit en fragments petits et nombreux ou même littéralement pulvérisé (Latarjet).

La dure-mère, résistante et élastique, présente souvent des altérations beaucoup moins profondes que les cordons médullaires qu’elle entoure. C’est tantôt une fissure, tantôt un orifice déchiqueté (balle de shrapnell), dont les lèvres ont ime tendance à se rejoindre ; tantôt enfin, dans les grands délabrements, de vastes déchirures. Mais il est tout à fait exceptionnel d’observer une section complète transversale de l’étui durai. Parfois la moelle, dont plusieurs fragments sont réduits en bouillie, garde une continuité apparente par des brides dure-mériennes qui en réunissent les tronçons.

Dans l’espace épidural, autour de la dure-mère amsi lésée, on constate toujours un épanchement sanguin mêlé au liquide rachidien, lequel se prolonge sur les gaines des nerfs radiculaires. Très souvent cet épanchement se reproduit à la face interne de la méninge dure, dans les espaces sous-arachnoïdiens s’accumulant dans les régions déclives du cul-de-sac

Quant à la moelle épinière, ses lésions sont extrêmement variables et habituellement non proportionnelles à l’étendue des altérations méningées.

Il peut se faire que, malgré le peu de délabrement duremérien, la moelle soit complètement sectionnée, détruite même sur l’étendue de plusieurs segments. La fragihté du tissu spinal est telle que, dans les traunratismes par projectiles doués d’une grande vitesse, le tissu nerveux disparaît sur une étendue parfois extrêmement considérable par volatilisation (Latarjet).

Il peut même arriver que, malgré l’intégrité de la dure-mère, la moelle sous-jacente soit complètement détruite par la contusion.

Malgré la variété des projectiles, les plaies de la.moelle se présentent à peu près toujours sous le même aspect. Mou, fluide, pâteux à l’état vivant, le tissu spinal n’apparaît jamais franchement sectionné, il s’écrase, se dilacère, fuit sous le corps vulnérant. Aussi, le plus souvent, la plaie médullaire est irré-

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