‹ Les blessures des vaisseauxChapitre 10 sur 35 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Il s’agit d’une vaste exérèse des parties molles produite par le passage d’une balle ricochée, d’un éclat d’obus ou d’un projectile secondaire, d’une plaie perforante par balle tirée à courte distance, et ayant produit des effets explosifs, enfin d’un broiement avec ou sans arrachement d’un segment de membre.

Si, dans une telle plaie, un gros vaisseau est ouvert, il se produit instantanément une hémorragie externe considérable.

Hémorragie externe. — S’agit-il d’une artère, le sang, rutilant et vermeil , s’échappe par saccades, parfois en bouillonnant, à flots, hors de la plaie. Vient-on à comprimer le membre au-dessus de la plaie, l’hémorragie diminue ou s’arrête. Parfois, cependant, la compression entre la plaie et le cœur n’arrête pas l’hémorragie saccadée par la plaie. C’est le cas de certaines plaies de la main, de l’avant-bras, de la face; le sang s’échappe également bien dans ces régions du bout périphérique et du bouf central de l’artère.

S’agit-il d’une grosse veine, le sang rouge foncé, presque noir, s’échappe en « bavant » ou en formant un gros jet continu, parfois/projeté à plusieurs décimètres. Les contractions -musculaires, les efforts, l’expiration, renforcent le jet, lui donnant parfois un faux air saccadé. Vient-On à comprimer le membre au-dessous de la plaie, l’hémorragie diminue ou

PLAIES LARGES zo

s’arrête. Parfois cependant, s’il s’agit d’un go» tronc vemeux de la base du cou, la compression entre la périphérie a plaie n’arrête pas l’hémorragie, le sang s’échappant également

bi ?aKU U mhin """ce "qui 6 estTrès’ fréquent, de la blessure simultanée d’une grosse artère et de sa veine satellite, le.jet artériel, saccadé, prédomine, mais le sang veineux suinte en nnnne sur toute l’étendue de la plaie.

Bien souvent la mort survient très vite, parfois en quelques . j* instants par suite de l’abondance de l’hémorragie. Les voisins immédiats du blessé peuvent seuls être témoins de ces he ^ r ' ragies cataclysmiques; eux seuls pourraient agir contre elles.

Quelquefois, malgré l’ouverture large d’un gros vaisseau et en Œmcê de tout secours immédiat, le blesse échappé a la mort. L’émotion, la frayeur, la douleur, jointes a la diminution rapide de la pression sanguine, ont provoqué une syncope : le blessé devient très pâle, ses yeux se renversent .1 f perd connaissance. L’écoulement du sang devient plus lent, un caillot se formedans la plaie ; l’hémorragie s arrête 1 Cette hémostase spontanée est naturellement favorisée par certains caractères de la plaie. Elle est plus fade dans les. sections totales que dans les plaies latérales. Le degre 4e con S des parois vasculaires est un facteur hémosta se important : plus une plaie artérielle est contuse mâchée brovée plus les lésions des tuniques internes s etendeni-a tance dans la lumière du bout central et plus, par conséquent, la thrombose rapide.de ce segment a de chances de se produire Ainsi les blesses atteints de plaies larges des gros troncs, vasculaires et qui arrivent vivants à l’ambulance sont assez nombreux. On serait presque tenté de croire que cet e hémostase spontanée est fréquente si on ne songeait a tou iTblessés inconnus 'chez qui elle a fait défaut et qui sud morts sur le champ de bataille. J’ai vu, pour ma part, une vingtaine de fois les vaisseaux axillaires, fémoraux ou poplités largement déchirés au fond d’une plaie béante et ne sai S™“ pas, malgré l’absence de tout lien ou de tout obstacle thérapeutique à l’hémorragie.

26 ÉTUDE CfJMQUE ÊT THÉ RA PEÜTÎQ Ü É

Anémie aiguë. Lorsque, quelques heures après sa blessure, un homme arrive à l’ambulance, atteint d’une plaie large avec lésions vasculaires importantes, mais ne saignant plus, il présente des signes généraux qui ne trompent pas un chirurgien avisé : le visage est pâle et couvert de sueur, les lèvres et les conjonctives sont décolorées, le regard éteint, la voix cassée; le corps et les membres sont complètement immobiles; le blessé ne se plaint pas, sa conscience est obtuse; le pouls est .petit et rapide, battant à 120-130; la respiration est courte et superficielle, le nez et les extrémités sont froids. Parfois le blessé présente un peu d’agitation; il se plaint de ne pas voir, d’entendre des bourdonnements, il a des sensations d étouffement, des vertiges, des éblouissements.» Tous ces signes sont ceux de l’anémie aiguë. A la simple vue de ce blessé, saigné à blanc, on diagnostique, sans avoir ouvert le pansement, une blessure d’un gros tronc vasculaire.

La plaie mise à nu, le diagnostic s’impose. En dehors de ces cas d’arrachement ou de broiement de membres dont il est superflu de parler, on a sous les yeux une plaie large de 1 aisselle, du triangle de Scarpa, du creux poplité, toute remplie de caillots rouges prêts à « couler » au dehors et de l’angle inférieur de laquelle suinte un petit filet de sang veineux.

Je dirai tout de suite qu’il ne faut enlever le pansement et remuer le blessé que quand tout est prêt pour l’intervention chirurgicale, dont le premier temps sera de parfaire le diagnostic.

Abandonnés à eux-mêmes, ces blessés sont exposés à une mort rapide et presque certaine.

La mort peut survenir, sans nouvelle perte de sang, par affaiblissement progressif allant en s’accentuant jusqu’à la syncope terminale mortelle. Le blessé reste pâle et décoloré; sa vue se trouble de plus en plus; les bourdonnements d oreilles s’accentuent, puis la respiration devient de plus en plus superficielle, la pupille se dilate, le pouls devient incomptable et presque imperceptible. Peu à peu la conscience disparaît; il ne subsiste bientôt plus que le réflexe respiratoire, qui va, lui aussi, en s’affaiblissant, devient irrégulier, inégal,

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