III. — Plaies vasculaires sans hémorragie
Ce n’a pas été une des moindres surprises de cette guerre que la constatation des « plaies sèches des artères » (Fiolle). Tous les chirurgiens de l’avant en ont observé. On en connaît bien maintenant le mécanisme.
Tanlôt il s’agit de plaies par balles : la balle a sectionné complètement 1 artère ; les deux bouts du vaisseau se rétractent 1 hémostase spôntanée est réalisée par le recroquevillement des tumques ’nternes; rien ne saigne. D’autres fois la balle atteint à la fois une artère et une veine; elle passe entre les deux faisant deux plaies latérales opposées et se ventousant d emblée. A peine s’écoule-t-il quelques gouttes de sang dans a gaine vasculaire ; l’aspiration veineuse dirige rapidement le sang artenel vers cette voie de moindre résistance. Il ne se produit pas d hématome.
Tantôt il s’agit de plaies par éclat d’obus; le projectile atteint une artère au milieu d’un membre, la déchire, mais reste fixe dans la plaie vasculaire qu’il oblitère. La figure 10 représente une plaie de la tibiale postérieure par un éclat obus resté fixé dans la paroi artérielle; la plaie était absolument seche. D autres fois, c’est un débris de vêtement un tronçon d équipement, un fragment de cuir qui bouche orifice vasculaire et provisoirement empêche l’hémorragie. Enfin, dans un grand nombre de cas, c’est la contusion du vaisseau «tendue bien au delà des limites de la plaie qui amène une thrombose artérielle rapide; à 1 ou plusieurs cenimètres en amont de la déchirure artérielle, des lambeaux flottants des tuniques interne et moyenne viennent oblitérer
ai ITr 6 ?" VaisSeau et favoriser la formation rapide d’un caillot. C est la encore une plaie artérielle sèche. Elle n’est
IZaVT n S -i eS précédentes ’ W'»™ découverte fortuite au cours du debridement préventif.
M â"S a ‘ ent ’ ce s Plaies artérielles sans hématomes sont souvent méconnues. Rien ne fait penser à une plaie artérielle :
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trajet d un gros vaisseau peut retenir l’attention. Mais même 1 2ZZ “/t’ Û ° US De SaUd0nS Par l examen cliniq3 I les Æ i ° UVnr SÛre ” ent k ,ési ° n vascu laire. Aussi 1
les plaies sèches des artères ne sont-elles pas souvent diag-
SeU,6S l6S COmp,icati -« auxquelles elles donnent lieu viennent les révéler.
PLAIES ÉTROITES
S’agit-il d’une plaie par éclat d’obus? si cette plaie est convenablement traitée par le dèbridcment large, la mise à nu complète du foyer et l’exérèse du trajet, la plaie vasculaire ne saurait passer inaperçue. Le siège même de la plaie cutanée, la direction du trajet dans une région où passent de gros vaisseaux vous obligent à une opération minutieuse et prudente; avant de débrider, vous placez un aide à la racine du membre, prêt à comprimer le tronc artériel principal, puis vous incisez prudemment, disséquez avec soin les lèvres de la plaie et les parois du trajet. Une plaie artérielle ne saurait dans ces conditions vous échapper.
Si l’on s’est contenté d’un petit débridement superficiel, si 1 on n a pas. exploré à fond le foyer traumatique, la blessure : artérielle passe inaperçue. Qu’en résulte-t-il? La plaie, contuse et infectée, va suppurer; un phlegmon circonscrit éclate, sinon une infection plus grave. Il a bientôt pour conséquence, soit une hémorragie externe secondaire , soit un hématome diffus secondaire , suivant que le foyer traumatique communique ou non facilement avec l’extérieur. C’est dans les hôpitaux du territoire qu’on assiste en général à cette grave complication. Le blessé est arrivé à l’arrière avec une plaie suppurante et à peine débridée. On ouvre largement le foyer, tout entier tapissé de bourgeons charnus, ou on se contente de le drainer au point déclive. La suppuration semble diminuer quand survient soit d’un coup, soit en plusieurs fois, une hémorragie Secondaire qui peut entraîner la mort.
S agit-il d’une plaie par balle? la plaie vasculaire est presque sûrement méconnue. On n'a pas de raison apparente d’intervenir à l’avant, on évacue le blessé, et ce n’est que plus tard, souvent par hasard, qu’on reconnaîtra la blessure vasculaire. Ce sera parfois une découverte opératoire; j’en ai cité des cas. Ce sera plus, souvent une décotiverte clinique, généralement fortuite, quelquefois amenée par l’apparition de symptômes fonctionnels légers en rapport avec un petit anévrisme artériel ou avec une varice anévrismaie.
La varice anévrismaie ou phlébartérie, type le plus simple des anévrismes artério-veineux, est caractérisée, nous l’avons
vu, par l’anastomose d’une,artère et d’une veine, av.ec dilatation plus ou moins considérable du bout central de la veine.' Cliniquement, la phlébartérie est, en général, une découverte fortuite. C’est en passant par hasard la main sur le cou d’un blessé qu’on perçoit un thrill auquel rien ne faisait songer. Le thrill est en effet le symptôme essentiel, capital, caractéristique de la phlébartérie, avec le souffle continu à renforcement systolique des anévrismes artério-veineux. Sauf la tumeur/la phlébartérie est un anévrisme artério-veineux. Je ne reviens pas sur ce que j’en ai dit plus haut.
En résumé : les plaies sèches des artères conduisent, en cas de plaies par éclats d’obus, à l’hémorragie secondaire précoce ou tardive ; en cas de plaies par balle, exceptionnellement à la guérison spontanée, plus souvent à la formation d’un petit anévrisme artériel ou d’une phlébartérie.