I.A CONTUSION DES VAISSEAUX
membre supérieur avec suppression du pouls radial.
L’intervention immédiate m’a montré qu’il n’y avait ni section vasculaire ni section nerveuse. L’artère axillaire se présentait dans deux de ces cas sous la forme d’un mince cordon réunissant deux parties de l’artère. Cet étirement des tuniques artérielles est hors de doute si l’on regarde une pièce comme celle que représente la figure 40: l’artère iliaque externe, rompue près de son extrémité inférieure par une balle, présente, en deux points situés en amont de la plaie, une rupture par élongation des tuniques internes.
Les éclats d’obus, de grenade, de torpille produisent beaucoup plus fréquemment que les balles la contusion artérielle ou veineuse.
Ici encore, le choc direct, l’ébranlement à distance, l’é- J longation sont les mécanismes de la contusion vasculaire. Le choc direct et l’élongation expliquent, on le conçoit, bien f’ des faits de cotftusion artérielle par balle ronde, ou éclat ; on a d’ailleurs souvent trouvé le corps vulnérant arrêté au • ‘ contact du vaisseau altéré. Gré- ’ goire a rapporté un cas très ,..|f
“l ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE 121
démonstratif de contusion‘de la tibiale postérieure, avec rupture des deux tuniques internes, par un éclat d’obus arrêté à la face postérieure du ligament interosseux. Les cas de ce genre sont plus nombreux qu’on ne le pense, et bien des hémorragies secondaires n’ont pas d’autre cause. Mais l’ébranlement à distance joue un rôle trop considérable dans l’histoire des plaies par éclat d’obus pour qu’il ne soit pas, lui aussi, responsable de bien des contusions vasculaires. Les plaies par éclats d’obus sont des plaies fortement confuses. L’ébranlement à distance y a accumulé tous les degrés de la contusion, depuis la mortification brusque et immédiate, au contact même du foyer, jusqu’au degré le plus léger de la contusion à ses confins éloignés. S’il y a un vaisseau dans la paroi même du trajet, ou tout à son contact, il n’a pas échappé à la contusion qui a frappé tous les tissus; il peut en présenter tous les degrés, suivant le volume du projectile et sa vitesse d’une part, suivant son éloignement du point directement frappé d’autre part.
Anatomie et physiologie pathologique de la contusion des vaisseaux.
Les expériences de l’École du Val-de-Grâce nous avaient appris qu’il existe trois degrés de contusion artérielle.
Dans le premier degré, la tunique interne seule est lésée. On y voit, en ouvrant le vaisseau, « de fines éraflures transversales qui semblent produites par la pointe d’une épingle qui aurait passé sur la face interne de l’artère (Delorme) ».
Dans le deuxième degré, la tunique interne et la tunique moyenne sont lésées. Les fines plaies de l’intima s’enfoncent profondément dans la tunique moyenne dont les faisceaux musculaires et élastiques sont rompus çà et là.
Dans le troisième degré, la tunique interne et la tunique moyenne sont circulairement rompues sur toute l’étendue de la circonférence du vaisseau (fig. 41). Elles se rétractent danp
LA CONTUSION DES VAISSEAUX
leur gaine adventice, si bien que vue par l’extérieur l’artère présente une sorte d’étranglement (fig. 40).
L’expérience de cette guerre a confirmé les données expérimentales.
La contusion au 'premier et au deuxième degré est, lorsqu’elle existe à l’état isolé, une lésion trop fugace pour déterminer des symptômes appréciables, indiquer une thérapeutique active et être opératoirement vérifiée. Mais toute plaie vasculaire par projectile de guerre étant une plaie contuse, les lésions de la contusion sont toujours plus ou moins associées aux plaies vasculaires nettes. En présence d’une plaie d’un gros tronc artériel que vous avez mise à découvert, après hémostase provisoire en amont, injectez dans le vaisseau, doucement et sans pression, quelques centimètres cubes de sérum physiologique afin de vider la lumière artérielle du sang qu’elle renferme encore.
Vous voyez alors sur tout le pourtour de la plaie des déchirures de la tunique interne, partant de la plaie et irradiées dans tous les sens, ou même situées à distance de la plaie, et représentant en somme tous les degrés dé la contusion .artérielle. La figure 42 montre, sur un segment de l’artère fémorale, les lésions très nettes de la contusion au deuxième degré. Nous ayons vu l’importance considérable qu’ont ces lésions de contusion quand nous avons discuté les indications générales de la suture des plaies vasculaires.
La contusion au troisième degré a été constatée de visu un certain nombre de fois. Tantôt elle se présente sous l’aspect de minces rétrécissements, correspondant aux déchirures des tuniques profondes rétractées. Plus souvent peut-être, on
Fig. 41 (schématique). — Contusion artérielle au 3 e degré. Les tuniques interne
rompues.