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URNE PENCHÉE 1 If
Recueillement
CE soir, baisse la lampe aux langoureux reflets, Et module tout bas, au clavecin si triste, Les valses de Chopin, où l'âme de l'artiste Fait revivre l'écho de ses tourments secrets.
Laisse courir tes mains, o chère bicn-aiinéc, Sur les touches d'ivoire où songent des douleurs. Pendant que, pour t'ouïr, se pencheront les fleurs. Ma tristesse attentive écoutera, charmée.
La nuit, tranquillement, versera ses frissons.
Plus qu'un souffle légers, plus doux que des chansons,
Et des parfums d'encens s'envoleront des urnes.
Et sous tes doigts, plus blancs que ceux d'Amar)llis, Les fiers accords feront, en leurs plaintes nocturnes, S'unir ton âme vierge à la blancheur des lis.
Il6 LES BLESSURES
La Pileuse
VOICI le vieux rouet. La marâtre, la Vie, Y file r«5cheveau du Temps entre ses doigts; Elle est indifTcrente au changement des mois, Et la joie est par elle aux courts instants ravie.
Toujours nous écoutons en nous sa grande voix ; Elle reste impassible, à sa tâche asservie; Et la route ici-bas par elle poursuivie Porte infailiiblcmcnt l'empreinte de ses lois.
Ah! vivre l'existence heureuse et satisfaite Où n'aurait pas soufflé le vent de la défaite. Affranchi pour jamais de mes doutes troublants ;
Méconnaître le siècle et son malaise étrange. Et filer au rouet d'un bonheur sans mélange, Comme le chanvre doux mes nombreux cheveux blancs.
,es
Mot:
ECOUTE. Si tu veux consoler ma détresse, N'évoque pas les mots me parlant du passé; Les mots évocateurs sont remplis de tristesse, Et rien de nos douleurs par eux n'est efface.
Que tes phrases d'amour soient sans apothéoses, Et que tes souvenirs ne soient pas indiscrets : Les mots évocateurs et le passé des choses Nous empoisonnent mieux que les pires regrets.
Rappelle-moi plutôt la douceur de ces rêves, Dont l'éblouissement divin nous ennoblit; Enfuyons-nous bien loin, vers l'infini des grèves. Où l'Océan calmé nous donnera l'oubli.
A Chopin
CERTE, il n'est pas de mots qui puissent définir L'ëtrange sortilège et la grâce infinie De ce que ta musique exprime d'harmonie : Que de choses pourtant elle peut contenrr!
Ta douleur s'y reflète et ta plainte y frissonne, Comme une onde bercée au r)'thme des sanglots; Et ton âme attristée y prodigue k longs flots Des motifs langoureux ainsi qu'un vent d'automne.
Ton angoisse s'y peint avec tes désespoirs, Tous les épanchements de tes amours brisées. Tous les mâles frissons de tes vastes pensées, L'éternité des jours et l'énigme des soirs.
Tu fais passer en nous la joie en blanches neiges. Ou, comme le torrent, les larmes de tes yeux : Tu nous ouvres tout grand le mystère des cieux. Et l'humanité pleure en tes divins arpèges.
Prison
DANS la serre aux ternes couleurs, Sans brise et sans ciel, est enclose, Pauvre abandonnée, une rose Dont le pistil verse des pleurs.
— Rose d'un jour et presque morte, Pour te consoler du tombeau.
On te donne une goutte d'eau.
Et sur toi l'on ferme la porte.
Plus rien de l'amour très subtil.
Des champs aux pures ambroisies; Plus rien des aurores transies :
La pâle rose est en exil.
Elle s'étiole et se ronge; Et lorsque son front a pâli On la relègue dans l'oubli.
Comme le souvenir d'un songe.
no LES RLESSURII
— Dans ta prison tu te fl<^'tris, Sans avoir pu répandre même Tes parfums qui font que l'on s'aime, Tes parfums sur les bois fleuris.
Ainsi, dans la serre du monde.
Le poète, comme la fleur.
Loin de la joie et du bonheur.
Languit en sa prison profonde.
Triste victime de l'ennui.
Se heurtant à l'espoir fragile.
Il brise son âme d'argile Et, se dessèche dans la nuit.
Et sans que son œuvre s'achève.
Il meurt un soir, désabusé.
Ainsi que la rose, épuisé, Dans l'éblouisscment d'un rêve.
Une Inconnue
TOUJOURS le même attrait magnétique s'attache A la femme inconnue et qu'on souhaite aimer; Car plus l'objet lointain se dérobe et se cache, Plus son troublant mystère aura su nous charmer.
Un désir obsédant nous hante sans relâche, Désir menteur que nui ne pourrait exprimer; Et l'homme, obstinément esclave de sa tâche, Pour atteindre le but ne saurait se calmer.
Que le songe d'un jour pourtant se réalise. Son ardeur, comme l'eau d'une source s'épuise; Et son cœur assouvi regrette, en vérité,
La vierge illusion, oublieuse de l'heure,
Et comprend qu'il est mieux, quoique rien ne demeure.
De préférer le rêve à la réalité.
Bois de Santal
Dans le Sentier
POURQUOI dans ce soir calme et tiède de Tautomne, Où je me promenais par un petit sentier, Ai-je revu, soudain, le passé tout entier. Pâle évocation dont ma douleur s'étonne?
Tout de nos jours lointains ne s'efface jamais; Et nos trop courts bonheurs faits de joie et de rêve Sont des fleurs de printemps à l'existence brève, Qui sèment sous nos pas d'innombrables rearets.
Oh! pourquoi le passé veut-il qu'on se souvienne? L'oubli serait si doux s'il était éternel! Et le temps, qui s'en va, tranquille et solennel, Endormirait en nous la douleur ancienne.
Mais nous gardons quand même un culte au souvenir; Et notre cœur brisé, méprisant ses morsures, En a d'autant souffert qu'il voudrait rajeunir, Pour raviver en lui ses antiques blessures.
126 LES BLrssiJRIS
Septembre
L'on croirait qu'en tes bois et tes champs séculaire Septembre, le plus beau des mois, tu t'attendris I Tes coteaux veloutés et de soleil fleuris Ont des arbres nouveaux et des sources plus claires.
Tes cicux par le regret ne sont pas assombris; Les grands vents n'osent plus déchaîner leurs colères Et, le front dépouillé, les ormes tutélaires Conservent aux oiseaux la paix de leurs abris.
Le calme des vallons est toute une épopée; Et, goûtant ta fraîcheur d'amour enveloppée. Rien ne peut égaler l'exquise fin des jours.
Tu fais descendre en nous la douce somnolence;
Et sur le bord du fleuve, assis, dans le silence.
Tes soirs, déjà plus longs, me paraissent trop courts.
Dans la Vallée
J'erre dans le silence étrange et monotone. Les arbres des grands bois sont revêtus de deuil; Ht les feuilles ont fait à la terre un linceul, Rendant plus triste encor la plainte de l'automne.
Les bouleaux endormis sur le bord des fossés, Élancés vers le ciel comme des fûts de marbres, Semblent pleins de regrets parmi tous les vieux arbres, Hvocateurs profonds de mes rêves passés.
L'heure s'apaise autour, l'heure très lente, l'heure... Et le songe descend dans les mornes halliers. Sur les calmes étangs et sur les églantiers : Son aile lentement comme un frisson m'effleure.
La courbe des sentiers sous la forêt s'enfuit. Et je vais, sans savoir le but de mon voyage. Me remplissant les yeux du grave paysage Qui déjà se revêt des pâleurs de la nuit.
128 I ES «LISSURKS
Oh! l'automne bcrceur de nos mélancolies! Ton crépuscule fauve aux tons ensanglantés M'étreint l'àme et me fait regretter les étés, Lorsque je marche sur les fleurs ensevelies.
L'automne dénudé, l'automne aux noirs secrets, Jette à profusion des pleurs le long des routes; Je comprends ses douleurs et je les ressens toutes..
Et, dans l'obsession de ses parfums discrets,
Je me sens envahi, ce soir, par une sorte D'indicible langueur qui m'attriste soudain; Et j'entends, comme un cri, là-bas, dans le lointain, Le pâle adieu des fleurs et de la feuille morte.
Vers à l'Automne
VERS ta demeure antique où ma jeunesse est toute, Je reporte mon coeur, automne aux bois jaunis; Et, parmi les chansons lointaines que j'écoute, La tienne a des accents de souffrance infinis.
Après les blonds êtes sans cesse rajeunis, Tu nous reviens avec tes brises qu'on redoute; Désormais les rayons du soleil sont bannis, Et le vent sans pitié fait rage sur la route.
J'identifie en moi mon rêve avec les tiens; Je traîne le fardeau de tes regrets anciens : Le même mal de vivre afflige nos pensées.
Et dans la fin du jour qui fuit avec le temps, Me faisant souvenir des blessures passées, Ton âme pleure en moi la tristesse des ans.
Les Chênes
PRES des bois receleurs de l(5gcndes lointaines, Dans les chemins peuples de songes fabuleux, Je m'arrête souvent, triste et silencieux. Contemplateur ravi, tout auprès des vieux chênes.
Séculaires témoins des vierges frondaisons, O géants, dont les bras sont lourds de tant d'années, Vous régnez tout-puissants sur les forêts fanées. Sans pleurer comme nous les défuntes saisons!
Et j'envie en mon cœur, ô dieux dos autres âges. L'impassibilité farouche de vos fronts!
Nos douleurs jusqu'à vous jamais n'arriveront. Car la fierté paraît naître de vos feuillages,
Chênes, qui méprisez l'homme de vos sommets, Et qui, voyant de loin se faner tant de roses. Implacables devant le changement des choses, Les regardez mourir et n'en souffrez jamais.
Le Passant
NOVEMBRE qui t'en vas par les plaines mouillées, Endeuillant les coteaux de longs jours ennuyeux, Sur les graves forêts aux tremblantes feuillées Tu jettes en passant la tristesse des cieux!
Ta voix est de mystère, et tes mains dépouillées - Sèment les noirs regrets sur nos champs soucieux. Novembre qui t'en vas par les routes souillées, Mélancolique et plein de suprêmes adieux!
Oui, je te reconnais, ô voyageur qui passe! Ta douleur pénétrante a marqué de son sceau Les chemins tourmentés où tu laissas ta trace.
Car, si le chêne ainsi que le frêle arbrisseau Ont au front des soucis que le printemps efface, Je porte dans mon cœur ta blessure vivace.
l}2 LES BLESSURtS
Parc enchanté
JE te retrouve dans le calme d'autrefois, O parc enchanté! parc de mes jeunes années! Depuis que je te vis pour la première fois, Sur tes pelouses bien des fleurs se sont fanées.
Évocatcur profond de songes familiers.
Tu m'apparais avec les choses anciennes :
Mêmes bosquets touffus et mêmes peupliers,
Mêlant leur grand murmure au doux bruit des fontaines.
Ce sont les mêmes bancs où je venais m'asseoir. Sous les hêtres jaunis, au bord de tes allées; Ce sont les mêmes voix berceuses dans le soir. Près du rond d'eau joyeux où les nuits étoilées
Reflétaient la splendeur du ciel et son azur; Où, pareille au rayon de lune qui frissonne. Une lumière, aux jets d'émeraude et d'or pur, Prodiguait sa tristesse au nostalgique automne!
BOIS DE SANTAL l^]
Mon cœur déjà trop vieux, ô doux parc enchanté, Gardant toujours intacts les souvenirs d'argile, Revient songer souvent, de par les nuits d'été. Des bonheurs envolés et de l'amour fragile.
Il retrouve avec toi les jours qui ne sont plus.
L'angoisse de la vie en d'intimes pensées;
Et nous pleurons ensemble, ô regrets superflus,
Par les inêines douleurs nos deux âmes blessées.
Rêverie
ET je m'en vais m'asscoir sur le vieux tronc flétri Que la forêt pensive en ce soir assombrit, En songeant à la mort des amours délaissées. Pleines de souvenirs et de choses passées. T'en souvient-il encor? Nous regardions les champs. Dès l'aube harmonieuse au règne des couchants; Et sous l'ombre attiédie où dormaient, âmes closes. Tous les rêves d'argent nés du parfum des roses, La brise se taisait comme un chant murmuré, Et nos yeux, recherchant quelque songe éthéré, A travers le feuillage énamouré des branches, Y trouvaient des rayons et des étoiles blanches.
Divine rêverie au bois de volupté, Qui portes avec toi l'insigne majesté.
J'entends errer ton âme et reconnais tes plaintes, Car elles sont l'écho connu des voix éteintes!
nr
Tu me reportes loin du passé qui n'est plus, Plus loin que le néant des bonheurs révolus, Au temps où nous mêlions le feu de nos prunelles, Et croyions aux douceurs des amours c'ternclles.
Automne de la Vie
Chute des Feuilles
COMBIEN apportez-vous de douleurs infinies, Lorsque tremblantes vous tombez, feuilles jaunies! Votre vol si léger nous donne des frissons; Et déjà les oiseaux délaissent les buissons. Le jour a ses regrets et la nuit sa tristesse; L'ombre propice au rêve est pleine de détresse; Dans les nids dénudés, plus de joyeux concerts; Les arbres se font gris et les champs sont déserts... Combien apportez-vous de douleurs infinies. Lorsque tremblantes vous tombez, feuilles jaunies!
Votre vol si léger nous donne des frissons; Et déjà les oiseaux délaissent les buissons. Sur le morne chemin les brumes apparues. Lentement, lentement, ce soir, se sont accrues, Enveloppant les monts et les soleils couchants; Et le deuil de l'automne envahit les penchants; Et la source limpide, en sa course arrêtée, Ne se sentira plus vers le fleuve emportée...
Votre vol si léger nous donne des frissons, Ht déjà les oiseaux déinisscnt les buissons.
Le jour a ses regrets et la nuit sa trisiL-ssc-, L'ombre propice au rêve est pleine de détresse... Combien regrettez-vous la splendeur des matins! Car le vent chaud d'été, dont les appels lointains — Échos d'une très sainte et très douce harmonie - Remplissaient la splendeur de la plaine infinie Et la verte colline et le creux des vallons, Se change maintenant en âpres tourbillons... Le jour a ses regrets et la nuit sa tristesse; L'ombre propice au rêve est pleine de détresse.
Dans les nids dénudés plus de joyeux concerts; Les arbres se font gris et les champs sont déserts. Le Temps, ce bûcheron, aux campagnes prochaines, S'attaque à la puissance austère des vieux chênes; Et ces géants pensifs, dont le front redouté Dominait la forêt et son calme enchanté, Se font de leur écorce une armure vivante, Luttant contre la mort qui sème l'épouvante... Dans les nids dénudés plus de joyeux concerts; Les arbres se font gris et les champs sont déserts.
Combien apportez-vous de douleurs infinies. Lorsque tremblantes vous tombez, feuilles jaunies!
Amour défunt
DÉJÀ le jour s'attriste, et les chants apaises N'auront plus de frissons. Le bois est monotone; Et les oiseaux frileux, par le vent froid chassés. Nous annoncent déjà l'automne.
La brise, dont la voix nous paraît un soupir, Laisse dans l'âme comme un adieu qui nous hante. Tout semble s'en aller et tout voudrait mourir; C'est comme un regret qui tourmente.
Les grands arbres n'ont plus en leurs troncs que vieux nids; Et les branches au vent font entendre leurs râles; Les lourds soleils d'été, sur les champs infinis, N'ont plus que des reflets très pâles.
Le vallon a banni tout son enchantement; Déjà, vers d'autres cieux, la joie est exilée; Et le gris des brouillards est tombé lentement Sur la grande plaine voilée.
142 LES BLESSUKES
Et tout là-bas l'amour, en sa robe de deuil, Monte par les sentiers où nul être ne passe; Et les feuilles, couvrant la terre d'un linceul, Pourrissent sans laisser de trace.
Car, par ce triste jour, l'automne est si prochain Que le rcvc d'antan se fane avec les roses; L'ombre est si près de nous et l'espoir si lointain Que l'amour meurt avec les choses.
Soir de Pluie
LE soir est pluvieux, et c'est un soir d'automne. Le vent glacé murmure en passant et frissonne. Tout de mélancolie et plein d'étrange voix. L'ombre et le grand mystère hantent tout à la fois Les bois et les sentiers où nous nous promenâmes, Et l'on croirait entendre une plainte des âmes... Combien lugubre et grave est le couchant lointain! On dirait que la nuit sera sans lendemain, Tant l'heure est sans limite et le ciel sans étoiles. Le monde m'apparait enveloppé de voiles. Une langueur mortelle envahit tristement La pente des coteaux, et l'on voit, par moment. Les arbres se pencher sur la terre infinie. Comme s'ils pressentaient leur dernière agonie; Et, comme pour grandir leur douleur à mes yeux. Les feuilles, en tombant, ont d'intimes adieux. Le rêve se promène, et, de sinistre augure, Il étend son ennui sur toute la nature. Le fleuve gronde au loin et sa vaste rumeur Vers un but inconnu s'en va se perdre et meua...
144 LES BLESSUKES
O nuit profonde! O nuit d'indicible tristesse ! O grand soir automnal que le chagrin oppresse! Toi que j'ai vu jadis, dans le couchant vermeil, Chanter l'éblouissant triomphe du soleil, Notre pensée est sœur, nos âmes ne font qu'une, Car le ciel n'aura plus pour nous de clairs de lune; Et le sort mit en nous ses malaises secrets : L'angoisse de la vie et les mêmes regrets.
AUTOMNE DE LA VIE I4f
Les Feuilles
REGARDE le jardin en deuil :
L'heure agonise, monotone!
Et le parterre est un linceul Où tombent les feuilles d'automne.
Puis, le hasard des vents mauvais Les entraîne, pauvres blessées, Emportant combien de regrets.
Et combien tristes nos pensées.
Pourtant les feuilles, à foison, Repoussent aux arbres des plaines.
Apportant, à chaque saison, La joie aux branches souveraines.
Tels sont pour nous les vains espoirs : 11 semble qu'au déclin de l'âge, Perdus dans la langueur des soirs, Us ont fait leur dernier voyage.
Mais ils reviennent, au printemps, Au Fond de l'âme inassouvie :
Il en est ainsi tous les ans, C'est de même toute la vie.
Nocturne
N pâle clair de lune effleure les vallées; Le nocturne décor repose tristement;
Et parmi les débris des fleurs amoncelées
Mon âme se promène et pleure lentement..
Rien ne trouble l'eau calme où plongent des étoiles. Le rêve passe avec un front mystérieux; Le ciel serein et doux a déchiré ses voiles :
Et mon âme s'élève aux profondeurs des cieux.
Novembre s'en revient aux routes défleuries. Semant par les forêts prochaines ses chansons; Et devant le regret automnal des prairies
Mon âme a ressenti d'extatiques frissons.
Le silence, propice au songe du poète.
Attend le souvenir qui s'approche sans bruit; Et le soir a sa plainte et sa douleur secrète...
Mon âme s'est mêlée à l'âme de la nuit.
Ëphé
emere
DÉJÀ de brouillards gris les plaines sont couvertes, Et l'ombre fait rentrer les amants au logis; Les grands hêtres pensifs aux feuillages rougis Ont semé leurs chagrins sur les routes désertes.
Les monts prochains sont pris d'un soudain désespoir; Dans un suprême adieu la forêt se défeuille; Les buissons n'auront plus de roses que l'on cueille, Et les jardins n'ont plus de brises dans le soir.
L'automne détruit tout, et plus rien ne demeure! Que d'espoirs en l'abîme, hélas! sont emportés! Et le temps qui s'en va par les champs désertés, En passant a laissé la tristesse de l'heure...
Lequel des jours lointains peut nous faire penser Qu'ici-bas le bonheur s'attarde et se prolonge. Puisque, nous abusant, il ne saurait passer Que le trop court instant qui le fait voir en songe?
IfO LES BLESSURES
Hantise
Au bruii d'une vieille horloge.
L'heure très lentement passe dans les ténèbres... N'entends-tu pas le bruit qu'elle fait en marchant Les astres sont remplis de lumières funèbres, Le silence se fait plus triste en s'approchant.
L'Heure qui fait tomber, sans mots et sans emphase, Une grave langueur sur le jardin aux fleurs, L'Heure, ivre cependant de promesse et d'extase, Mêle sa faible voix au rythme des douleurs.
Mais trop longtemps, ce soir, je craignais sa venue : Maintenant, elle va par la route inconnue, L'Heure qui, malgré moi, me parle du passé.
Et, pendant que, trop lourde et de mystère éprise, Mon âme, avec l'automne, en la nuit agonise, Je demeure pensif sur le bord du fossé.
AUTOMNE DE LA VIE Ifl
A la Fenêtre
REGARDE, le jardin est las d'avoir vécu. La mort couvre à présent la tombante leumce; Le soleil estival par l'automne est vaincu, Et les fleurs ont perdu leur splendeur étoilëe.
Sur le chemin boueux ton regard s'est penché : L'averse continue au ruisseau s'accumule; Et parmi les débris dont le sol est jonché Quelle tristesse lente et perverse circule!
Regarde, la forêt au loin s'évanouit Dans la brume du jour pâle qui s'éternise. Plus de roses clartés, plus d'astre épanoui : Les brouillards pris ont fait ma pensée indécise.
La pluie est langoureuse et me parait sans fin... Que la campagne, hélas! devient tranquille et morne! Et, pendant que fermente en moi le noir chagrin, L'automne est sans limite et la vie est sans borne.
ISi LES BLESSUKES
Vieux Bani
QUEL magnétisme étrange attire ma tristesse Vers le jardin pensif où l'automne a passé? Le vent de la nuit pleure aux branches en détresse, Et tout près du vieux banc je m'arrête, lassé.
Toute gaieté s'enfuit, et c'est l'adieu des choses : L'ombre des songes morts erre dans le chemin; Et, parmi les débris profanés et les roses, Rien des beautés d'hier n'existera demain.
Mais tu restes, vieux banc de pierre, ami fidèle; Et tu sais résister aux caprices du temps; Et, si l'automne a fait s'envoler l'hirondelle, Ni les mortes saisons, ni le nombre des ans,
Ni l'oubli, ni les bois aux branches dépouillées. Ni la fuite des jours aux regrets superflus, Ne pourront effacer de nos âmes troublées Le souvenir, flambeau du passé qui n'est plus.
Tour d'Ivoire
Tour d'Ivoire
kA Alfred de Vigny.
HEUREUX celui qui peut vivre en l'isolement D'une agreste demeure aux portes toujours closes, Affranchi du mensonge et du néant des choses, Et loin de la cohue au sourire qui ment.
L'or des grandes cites en ces apothéoses
N'offre à sa solitude aucun enchantement;
La foule est pour son âme un long et noir tourment :
Il aime la nature en ses métamorphoses.
Il voit que dans ce siècle on ne sait plus aimer, Que la vertu chez l'homme est rare et dérisoire Et que le faux bonheur est inapte à charmer.
Aussi de sa fierté se fait-il une gloire;
Et, comme les vains bruits ne sauraient le calmer.
Il s'enferme en son cœur et dans sa Tour d'Ivoire.
IfÔ LES BLESSUKES
La Plèbe
RENTRE chez toi, tout scul, ct poussc Ics vcrfous De ton cœur. Ne dis rien du secret qui t'oppresse Carde jalousement ta haine ct ton courroux.
Vois à tes pieds meurtris la chaine qui te blesse,
O forçat éternel ! Regarde bien les fers
Qui tourmentent tes mains et les rongent sans cesse.
Laisse l'infâme plèbe, avec ses cris amers,
Passer sous tes carreaux fermés au bruit nocturne ;
N'entends pas les rumeurs sourdes de l'univers.
La foule te méprise, ô pâle taciturne!
Enveloppe-toi bien de l'immuable oubli,
Et pour le savourer penche-toi sur son urne.
TOUR D IVOIRE If7
Ah! tu te sens, ce soir, d'amertume rempli; Le monde te fait mal, sa vue est un supplice :
Cache-toi bien et reste en l'ombre enseveli.
Que ton mépris soit calme et sans nul artifice;
Et fais une vertu de ta chère fierté,
Sans mêler le mensonge à la noire injustice.
Les hommes sont méchants et pleins de vanité; Sache bien te placer au-dessus des injures. Fort et serein, recherche en toi la vérité.
Ne te contente pas de paroles peu sûres : Bien souvent leur venin empoisonne à jamais; Le front sans tache, fuis les viles créatures.
Enferme-toi. Fais un temple de tes regrets :
Car pour la vie entière ils demeurent tes maîtres,
Et c'est par eux que tu dois vivre désormais.
Cache-toi. Ne sois pas semblable aux autres êtres. Livrant à tout hasard le meilleur de leur sang : Le destin est menteur, et les hasards, des traîtres.
Surtout, ne crois pas trop au charme caressant
Des futiles amours avec leurs faux mirages,
Qui versent leur poison dans notre âme en passant.
1(8 LIS BLESSUKES
Rentre chez toi. Le ciel est sombre de nuages.
Sur le pavé maudit, la fange, par monceaux, Va se mêler avec l'eau pure des orages.
Le vent sinistre souffle et gonfle les ruisseaux ;
On présage déjà la rafale prochaine :
Car dans la nuit profonde on entend des sanglots.
Laisse les afFamés, et dont la rue est pleine, Cherchant à satisfaire, au hasard du chemin, Le désir qui dévore et la soif de leur haine.
Laisse les envieux et tous les meurt-de-faim Se consoler entre eux à la table commune. Où la crapule mange en un même festin.
Rentre tout seul, exempt de la fauve rancune; Et, si tu ne crois plus aux promesses d'espoir. Méprise dans ton cœur la trompeuse fortune.
Monte, dans ton orgueil, au seuil de l'Art t'asseoir. Dans l'éblouissement du rêve et de l'espace, A l'autel triomphal où tu trônes, ce soir, Et là médite loin de la plèbe qui passe!
TOUR O IVOIRE If9
Les Silencieux
EMPÊCHE ta douleur d'arriver jusqu'aux hommes. Si des pleurs de tes yeux veulent trahir tes maux, Cache-toi pour pleurer, car, ainsi que nous sommes, il paraît que les pleurs font sourire les sots. Si ta bouche indiscrète allait conter ta peine Et les secrets nombreux que tu caches en toi, Fais'la taire, car la parole est souvent vaine Et nous trahit sans que nous sachions bien pourquoi.
Reste silencieux. Le silence stoïque,
Fait de mystérieux et de songes lointains,
Nous vient d'un paradis ou d'un monde mystique.
Où seul le rêve est grand et tous les mots sont vains.
Reste silencieux. Si ton cœur, las de vivre. Méprise les humains et veut la liberté, Va-t'en vers la splendeur du calme qui t'enivre. Et demeure reclus dans ta mâle fierté.
l6o LES BLESSURES
Reste silencieux. Si l'orgueilleuse envie Voulait tenter l'assaut du songe où tu te plais, Que ton âme, en l'exil librement asservie, D(5fencle à tout jamais le seuil de ton palais.
Reste silencieux. Et, seul dans la lumière, Regarde la douleur passer devant tes yeux; Conserve en la voyant ta force coutumicre; Drape-toi de l'orgueil immuable des dieux.
Reste silencieux. Redoute le vertige;
Prends le bruit en horreur et crains l'or qui reluit;
Que seule ta raison par la main te dirige,
Kt que ton idéal prenne sa force en lui.
Reste silencieux. Que ta chanson soit libre. Que l'écho de ton cœur monte jusqu'aux sommets; Chante en ta solitude et que ta voix y vibre, Sans que l'humanité ne l'entende jamais.
Reste silencieux. Sois le viril poète
Qui proclame en ses vers : « Seul le silence est grand. »
Contemple la Beauté dans sa forme parfaite :
Rien n'égale ici-bas son charme pénétrant.
Qu'elle soit ton seul but et ton orgueil suprême.
Dresse-lui dans ton cœur ses temples et ses dieux,
Donne-lui comme encens le plus pur de toi-même.
Et devant ses autels reste silencieux.
TOUR d'ivoire i6i
Sommei
CERTES, ton corps chétif a besoin du sommeil Qui donne le repos aux souffrances bizarres; Mais, si la calme nuit te verse, en ses vins rares, La paix propice au cœur et le songe vermeil,
Prends garde à toi. La vie est une mer sans phares. Et l'invisible écueil te guette à ton réveil. Si tu veux triompher demain, sois en éveil. Rive plutôt ta barque à de sûre<; amarres
Que de t'aventurer sur des chemins pervers
Qui pourraient te leurrer du mensonge des choses :
Affronte prudemment l'intraitable univers,
Et, pour te mieux garder de ses apothéoses, Ne laisse pas ton âme et tes paupières closes : Sache toujours dormir les yeux tout grands ouverts.
Immobilité
FROIDE immobilité des astres de lumière, Qui portez jusqu'à moi votre étrange. clarté. Sans entendre pourtant l'écho de ma colère. Et fièrement reclus dans votre éternité;
Vous fermez votre azur effrayant de silence! Astres, à mes appels vous devez être sourds. Et, par delà la vie et l'humaine science. Le mvstèrc profond s'est muré pour toujours.
Restons à savourer le fruit amer du doute;
Car les mondes d'en haut ont des âpres sommets
Dont nulle volonté ne trouvera la route.
Et que nos vains orgueils ne graviront jamais.
Par devant le décor des lointains couchants roses. Brisons notre désir par l'abîme tenté.
Et soyons en extase, en contemplant les choses Éprises de silence et d'immobilité.
TOUR d'ivoire 163
Fierté
E t'attache jamais aux choses de ce monde.
Trop souvent nous penchons nos fronts vers les torrents,
Sans craindre la fraîcheur de l'eau pure et profonde
Et sans nous rappeler qu'au fond des flots errants
Se cache dans la nuit la trahison qui tue.
Ne respire la fleur que l'instant qui te fait
La rencontrer. Prends garde et jamais n'habitue
Tes sens à ses parfums dont la douceur te plaît,
Car la fleur est perverse et souvent empoisonne.
Ne va pas te livrer aux amours d'ici-bas :
Souviens-toi que les plus courts instants qu'on leur donne
Font une plaie au cœur dont on ne guérit pas.
Ne t'attache pas trop à l'amitié factice :
L'égoïsme de l'homme est vil et toujours ment,
Et les bienfaits payés trop chers sont un supplice.
Reste seul, noble et fier en ton isolement.
Si, de la gloire épris, tu vas à sa conquête,
Garde-toi que l'orgueil n'éblouisse tes yeux; Le vertige est plus grand si plus haut est le faite : C'est plus près du soleil qu'on jalouse les dieux. Que ta fierté, divine en sa grâce modeste, Soit l'apanage qui te demeure attaché : La fierté porte en clic une beauté céleste. Que rien de ta vertu ne devienne entaché De l'opprobre infamant et de l'hypocrisie. Couvre-toi de candeur et de sérénité.
Que ta pensée enfin cherche la poésie Du vrai dans sa splendeur et son éternité. Fais qu'elle ne soit pas victime du mensonge Dont les mirages d'or, un jour, t'éblouironi. Qu'aucun remords jamais ici-bas ne la ronge, Et que la vie humaine aux cloaques profonds Ne puisse la souiller de ses fanges impures. Et, pour réaliser ce vœu cher à ton cœur, Apprends à mépriser les viles créatures Dont on subit l'attrait et le charme vainqueur. Que ta fierté soit grande, immuable et profonde ! Reste seul. Trouve en toi l'ardente vérité. Drape-toi dans ta force et dans ta majesté.
Et ne t'attache pas aux choses de ce monde.
TOUR d'ivoire l6f
Les Déshérités
Aux mendiants du monde, à tous les pauvres hères Que le ciel exila des terrestres trésors; Aux éternels proscrits pleurant sur leurs chimères Et maintenant brisés par d'impuissants efforts,
Un jour, j'ai demandé ce que pour eux la vie Sema sur leur chemin de regrets superflus; Et ces hordes de gueux, pleins de haine et d'envie. N'ayant jamais goûté des bonheurs absolus.
Répondirent : a Hélas! dans nos mains amaigries. Nous n'avons pas tenu la coupe aux vins poudreux : La fortune pour nous eut des sources taries, Et nous regrettons l'or qui nous eût faits heureux. »
Aux riches de la terre, exaspérés de vivre Dans l'assouvissement des plaisirs passagers, A ceux-là qui souillaient l'amour dont on s'enivre. Ayant des cœurs flétris et des yeux mensongers,
l66 LES BLESSURES
J'ai demandé pourquoi, regorgeant de richesses, Vivant d'indifférence, ils allaient, non repus; Et ces dieux de l'argent qui donne les ivresses, Jetant un long regard vers les ans révolus,
Me dirent tristement : « Nos âmes étaient pleines D'impossibles désirs et de mornes rancœurs; Sans être satisfaits des jouissances vaines, Nous regrettons la pauvreté des humbles cœurs. »
u O vous tous qui rêvez d'un triomphe illusoire. Que la soif de régner vers les astres conduit, Vous les ceints de lauriers et les buveurs de gloire. Pourquoi vos fronts penches sont-ils couverts d'ennui r
Us m'ont dit : « Les grandeurs avilissent les hommes; Nos farouches orgueils sont des dieux exécrés; Le vertige est trop grand aux sommets où nous sommes Nous regrettons l'oubli qu'on garde aux ignorés. »
— a O vous les envahis de doutes innombrables, Les impuissants chercheurs de grandes vérités, Vaincus que l'insuccès rendit inconsolables. Et qui sur les néants usez vos volontés ;
« Vous les profonds penseurs et les mâles génies. Qui pesez tout selon l'impassible raison; Qui devez endurer les longues agonies.
Devant le froid calcul et l'àpre trahison ;
TOUR d'ivoire 167
« O vous les destructeurs des austères croyances. Et qui n'avez pas su courber devant leurs lois, Quel étrange remords trouble vos consciences. Vous qui de vos pensers hautains fûtes les rois? »
Us m'ont dit : a Nous avons vainement sur la terre Tenté d'approfondir le sens indéfini De l'Être inexplicable en son troublant mystère : Nous regrettons d'avoir tourmenté l'infini ! »
— « Que voyez-vous encore au fond de vos cornues. Savants désabusés dont le puissant cerveau, Devant nous dévoila les choses inconnues. Les secrets de la vie et la nuit du tombeau ?
a N'avez-vous pas jeté dans le creuset du monde L'imposante splendeur aux modernes cités; Et pourquoi plaignez-vous la science profonde Qui fit les peuples forts dans leurs prospérités? »
Et les savants m'ont dit : a Nous avons fait les races. Et nous avons voulu que l'homme soit heureux; Mais les peuples, hélas! cupides et voraces. Civilisés d'hier se détruisent entre eux.
tt C'est pourquoi, demeurant à tout jamais les sages Que le savoir humain traite de son mépris, Tristes, nous regardons l'écroulement des âges, Et regrettons d'avoir été des incompris. »
|68 LES BLESSURIS
— 0 O VOUS, tous les <!"pris des beautés éternelles, Que le dépit de les ignorer fit souffrir; Vous les pâles martyrs aux brûlantes prunelles, Que les serments brisés ont fiit presque mourir;
a O vous les conlcMiptcuii de i impure Apnioanr, Qui cherchiez les baisers sincères et sans fin; O vous, pour qui la chair sans âme fut maudite. Et qui des voluptés divines aviez faim ;
a Vous que les souvenirs, en de lentes tortures. Sans trêve poursuivaient, vous refusant l'oubli ; Pour qui le sort laissa d'incurables blessures Et des rides sans nombre à votre front pâli;
« O vous les doux rêveurs et les mélancoliques. Qu'une fleur fait songer et remplit de tourments, Qui trouvez dans le vent de suaves musiques, Et pour qui le silence est plein d'enchantements;
a Amoureux d'idéals et de neuves pensées, Que les hommes fuyaient, ne les comprenant pas. Lorsque vous songerez à vos douleurs passées. Que regretterez-vous des choses d'ici-bas? »
Et tous ces demi-dieux, contemplateurs sublimes, Drapés superbement dans leur rêve vaincu. Conquérants de l'espace et des lointaines cimes, Répondirent : « Nous regrettons d'avoir vécu ! »
Hiver de la Vie
Enfant prodigue
MON cœur nomade, épris de rares voluptés, A rêvé d'une grève inconnue et lointaine, Pays des soleils d'or aux calmes libertés, Où je croyais la vie immuable et sans haine,
Le bonheur sans mélange, éternels les étés... Et je m'en suis allé, téméraire, en la plaine, Voulant réaliser mes désirs indomptés :
Mais l'espoir est menteur et l'illusion vaine.
Me voici revenu vers le rivage heureux
Où vécurent en paix mes ancêtres, les vieux.
Dans la simplicité familière et champêtre.
Comme un enfant prodigue, au remords incliné, Je veux, ayant vécu content et pardonné. Mourir en embrassant le sol qui me vit naître.
CtiXei;
1^2 l.ti BLESSURES
La Chimère
DEPUIS toujours je marche à ta noble conquête; Et, pour l'enivrement d'un seul de tes baisers, De l'empire des cicux je gravirais le faîte, Et je croirais, après, mes désirs apaisés.
Car je déroberais, ainsi que Prométhée, Le feu du ciel, et rien n'arrêterait mes pas; Et je verrais ma cendre aux quatre vents jetée, Pour tenir ton beau corps pantelant en mes bras.
Mais nul ne peut goûter ta tendresse infinie, Car ton ombre est plus loin que le lointain bonheur; L'homme prodigue en vain sa force et son génie, Pour conquérir ta gloire, ô Chimère, ma sœur.
Qu'importe ! L'apparence inaccessible et vaine A notre étreinte un jour finit par échapper; Mais nous cherchons encor la Chimère lointaine, Dont l'impossible amour n'aurait su nous tromper.