‹ Les bohémiens de Paris; drame en cinq actes et huit tableauxChapitre 21 sur 51 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les Mêmes, MONïORGLEIL.

MONTORGUEIL, Que vois-je? Montizon cl cet imbécille de Bagnolet !

BAGNOLET, à part. Montorgueil!,.. il ne me manquait plus que ça.

MONTORGUEIL. Ah ça , tu dînes douc au boulevard Italien maintenant?

BAGNOLET. Oui, oui, je... [Â part.) C'est drôle, la vue de cet homme-là m'ôle tous mes moyens.

MONTIZON, Gai, uion cher! oui, tu Tois... je traite !

MONTORGUEIL. Ah ! et qui est-ce qui paye ?

B.AGNOLET. Qui ? il nous obligerait bien s'il voulait nous le dire !

.MONTORGUEIL. Comment?

.MONTIZON. Nous venons de nous apercevoir que nous étions à sec.

MONTORGUEIL, riant. Vraiment!,,, ah!

ah!... et à combien se monte la carte?

MONTIZON. Vois toi-même.

MONTORGUEIL. 17 francs!... Comment, TOUS n'avez pas de quoi payer, et vous faites une misérable carte de 17 francs! mais c'est honteux! c'est déshonorant... Quelle conliance voulez-vous inspirer en dînant pour 17 francs?

BAGNOLET, à part. AJil dans quel guêpier me suis-je fourré !

MONTIZON. Mais que faire?

MONTORGUEIL. Vous n'êtesquedeseufaoLs, et il est fort heureux que je sois arrivé pour TOUS sortir de là,

MONTIZON. Nous sortir delà... toi?

BAGNOLET. Ah bah !

MONTORGUEIL. Garçon, du Champagne?

LE GARÇON. Voilà, me.ssieurs!

BAGNOLET, à part. Comment! il va paver pour nous?

Le Garçon apporte le Champagne.

MONTORGUEIL. Buvons! {Ilversc.) A votre sanié.

BAGNOLET, biiiant et à part. A notre heureuse délivrance !

MAGASIN THÉÂTRAL

MONTORGUEIL. Il cst excellent. Ah ça 1 mainlenant, cotisons-nous... combien avezvous dans vos poches?

MONTizoN. Moi , je n'ai que trois francs. 15AGN0LET. Mol cjuaianlc sous tout jus tel MONTORGUEIL. Et moi pas une obole...

BifONTizoN. Et tu (lemandesduchampagne.

MONTORGUEIL. Taiscz-vous, donnez-mol ça! {Il prend l'argent cl appelle.) Garçon?

LE GARÇON. Monsieur!...

MONTORGUEIL, luî tendant négligemment la carte. Faites ajouter la bouteille de Champagne... Cette carte est pour moi.

LE GARÇON. Pardon, monsieur, mais...

MONTORGUEIL. Cette carte est pour moi, vousdis-je?... Ah! prenez ceci pour vous!

LE GARÇON. Cinq francs... cinq francs pour le garçon.

BAGNOLET, à part. Il lui donne nos cent sous pour boire.

LE GARÇON, à part. C'est un ambassadeur qui a oublié sa bourse.

MONTORGUEIL. Eh! bien?...

LE GARÇON. C'est convenu, monsieur; d'ailleurs on voit tout de suite à qui on a affaire... cinq francs pour le garçon 1

Il sort.

MONTIZON, se levant Bravo !

BAGNOLET, demèmc. Sauvé ! et jeme sauve 1

MONTORGUEIL. Eh bien , vous le voyez , ça n'est pas plus difficile que ça... Voilà coujine ça se joup. Mais j'aperçois des amis avec qui j'ai à causer.

MONTIZON. Nous te laissons... nous allons fumer sur le boulevard.

BAGNOLET, à part. Que vois-je?... Paul qui descend de cabriolet.

MONTIZON. Au revoir, Montorgueil. . . .

merci du service.

MONTORGUEIL. Allons donc, entre amis...

il n'y a pas de quoi !

BAGNOLET, à part. Je crois bien, pour ce que ça lui coûte... Gourons prévenir M. Didier... [A Montizon.) Ah ! mon cher, si on me reprend à faire encore le lion... je veux bien être... je veux bien que tu sois pendu.

MONTIZON. Merci!

MONTORGUEIL. Allons, Montizon, aurevoir.

MONTIZON. Au revoir !

Ils sortent par la gaiiclie en môme temps qu'arrivent Paul et Digonard par la droite.

VWX WWWWWVWVWWWVWVWV'VVVX'WWVWWWVWVV-. w *^W\'\V

SCKNiL m.

MONTORGUEIL, PAUL, DIGONARD,

très -élégamment vêtu.

DIGONARD, à Paul, en entrant. Je vous répète, mon bon ami, que vous allez trop vite; vous finirez par accrocher !

MONTORGUEIL. Eh bien , qu'est-cc donc?

De quoi s'agit-il ?

DIGONARD, avec, humeur. Il s'agit... il s'agit... qu'il fouette trop le cheval... qu'il rase de trop près les autres voitures... et qu'il finira par briser... son... mon... le cabriolet. MONTORGUEIL. Ce pauvre Digonard, il surveille toujours ses avances !

PAUL. Laissons cela... C'est aujourd'hui que vous m'avez promis une explication , et cette explication puis-je vous la demander?

MONTORGUEIL. Sois tranquille , bientôt tu sauras...

PAUL. Encore des retards.. . non, c'est à l'instant que je veux...

DIGONARD. Allons, bon, voilà qu'il gesticule à présent! Ne croisez donc pas les bras comme ça! Il va faire craquer mou habit.

PAUL , avec impatience. Votre habit ! votre habit!

MON! ORGUEIL. Voyons, de quoi te plainstu ?... Tu avais rêvé le bien-être , la fortune,^ de riches habits, des chevaux, et nous t'avons donné tout cela.

PAUL. Oui; mais je veux savoir à quel prix.... je veux apprendre enfin ce que vous exigez de moi en échange de ce que j'ai reçu...

MONTORGUEIL . Presque rien, ta signature. PAUL. 3Ia signature!

MONTORGUEIL. Au bas d'uu contrat de mariage.

PAUL. Un mariage!

DIGONARD. Oui, mou tendre ami, nous voulons vous marier un peu.

PAUL. Ne l'espérez pas. . . c'est impossible ! MONTORGUEIL. Impossible !

DIGONARD. Allons, bon!... il a la manie de gesticuler en parlant...

PAUL. Me marier, moil... et Louise, mon Dieu, Louise !

MONTORGUEIL. Louise ! qu'est-ce que c'est que ça... une ancienne passion! une maîtresse?

PAUL. C'est un auge de vertu, de résignation... que j'ai condamnée à la misère, au malheur... à qui jai fait les serments les plus sacrés... et j'irais l'abandonner, la trahir!. .. oh! jamais ! jamais!

DIGONARD. Les entournures , jeune homme... Ménagez donc les entournures.

MONTORGUEIL. Ainsi, par un faux calcul de délicatesse, tu refuses une dot de cinq cent mille francs?

PAUL. Cinq cent mille francs !

MONTORGUEIL. Oui. Souge donc qu'avec cinq cents mille francs tu assures le sort de cette femme, ton sort à toi-même, et celui de tes deux bons amis.

DIGONARD. Eh! oui; elle est heureuse, vous êtes heureux, je suis heureux... nous sommes tons heureux !

MONTORGUEIL. Tandis que « tu refuses...

LES POUTî-MIENS DE PARIS.

Dir.ONARix Alors, je reprends mes avances. MONTOR<;uEiL. Tii reloiiibe.s dans la fange ti nous l'avons lire... à loi la misère, l'aidon, la faitu. ..

\\VL. La misère, la faim î Oh ! que faire., . -oudre ? D'un côlé la trahison , le ..de l'autre l'éclat etb fortune...

Lue fortune immense ,

nv. . ttplus lard les espérances

bniUuics... alloos, rcQécbis, calcule,

I ! >\ARD. Justement, voici le bean-père!

!\ 1 . Le beau-père!

Mo.NTORGUEiL. Ah! diable! et nous n'avons pas eu le temps de le mettre au fait.. . N'importe, écoute et profite.

k%\\v^\lV\^«w\\v\vvv\%\w\\vl^^^^wvl^vv\^^\v^vw%vv\\v\\\v

Page 1