‹ Les Bois-Francs (volume 2)Chapitre 3 sur 115 · DÉNOMINATION DES BOIS-FRANCS · texte numérisé non relu

DÉNOMINATION DES BOIS-FRANCS

Dans une jeune colonie chaque fait est gros de conséquence pour l'avenir.

F.-X. Garneau.

LES Cantons de l'Est, appelés tout d'abord " Townships de l'Est," comprennent toute la partie du Bas-Canada au sud du fleuve St-Laurent, depuis la rivière Chaudière, jusqu'à la rivière Richelieu ; et à partir des seigneuries, situées sur les bords du St-Laurent, jusqu'à la ligne séparant le Canada des Etats-Unis. Cette partie du Bas-Canada, dit Gérin-Lajoie, comprenant plus de quatre millions d'acres de terre fertile, est excessivement intéressante, non seulement pour l'économiste, mais aussi pour l'artiste, le poète et le voyageur. Partout la nature s'y montre sinon aussi sublime, aussi grandiose, du moins presque aussi pittoresque que dans le bas du fleuve et les environs de Québec. Montagnes, collines, vallées, lacs, rivières, tout y semble fait pour charmer les regards. Le touriste qui a parcouru les bords de la rivière Saint-François ne sau-

rait oublier les paysages enchanteurs qui s'offrent de tous côtés. Les rivières Chaudière, Nicolet, Bécancour, avec leurs chaînes de lacs, leurs cascades, leurs rives escarpées ; les lacs Memphrémagog, Saint-François, Mégantic, Aylmer, avec leurs îlots verdoyants, présentent à l'œil le même genre de beautés ravissantes.

Ce fut M. Antoine Gérin-Lajoie, auteur de Jean Rivard, qui a remplacé le mot Township par le mot Canton.

Le mot anglais Township^ dit-il, n'a pas d'équivalent en français. M. de Tocqueville dit que le township tient le milieu entre le canton et la commune ; d'autres, comme M. Laboulaye, prétendent que le township se rapproche beaucoup plus du canton que de la commune, puisqu'un township peut se composer de plusieurs municipalités, de même qu'un canton peut comprendre plusieurs communes. Je me servirai donc dans le cours de ce récit du mot "Canton," de préférence au mot "Township."

M. P. -G. Roy, dans son ouvrage " Noms Géographiques de la Province de Québec," page 78, se pose cette question : D'où vient ce nom de " Bois-Francs" que les écrivains de langue française appliquent généralement à cette région des Cantons de l'Est ? (i)

Disons d'abord que cette épithète n'offre encore rien de légal : inutile d'en rechercher l'origine à travers les archives de l'Etat.

Le nom de " Bois-Francs " fut primitivement limité aux colonies françaises qui se fondèrent dans les comtés d'Arthabaska et de Mégantic.

L'un des motifs qui poussaient nos compatriotes à

(1) Voir Bulletin Recherches historiques, vol. vu, page 315.

s'établir daus ces parages c'est qu'ils trouvaient un sol élevé et facile à défricher, à cause des essences forestières dont il était recouvert. Le hêtre, l'érable, le merisier, etc., etc., dominaient sur les coteaux et le colon n'avait qu'à faire brûler les abatis de la forêt pour obtenir une abondante récolte dès la première année, sans compter le joli revenu qu'il retirait de la cendre, par'la fabrication du sel à potasse.

Ce cachet spécial des terrains où se portait le courant colonisateur ne tarda pas à les désigner : on allait prendre une concession, on allait s'établir dans les " Bois- Francs." L'expression se popularisa promptement et, dès le mois de septembre 1838, un document signé par l'archevêque de Québec chargeait un prêtre de visiter "les habitants des Bois-Francs," désignation ordinaire aujourd'hui de ces places nouvelles.

Ce document ecclésiastique, le premier connu oii il soit parlé d'une manière officielle des Bois-Francs, est une lettre adressée par l'archevêque de Québec à M. l'abbé Denis Marcoux, vicaire à St-François-du-Lac, le nommant vicaire à Gentilly, avec ordre de visiter les colons des " Bois-Francs."

Archevêché de Québec, septembre 1838.

Mon Cher Monsieur,

Je vous nomme, par les présentes, vicaire à St- Edouard de Gentilly, avec la charge d'aller visiter les nouveaux colons des cantons de Blandford, Stanfold, Somerset, Arthabaska, Warwick et Bulstrode, en un mot

tous les habitants des Bois-Francs, désignation ordinaire aujourd'hui de ces places nouvelles, (i)

Je vous souhaite courage et santé pour l'accomplissement de votre nouvelle mission.

Je suis, cher Monsieur,

Votre serviteur,

t Jos., Archevêque de Québec.

Néanmoins, vu le mauvais état de sa santé, M. Denis Marcoux ne se rendit à son nouveau poste qu'à l'automne suivant, comme en font foi les registres de la paroisse de St-François du Lac et ceux de la paroisse de Gentilly, (2) et le document suivant :

Québec, 18 septembre 1839.

A M. Denis Marcoux, vicaire.

Monsieur,

A présent que j'ai lieu de croire que vous vous êtes suffisamment reposé dans votre famille, je vous informe qu'il faut vous remettre à l'ouvrage et que la paroisse de Gentilly, ainsi que les divers établissements qui se trouvent derrière cette paroisse et celles du voisinage, sont le théâtre oii vous allez exercer votre zèle. Vous aurez donc soin de vous mettre en route pour votre nou-

(1) A cette époque, il y avait déjà des colons établis dans le canton d'Halifax, comme on peut le voir dans la N otice sur la Paroisse de St-Ferdinand, par M. l'abbé L. Gagné. Ils étaient desservis par M. le curé de St- Sylvestre.

(2) Voir Eegistres de Gentilly et de St-François du Lac.

Historiens des Bois-Francs

Page 1