LES SEMAILLES
Heureux l'homme des champs,s'il savait son bonheur !
Une époque heureuse pour le colon est bien celle où il suspend ses travaux de brûlage pour préparer la terre et l'ensemencer. Il est vrai que cette dernière opération est beaucoup plus simple et requérait moins de temps dans les terres neuves que dans les terres depuis longtemps cultivées. Le grain de semence est d'abord jeté sur la terre, après quoi une lourde herse triangulaire, armée d'énormes dents, est promenée aussi régulièrement que possible sur la surface raboteuse du sol fraîchement nettoyé. Ce travail compose tout le procédé d'ensemencement des terres nouvelles.
Il faut avouer que l'aspect des champs nouvellement
ensemencés n'a rien de bien poétique et ne saurait ajouter aux beautés d'un tableau de paysage. Les souches noircies par le feu apparaissent ça et là, comme des fantômes. Ce n'est qu'au bout de sept ou huit ans qu'elles finissent par tomber et disparaître
Sous les coups meurtriers du temps.
Je dois mentionner ici une plaie de la vie des bois, durant la belle saison, surtout au temps des semailles ; un mal, pour me servir des expressions du fabuliste en parlant de la peste.
Un mal qui répand la terreur, Mal que le ciel dans sa fureur Inventa pour punir les crimes de la terre
Je veux parler des maringouins.
Durant les mois de mai et de juin, ces insectes incommodes, sanguinaires, suivis bientôt des moustiques et des brûlots, s'attaquent, jour et nuit, à la peau du malheureux défricheur. C'est un supplice continuel, un martyre de tous les instants, auquel personne n'a pu jusqu'ici trouver de remède efficace. Heureusement que ce fléau ne dure généralement pas au-delà de quelques semaines.
Vers le temps des grandes chaleurs, les maringouins quittent les bois, pour fréquenter les bords des lacs, des rivières ou des marais.